L’irréversibilité de l'euro en question à BruxellesMarseille puis Bruxelles ont été le théâtre de l'organisation du sauvetage de l'euro jeudi 8 décembre 2011. La pièce dramatique continue à se jouer dans la capitale européenne jusqu'à vendredi 9 décembre où se déroule un sommet européen. Les vingt-sept espèrent un dénouement heureux même si seuls les dix-sept de la zone euro arrivent à un accord de discipline budgétaire susceptible de satisfaire les marchés et les agences de notation.
Les Européens tentent de sauver l'euro du naufrage (photo F.Dubessy)
EUROPE. Les politiques ont pourtant tellement abusé du terme, mais voilà qu'ils le resservent encore une fois : le Sommet européen des 8 et 9 décembre 2011 sera (encore !) celui de la dernière chance.
L'objectif demeure que les vingt sept États réunis dans l'Union européenne parlent enfin d'une même voix sur le dossier de la monnaie unique. Mais, à l'impossible nul n'étant tenu, les Européens pourraient bien se contenter de signer un compromis seulement ratifier par les dix-sept pays de la zone euro. Il faut sauver l'euro, et même selon la formule de José Manuel Barroso dans son appel aux chefs d'Etat et de gouvernement européens jeudi 8 décembre 2011 à Marseille, "garantir l'irréversibilité de l'euro". Et pour cela, les Européens doivent s'entendre sur un mécanisme de renforcement de la discipline budgétaire comme le propose le couple franco-allemand ou plutôt germano-français vu le rapport de force. Règle d'or contre les déficits, nouveau traité européen d'ici à mars 2012, émissions d'euro-obligations, mutualisation de la dette européenne, Mécanisme européen de stabilité (MES) pour déjà se substituer au Fonds européen de stabilité financière (FESF) tout juste âgé d'un an... l'arsenal se déploie pour protéger l'euro. Mais tout le monde n'est pas d'accord sur le choix des armes. L'urgence devient d'autant plus flagrante que les agences de notation brandissent encore plus haut la menace d'un abaissement des Triples A européens et s'attaquent même à l'Union européenne (surveillance négative du Triple A sur sa dette par Standard & Poor's ) et à quasiment l'ensemble de l'Union européenne. Dans leur ligne de mire, l'abaissement des notes de quinze des dix-sept pays de la zone euro en cas d'échec de ce sommet comme l'indiquait lundi 5 décembre 2011 l'agence S&P.. Baisse du taux directeur de la BCE
L'Europe affiche l'euro à Bruxelles (photo F.Dubessy)
Le premier round d'observation a débuté beaucoup plus au sud à Marseille jeudi 8 décembre 2011 lors du Congrès du Parti populaire européen (PPE). "Jamais le risque d'explosion de l'euro n'a été aussi grand... L'euro qui devait inspirer de la confiance, ne l'inspire pas. L’Europe qui devait protéger, inquiète les peuples de tous les pays" a souligné Nicolas Sarkozy. Le président français estime à "quelques semaines" le temps restant pour prendre des décisions et éviter la catastrophe. Angela Merkel s'affirme plus confiante : "Je suis convaincue que nous allons trouver une solution à toutes les questions". La chancelière allemande serait-elle adepte de la méthode Coué ?
Pour sa première sortie, Mariano Rajoy, le tout nouveau premier ministre espagnol, a été très direct : «nous avons besoin d'une plus grande rigueur budgétaire et d'établir des contrôles supplémentaires pour éviter qu'une crise comme celle-ci puisse se reproduire. Nous le devons. Et si pour cela, nous devons modifier les traités, modifions-les !» Avant le grand départ pour Bruxelles, l'échauffement s'est poursuivi dans la cité phocéenne perturbé par quelques annonces fortes comme celle du président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, refusant une intervention massive de la BCE suggérée au moyen d'un rachat des titres de dettes des pays européens les plus touchés. Mais soufflant le chaud et le froid, il a tout de même abaissé son principal taux directeur d'un quart de point le portant à 1%. Son plus bas niveau historique. Pour Nicolas Sarkozy, l'euro a été porté sur les fonts baptismaux avec deux péchés capitaux : l'absence de gouvernance économique et l'acceptation dans la zone euro de pays dont les économies n'étaient pas prêtes à y entrer. Mais il n'est point temps pour le repentir. Aujourd'hui, son prêche se veut limpide : "Il faut décider tout de suite... Si vendredi nous n'avons pas un accord, nous n'aurons pas de seconde chance." Même Timothy Gartner, secrétaire américain au Trésor, en visite à Rome s'est converti en missi dominicus de toute la planète en affirmant que les États-Unis et le monde avaient "un très grand intérêt au succès du sommet de Bruxelles." Après toutes ces homélies, la messe pourrait donc être dite vendredi 9 décembre 2011 dans la capitale européenne qui expose déjà des ex-voto "euro" sur ses principaux bâtiments dédiés à l'Europe (voir photo). Frédéric Dubessy
Jeudi 8 Décembre 2011
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