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L’emploi des jeunes ruraux dans la région de Marrakech Tensift Al Haouz

Par Michèle Mansuy, responsable du pôle études-recherche à l’OCEMO.




(photo F.Dubessy)
(photo F.Dubessy)
La région de Marrakech-Tensift-Al Haouz regroupe des territoires très variés : plaines, plateaux, zone littorale d’Essaouira et hautes montagnes de l’Atlas. L’agriculture y occupe la moitié de la population active. Avec le tourisme, c’est l’une des deux activités économiques principales. Malgré la présence de la métropole de Marrakech, la jeunesse qui y vit est plus rurale qu’urbaine.

Les jeunes ruraux de cette région qui occupent un emploi sont en majorité aides familiaux. Ce statut particulier consiste à aider un membre de sa famille dans son travail non salarié sans être payé. La fin de scolarité de ces jeunes est plus précoce, surtout pour les jeunes femmes. En effet, les trois quarts d’entre elles ont quitté l’école avant douze ans, alors que c’est le cas de 40% des jeunes ruraux qui occupent un emploi rémunéré.

Bien qu’exercée dans le cadre familial et non rétribuée, l’aide apportée par le jeune est un emploi à part entière. Elle ne se résume pas à un renfort occasionnel : deux tiers des aides familiaux travaillent 35 heures par semaine ou plus. Pour autant, les aides familiaux et les autres emplois ruraux ne sont pas similaires. Presque tous exercés dans une exploitation agricole, les premiers sont aussi plus féminisés : six aides familiaux sur dix sont des jeunes femmes, alors que neuf fois sur dix, les emplois ruraux concernent des jeunes hommes.

Un horizon différent de celui des autres jeunes ruraux en emploi

La relation d’aide prend des formes différentes selon le sexe. En effet, près de 80% des jeunes hommes aides familiaux sont célibataires. Ils aident presque tous leur père. C’est le cas d’une jeune femme sur deux. En revanche, 46% des jeunes femmes aides familiales sont mariées et aident leur mari ou leur belle-famille. Dans ce cas, vie professionnelle et vie familiale sont étroitement imbriquées. Rien d’étonnant alors à ce que ces jeunes femmes souhaitent rarement changer d’emploi : ce serait rompre tout leur équilibre familial.

Dans 60% des cas, le jeune aidant n’est pas le seul de sa famille : d’autres membres du ménage partagent aussi le statut d’aide familial. Au contraire, la présence d’un aide familial dans le ménage est rare pour les titulaires d’un emploi payé.
Dans le regard qu’ils portent sur la société et sur leur avenir, les aides familiaux se singularisent par rapport aux autres jeunes ruraux en emploi :
 
  • ils sont moins souvent optimistes pour leur futur professionnel. Mais ils ne sont pas plus pessimistes. Simplement, certains ne voient pas l’aide qu’ils apportent à leur parent indépendant comme un emploi, mais comme une forme naturelle de solidarité familiale.
     
  • presque 30% d’entre eux considèrent que ni les responsables politiques ou syndicaux, ni les responsables économiques, ni les responsables religieux ne sont concernés par les problèmes des jeunes. Cette forme de défiance est deux fois moins souvent formulée par les jeunes ruraux en emploi payé.
     
  • ils se jugent plus souvent privés de la liberté de décider, surtout les jeunes femmes.

 

Les aides familiaux apportent une contribution importante à la marche de l’exploitation familiale et à l’économie locale. Toutefois, ils arrêtent leurs études tôt et ce statut ne leur donne pas accès à l’autonomie financière.

Ce constat amène plusieurs questions :

  • comment concilier leur statut avec une scolarisation jusqu’à obtenir le socle de compétences qui leur sera nécessaire dans le futur ?
     
  • comment permettre à ceux qui le souhaitent de s’intégrer durablement dans l’agriculture et leur donner accès à la formation professionnelle nécessaire à la modernisation du secteur ?
     
  • Enfin, comment certifier les compétences acquises dans leur statut d’aide ?
     
 
En savoir plus : Lire l'’enquête « attentes de la jeunesse » menée en 2013 par l’OCEMO.

Michèle Mansuy, responsable du pôle études-recherche à l’OCEMO

Vendredi 13 Mars 2015




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Michèle Mansuy, responsable du pôle études-recherche à l’OCEMO

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