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L'embargo russe frappe les producteurs grecs de fruits


L'embargo russe sur les produits européens commence à peser cruellement dans les comptes des producteurs grecs de fruits. Un embargo à sens unique puisque les produits russes arrivent sans encombre à Athènes.



Pénélope Merkatou dans son magasin (photo Thomas Iacobi)
Pénélope Merkatou dans son magasin (photo Thomas Iacobi)
GRECE. La rue Athina, à Athènes, est le cœur commerçant de la capitale grecque, le marché populaire le moins cher. Celui ou l’on entend parler toutes les langues de la terre, celui où le falafel arabe côtoie la patate douce africaine, ou les cornichons russes.
Bizarrement, depuis le début de l’embargo de Vladimir Poutine, le 11 août 2014, l'approvisionnement en produits russes ne pose aucun problème. Instauré par Vladimir Poutine sur l'ensemble des produits européens importés en Russie, il vient en riposte aux sanctions économiques imposée par l'UE à la Russie qu'elle tient responsable de la crise en Ukraine.
 
Pénélope Merkatou, qui tient l’un des plus vieux magasins de produits russe près des halles, n’a même jamais entendu parler de cet embargo; "nous nous fournissons chez des sociétés qui importent ces produits. Il existe des pénuries mais ce n’est pas du à l’embargo, c’est saisonnier. Je le saurai si ça existait."
Pour nous le prouver cette commerçante appelle devant nous son fournisseur et quelques minutes plus tard nous confirme  bien "qu’il n’existe pas d’embargo de la Grèce vers la Russie !"
Donc cet embargo serait à sens unique. Il frappe les exportateurs européens vers la Russie et non les exportations russes vers l’Union européenne.

Pour les grossistes et producteurs grecs de fruits, très gros exportateurs de fruits vers Moscou, c’est simplement une catastrophe.
Apostolos Giannakakis se trouve à la tête de l’association des producteurs de pêches à Véria, dans le nord est du pays. Malgré un embargo tombé à la fin de la récolte de cette année, son verdict demeure sans appel :  "Si nous estimons que notre production de pêches exportée en Russie était d’environ 50 000 Tonnes, et que les prix sont de 1 euro pour chaque kilo conditionné, ceci nous fait 50 000 tonnes à un euro, c’est à dire un chiffre d’affaire de 50 M€ que nous perdons à cause de l’embargo russe. Mais 60% des exportations de la production de pêches va au marché russe.
Si l’embargo continue aussi l’année prochaine et qu’il est maintenu dès le début de la saison, nous allons au devant d’un très grand problème car il est très difficile de pénétrer des nouveaux marchés déjà aux mains des Espagnols et des Italiens qui sont très bien organisés."

Effet domino

Pour Apostolis Gianakakais, le pire reste donc à venir. "Les Russes constituaient notre principal marché pour la fraise et le kiwi. 60% de la production nationale de kiwis et 90% de la fraise grecque y partaient. Nous allons vraiment sentir l’embargo dans les mois à venir."

Face à ces conséquences directes, apparaît, ce qu'Apostolis Gianakakais appelle l’effet domino. "Nous n'exportons pas beaucoup de pommes vers la Russie, 2 à 3 000 tonnes par an. Mais, les Polonais y exportaient la plus grande partie de leur production. Ils se trouvent dans une situation terrible et ils vont donc écouler, à des prix défiant toute concurrence, leurs pommes en Grèce et sur tous les marchés européens. Déjà en Bulgarie ils les bradent à 6 centimes le kilo en gros. Nous ne pouvons rien faire contre cela. Notre production nationale coûte plus cher sur les marchés grecs que les leurs. C‘est ça l’effet  domino et nous ne sommes pas prêts à y faire face."  
 
Du coup les petits agriculteurs, comme Tollys Tampakaris, essayent de diversifier leurs  marchés mais c’est plus facile à dire qu’a faire :"La production grecque n’a pas beaucoup de débouchés. Ce n’est pas un hasard si nous avons tous rejoints le marché russe voici quelques années. C’était le marché le plus intéressant de toute l’Europe. Ils payent environ 30% plus cher que les autres. De plus, plus proches d'eux que les Italiens, les Espagnols ou les Français, nous étions géographiquement favorisés pour aller en Russie. Et puis quand on parle de marché russe, il s'agit en fait de toutes les ex-républiques soviétiques. Nos produits allaient du Kazakhstan à la Biélorussie, en Sibérie, en Ouzbékistan, en Ukraine, en Moldavie partout ! 
Nous allons tenter de nous retourner vers le Moyen-Orient et les Émirats. Mais ce n’est pas la même chose..."
  
Devant la perspective d’une catastrophe annoncée, les producteurs grecs ont fait le déplacement à Moscou pour tenter d’infléchir la situation. Peine perdue. "Nous étions là-bas voici deux à trois semaines pour une exposition. Nous avons pu rencontrer nos associés. Ils veulent continuer à travailler avec nous mais, malheureusement, les frontières sont fermées" conclut, avec amertume, Tollys Tampakaris.

"...pas le temps"

Marché à Athènes (photo A.Kourounis)
Marché à Athènes (photo A.Kourounis)
Conscients du problème, l’Union  Européenne et le gouvernement grec ont bien versé des dédommagements aux agriculteurs et producteurs mais on est loin du compte.  "Les 26,90 centimes d'euros (ndlr : par kilo de pêche conditionné) que donne l’UE ne peuvent pas remplacer le manque à gagner que nous avons à cause de cet embargo. Cela ne couvre même pas le coût qui est pour la pèche de 32 centimes le kilo. Nous ne travaillons pas uniquement pour payer le coût de production. Nous avons des obligations, des familles à nourrir" commente Tollys Tampakaris.
 
Econostrum.info a tenté de joindre les ministres grecs des Affaires Étrangères et de l'Agriculture pour connaître leur position officielle sur la question et qu'elles étaient les solutions espérées pour aider les agriculteurs du pays. Hélas, aucun des ministres ou secrétaires d'état concernés n'a trouvé le temps de nous parler. 

Les agriculteurs, de leurs côté, ont déjà diminué de moitié leur future production de fraise. Pour les arbres fruitiers, pêchers, kiwis, abricotiers ou pommiers, ils n’ont pas encore pris de décision.




Vendredi 10 Octobre 2014



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