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L’économie tunisienne face au vide sidéral laissé par le départ du clan Ben Ali-Trabelsi


Après vingt-trois ans de règne, le président Ben Ali et ses proches avaient réussi à diriger une très large partie de l’économie de la Tunisie. Au-delà des conséquences politiques, son départ fait peser de lourdes incertitudes sur l’avenir de ces entreprises, souvent alliées à des entreprises étrangères.



Les familles Ben Ali et Trabelsi se sont accaparées l'économie tunisienne (photo DR)
Les familles Ben Ali et Trabelsi se sont accaparées l'économie tunisienne (photo DR)

TUNISIE. Des pans entiers de l’économie tunisienne appartiennent à la famille de l’ancien président Ben Ali et à celle de son épouse Leïla Trabelsi. 


Cette main mise s’étend sur des secteurs très variés : les banques (Banque de Tunisie, Banque Zitouna, Attijari Bank, Banque internationale arabe de Tunisie et sans oublier le projet de création d’une nouvelle banque d’affaires par l’un des gendres de Ben Ali avec la banque italienne Mediobanca annoncé fin novembre 2010) ; les concessions automobiles (société Ennaki regroupant Volkswagen, Audi, Porsche, Seat et Kia ; concession de Mercedes) ; le transport aérien (Karthago Airlines) ; la publicité (Havas Tunisie, Bien Vu) ; la promotion immobilière ; le tourisme avec de nombreux hôtels, le contrôle de sociétés de développement touristiques ou encore de loisirs ; l’agro-alimentaire (SOTUBI, Société tunisienne de chocolaterie, Société tunisienne d’emballage de jus) ; les télécommunications (Orange Tunisie, SOTETEL) ; les médias (Radio Mosaïque, Carthage TV, Zitouna FM, les journaux Assabah et Le Temps…) ; la grande distribution (Monoprix, Géant…) et une myriade d’autres entreprises petites et grandes, dans tous le pays. 


La moitié du monde des affaires alliée à Ben Ali

La liste semble sans fin si l’on en croit le travail très complet réalisé par les diplomates américains et révélé par WikiLeaks à l’automne 2006 sur le sujet (lire le rapport de WikiLeaks

Au total, les Américains estimaient que « la moitié du monde des affaires en Tunisie peut se targuer d’être lié à Ben Ali » d’une façon ou d’une autre et notamment « par le mariage ».


Cette domination s’est accentuée avec le programme de privatisation engagé par la Tunisie au début des années 2000, sous la pression du Fond monétaire international (FMI), les proches de l’ex président usant de tous les moyens (pression, corruption, délits d’initiés) pour prendre le contrôle d’un nombre croissant d’entreprises en profitant notamment des crédits qui leur étaient largement accordés. 


Dans ce contexte, une grande incertitude pèse désormais sur l’avenir de toutes ces entreprises et plus largement sur l’économie tunisienne. Parant au plus pressé, la Banque centrale de Tunisie (BCT) vient d’annoncer la nomination d’un nouvel administrateur provisoire pour diriger la Banque Zitouna, créé en janvier 2009 par Sakhr El Materi, l’un des gendres de Ben Ali, qui a quitté le pays. 
  


Les rapports de France Telecom avec Orange Tunisie sur la sellette

Le poste du patron des patrons tunisiens est menacé (photo F.Dubessy)
Le poste du patron des patrons tunisiens est menacé (photo F.Dubessy)

On a aussi vu ces derniers jours des salariés bloquer l’accès de leur entreprise à leurs pdg connus pour être alliés du clan Ben Ali. Ce fut le cas le 17 janvier 2011 à la Banque de Tunisie ou encore le lendemain à la société d’assurances STAR. 


Le 18 janvier 2011, deux cent chefs d'entreprises ont investi le siège de l’UTICA, la centrale patronale tunisienne. Ils exigeaient la démission de Hédi Djilani, proche de l’ancien pouvoir et apparenté aux familles Ben Ali et Trabelsi par le mariage d'une de ses filles. Inamovible patron des patrons tunisiens depuis 1988, Hédi Djilani n'avait pas hésité au plus fort des manifestations à déclarer que le patronat pouvait créer plusieurs dizaine de milliers d'emplois en un temps record pour les diplômés (lire : le patronat tunisien veut créer 50 000 emplois en un mois et demi).

Beaucoup d’entreprises étrangères, notamment françaises, se sont implantées en Tunisie en partenariat avec des proches de la famille régnante et là encore les incertitudes sont grandes. 


Le syndicat CFE-CGC/Unsa de France Télécom a mis les pieds dans le plat en s’interrogeant sur l’avenir d’Orange Tunisie, créé en mai 2010 et détenu à 49% par l’opérateur français et à 51% par Investec, société de Marouane Mabrouk, gendre de Ben Ali. 


Le dossier tunisien a été évoqué lors du comité central d’entreprise qui s’est tenu à Paris le 18 janvier 2011. 

Selon un porte parole du groupe français interrogé par econostrum.info, « Marouane Mabrouk n’a jamais fui. Il est à Tunis et assure avec nous la continuité d’Orange Tunisie ». Indiquant que le réseau a fonctionné normalement pendant les évènements, il précise que « la famille Mabrouk était déjà dans les télécoms et c’est pour cela que nous l’avons choisi comme partenaire ».    


Le MEDEF soutient la démocratie tunisienne

Selon certains spécialistes, les partenariats que les entreprises étrangères ont dû conclure avec des proches de l’ancien président ou de son épouse pour s’implanter en Tunisie devront être dénoncés. Les parts pourraient être vendues aux enchères via un processus ouvert. Des demandes d’indemnisation d’entrepreneurs floués par la famille régnantes et ses affiliés pourraient également affluer. 

Alors que 1 250 filiales d’entreprises françaises sont présentes en Tunisie, avec 110 000 salariés, Laurence Parisot, la présidente du MEDEF (le patronat français) a salué le « peuple tunisien » et sa « sagesse ». Elle a aussi promis une initiative de son mouvement pour renforcer les liens économiques si une «vraie démocratie s'installe vite».  



Brigitte Challiol


Mercredi 19 Janvier 2011



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Commentaires

1.Posté par Gaston Afon le 19/01/2011 11:34
Comment se fait t-il que fin octobre 2010, le Forum sur la Finance Islamique, à Bercy, sous le haut patronage du Ministre de l'Economie et des Finances, avec la présence de membres éminent de cabinets, d'avocats, de personnalités de Paris Europlace, ait pu offrir une tribune en plein ministère au gendre préféré de la famille Ben Ali, Sakhr El Materi, jeune freluquet de 30 ans ? Ce dernier, dont la réputation épouvantable n'est plus à faire (lire tous les articles qui lui sont consacrés et ce, bien avant la chute du régime Ben Ali), qui venait présenter "sa banque" Zitouna, s'est vu proposé à la fin de son speech minable et pas vraiment assuré, une proposition d'agrément de sa banque pour pouvoir l'établir en France. Qu'est ce que cela veut dire ? La France n'était "pas au courant" ?

2.Posté par Protis le 20/01/2011 09:58
La FRANCE n'était pas au "courant ", elle était à la "masse" ! Le plus grave c'est que dans un pays où l'influence française est restée importante, où les intérêts de ses entrepreneurs sont importants, l'on ait eu un ministre des affaires étrangères qui, la veille de la chute du "tyran" (A la tunisienne...), ait déclaré son soutien au régime de celui ci ! Cela veut dire que nos "services " n'ont rien vu, rien entendu, rien dit, tel les trois petits singes ! A la masse, sourd, muet, aveugle, notre régime commence à prendre le défaut des républiques "Dattières" ! Protis

3.Posté par Amede le 20/01/2011 16:14
Quelques jours avant le soulèvement des tunisiens, le Ministre des affaires étrangères a rencontré MAM à Paris. Par la suite on a entendu l'intervention "d'aide à La Tunisie". Toutes les "alliances" des sociétés françaises avec cette "mafia" pourrie était connue et archi connue. Il y aura des conséquences à tout cela.

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