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L'économie parallèle dans le sud tunisien: incontrôlable et nécessaire


Aux frontières de la Tunisie, l'économie parallèle fait vivre des régions entières et peine à être contrôlée par les autorités. Une délégation gouvernementale envoyée dans le sud tunisien va ausculter les revendications locales dans une région largement dépendante du commerce illégal avec la Libye.



Vendeur de fruit à la sauvette en Tunisie (photo CC-R Clark)
Vendeur de fruit à la sauvette en Tunisie (photo CC-R Clark)
TUNISIE. Après les affrontements à Dhehiba, à proximité de la frontière libyenne, les 7 et 8 février 2015 et la mort d'un manifestant, le gouvernement tunisien a dépêché le ministre des Finances et le ministre de l’Investissement pour une visite de deux jours sur place. Ils vont ausculter les revendications locales dans une région largement dépendante du commerce illégal avec la Libye.

L’application des taxes de sortie de part et d'autre de la frontière par les autorités libyennes et tunisiennes a entraîné des heurts avec les forces de l’ordre après une saisie d'essence de contrebande. L’économie parallèle génère la majorité des ressources de cette ville du gouvernorat de Tataouine depuis des décennies, et la plupart des tentatives de prise de contrôle par les autorités se traduit par des accrochages.

Comme le cite un rapport de l’International Crisis group sur les frontières tunisiennes parue en novembre 2013, "cette contrebande participe d'un ensemble d'activités de débrouille et de fraude dont le trafic d'armes et de stupéfiants constitue la partie la plus dangereuse, mais minime. Des centaines de milliers, voire des millions de citoyens, sont contraintes, certains pour survivre, de participer à ce système, souvent de concert avec les agents de l'Etat qui sont censées y mettre fin. Ces pratiques frauduleuses représentent dans un sens une véritable soupape de sécurité capable de désamorcer les violences sociales, freiner l'exode rural, réduire le chômage et offrir des sources de revenus aux habitants des régions frondeuses quasiment privées d'investissement public."

Kamel Laroussi, chercheur installé à Médenine et qui étudie la question depuis les années 90, fait le même constat. « il existe une grande méfiance entre les autorités et les populations locales. Aucun investissement n’y est réalisé et ce depuis la colonisation française. En conséquence, ces régions sont habituées à se prendre en charge seules, mais hors circuit officiels, via la contrebande, l’immigration ou encore le commerce parallèle. »

Pour l'International Crisis Group, se référant à des discussions avec des douaniers et des gardes nationaux, "en moyenne (et au meilleur des cas) un véhicule sur quatre serait contrôlé, dont un sur deux repéré. Deux passeraient illégalement par les pistes et deux de manière officielle par les passages frontaliers."

Une perte de 550 M€

Les touristes alimentent aussi l'économie informelle (photo Flickr)
Les touristes alimentent aussi l'économie informelle (photo Flickr)
« Le commerce parallèle dans les importations de Libye pèse pour près de 80% du total » selon une enquête menée en 2012 par Kamel Laroussi. Le chercheur note que ces dernières années le nombre de passeurs se réduit, mais la fréquence des voyages augmente. Le système devient quasi institutionnalisé, avec ses importateurs, ses grossistes et ses banquiers « une vingtaine, qui brassent un chiffre d’affaires énorme» précise-t-il. Selon ses estimations, le marché de change parallèle représente chaque jour l’équivalent de 5 à 7 millions de dinars (2,2 à 3,6 M€), soit un total de 2,2 milliards de dinars tunisiens (1 M€) par an.

Numéro un de cette contrebande en Tunisie, le carburant importé d'Algérie et de Libye. Mais aussi les bouteilles d'alcool fort, la drogue (surtout la résine de cannabis), des armes à feu, des produits alimentaires, du prêt-à-porter, des meubles, de l'électroménager, de l'électronique, des véhicules automobiles, des cigarettes...

Aujourd’hui chaque agglomération tunisienne compte son "souq libyen" approvisionné par le système en marchandises arrivant directement de Chine dans les ports libyens où elles bénéficient de taxes moindres qu'en Tunisie. Au final, le manque à gagner pour l’économie tunisienne s'avère très important. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2014, « La perte pour les ressources publiques est significative. Nous l’estimons à 1,2 milliard de dinars (550 M€) ». L'institution évalue la perte en recettes douanières à 1/6 des revenus totaux douaniers.


Stéphanie Wenger, à TUNIS


Vendredi 13 Février 2015



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Commentaires

1.Posté par jaziri le 16/02/2015 17:29
La question à poser : est-ce que l'UTICA EST derrière ce banditisme ?

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