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L'économie libyenne suspendue à la réussite des négociations


Les négociations sur la Libye se poursuivent sous l'égide de l'ONU pour tenter de trouver une solution à la crise politique et sécuritaire qui secoue le pays. Dans ce contexte, où en est l’économie du pays ? Eléments de réponse avec Marouan el Abassi, représentant Libye, Moyen-Orient et Afrique du Nord à la Banque Mondiale.



Manifestation contre le fédéralisme et la division du pays (photo CC-Magharebia)
Manifestation contre le fédéralisme et la division du pays (photo CC-Magharebia)
econostrum.info : Le secteur privé s’est-il développé en Libye et quelles sont ses perspectives d’évolution compte-tenu de la situation complexe que traverse le pays ?

Marouan el Abassi : Le secteur privé libyen se trouvait sinistré sous Kadhafi. Il a essayé de se développer dès 2011, nous avons vu une première tentative d’organisation à travers les chambres de commerce, mais ses activités ont régressé à cause de la baisse des investissements dans le public. Le secteur privé demeure plus important dans le domaine du commerce, formel et informel.

Quelles sont les principaux obstacles à son développement ?

M.e.A. : La principale contrainte reste le manque de développement des secteurs financier et bancaire en Libye. Il existe un gros problème de crédit. Les banques commerciales ne peuvent pas accorder de crédit en l’absence de garanties. Il faudrait développer le secteur bancaire pour aider les PME mais aussi baisser le volume du secteur public.

Le paradoxe libyen

Quelles sont les perspectives pour l’économie du pays ? 

M.e.A. : L’activité de production a régressé en Libye, elle demeure très faible. Pas de construction, pas d’investissements - ils ne sont plus que de 3 à 4 milliards de dinars libyens (2 à 2,5 mrds€) - et il aucun nouveau projet ne voit le jour pour des questions de sécurité.

Qu’en est-il de l’emploi ? Les Libyens peuvent-ils toujours compter sur la rente pétrolière ?

M.e.A. : Nous constatons un « paradoxe libyen » : le pays fait face à 20 à 30 % de chômage, mais les Libyens refusent de faire un certain nombre d’activités, habitués à la rente pétrolière. Avec la baisse du prix du pétrole, il va falloir changer de manière de penser. Il pourraient devenir plombiers, électriciens, comme leurs voisins qui ne sont pas des pays pétrolier. Cela limiterait le chômage et donnerait des emplois durables et des perspectives aux jeunes.

Les échanges tuniso-libyens se poursuivent

Pour Marouan el Abassi, "les Libyens sont trop habitués à la rente pétrolière" (photo DR)
Pour Marouan el Abassi, "les Libyens sont trop habitués à la rente pétrolière" (photo DR)
Le pays est divisé politiquement, des négociations sont en cours autour d’un gouvernement d’union nationale, est-il possible sans cela de mettre en oeuvre des réformes ?

M.e.A. : Sans gouvernement d’Union nationale à l’issue de ces négociations, aucune possibilité de réformes ne sera possible. Accéder actuellement aux salaires et donner des fonds pour les subventions relève déjà du miracle à mon avis. Le plus important est d’arriver le plus rapidement possible à l’Union nationale.

Les échanges entre Tunisie et Libye sont-ils affectés par la situation sécuritaire en Libye ?

M.e.A. : Les échanges tuniso-libyens reste assez importants. La Libye demeure un des principaux partenaires de la Tunisie. Les Tunisiens importent depuis longtemps des hydrocarbures et exportent des produits agroalimentaires, du matériel de construction et des services chez leur voisin. Nous constatons une diminution de ces flux mais pas de manière drastique. Le poste frontalier de Ras Jdir est l’ouverture terrestre la plus importante pour la Tunisie. Nous estimons à un plus d’un milliard de dinars tunisiens (environ 500 M€) les exportations tunisiennes vers la Libye dans le secteur formel.

Des zones d'union douanière

Quelles sont les priorités pour améliorer l’investissement et les échanges commerciaux bilatéraux ?

M.e.A.: Cela reste très important pour l’avenir. Pendant la crise, beaucoup de Libyens ont investi en Tunisie, notamment dans l’immobilier. Il existe aussi un courant d’investissements entre Tunisiens et Libyens. Près de deux cent entreprises tunisiennes évoluaient en Libye avant la crise et je pense qu’ils vont y revenir. Les services tunisiens sont très importants aussi pour les Libyens en Tunisie : le secteur hospitalier et immobilier profitent énormément de la présence des Libyens. 

Je crois beaucoup à la coopération triangulaire, entre Tunisie et Libye mais en collaboration avec des pays européens, notamment sur les grands projets. Il s’agirait de consolider les échanges entre  pays du Maghreb avec un appui en investissement et transfert de technologie de l’Europe. 

Comment développer les zones frontalières, point de passage pour le commerce informel et les groupes terroristes ?

M.e.A.: La réponse économique est fondamentale au niveau des zones frontières. Il faut travailler au développement de la coopération stratégique en se basant sur l’investissement dans ces zones. C’est très important car elles sont défavorisées. Cela peut permettre de réduire la contrebande, le chômage, l’insécurité, le terrorisme. Nous pouvons penser par exemple à des zones d’union douanière, pas forcément des zones franches, cela permettrait de réduire les distorsions entre les économies de part et d'autre de la frontière. Il faut donner le signal aux investisseurs que l’Etat se trouve avec eux et non pas contre eux, entrer dans une logique d’intégration non seulement par le commerce mais aussi par l'investissement.


Propos recueillis par Camille Lafrance, à TUNIS


Mardi 16 Juin 2015



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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