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L'avenir économique de la Libye se décide à Paris


Le chapitre guerre civile en voie de clôture, l'heure est à la reconstruction d'un pays miné par six mois de chaos et quarante-deux ans de dictature. La communauté internationale s'est réunie à Paris à l'appel de Nicolas Sarkozy, président français, pour évoquer l'avenir de la Libye. Les puissances amies entendent bien tirer les dividendes de leur aide au nouveau régime.



La conférence sur la Libye a réuni soixante délégations à Paris (photo Elysée)
La conférence sur la Libye a réuni soixante délégations à Paris (photo Elysée)
LIBYE. La conférence de Paris, qui s'est tenue à l'Élysée jeudi 1er septembre 2011, portait tout l'espoir du Conseil national de transition libyen (CNT) représenté par ses deux principaux dirigeants Moustapha Abdel Jalil et Mahmoud Jibril. Mais aussi celui des nations dîtes "amies" et qui entendent bien le rester. En tout cinquante-sept délégations dont celles de quarante-neuf pays se trouvaient au chevet de la nouvelle Libye en voie de convalescence.

Convoquée à l'initiative de Nicolas Sarkozy, président français, elle réunit principalement les coalisés. En fait, les nations, dont le Qatar et les Émirats arabes unis, qui ont su choisir leurs camps dans cette guerre civile qui a miné le pays six mois jusqu'à la prise de pouvoir par les antiKadhafi. Et alors que quelques poches de résistance demeurent, l'heure est déjà à un Yalta du business.

Personne ne s'y trompe. Quand on parle de reconstruction d'un pays, se glissent en filigrane les contrats et les positions commerciales laissées vacantes par des pays qui ont soit choisi le mauvais cheval, Mouamar Kadhafi, soit préféré rester neutre entre les deux factions. La Russie ne s'y est pas trompée, elle qui au matin de la réunion de cette conférence, reconnaissait enfin le CNT ! Mais qui, surprise, envoyait à Paris simplement son émissaire spécial pour l'Afrique qui se trouvait face à des personnalités comme Nicolas Sarkozy (France), David Cameron (Grande-Bretagne), Stephen Harper (Canada), Hillary Clinton (États-Unis), Silvio Berlusconi (Italie), Jose Luis Rodriguez Zapatero (Espagne), Georges Papandreou (Grèce), Beji Caid Essesbi (Tunisie), Mourad Medelci (Algérie) ou Nabil al-Arabi, secrétaire général de la Ligue arabe. En tout treize chefs d'État, dix-huit chefs de gouvernement, dix-huit ministres ou haut fonctionnaires et les responsables de huit organisations internationales. Seule l'Afrique du Sud a décidé de boycotter la conférence. Jacob Zuma estime que la réunion aurait dû se tenir sous l'égide de l'ONU. Le président sud-africain entendait aussi protester contre une application erronée de la résolution 1973 de l'ONU : "Nous sommes mécontents. Si des mesures militaires devaient être utilisées, c’était pour aider à protéger les populations qui, d’après ce qu’on avait compris, auraient été tuées. Mais au lieu de protéger, ça a été les bombardements, la couverture aérienne permettant à l’autre groupe d’avancer

La Libye un pays très riche qui a besoin d'argent

Depuis plusieurs semaines, des rumeurs font état d'un accord passé entre le CNT et la France pour que cette dernière obtienne 35% du pétrole brut libyen. Une affirmation démentie par le représentant à Paris du CNT jeudi 1er septembre 2011 et le même jour par son homologue en Grande-Bretagne pour qui "les futurs contrats seront accordés sur la base du mérite et non par favoritisme politique." Affaire à suivre donc, mais il serait étonnant que la France, premier pays à reconnaître le CNT et initiateur de l'aide militaire aux opposants, ne bénéficie pas d'un traitement à part. Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, a d'ailleurs reconnu que l'opération militaire de la coalition pour soutenir l'opposition libyenne était "un investissement pour l'avenir, parce qu'une Libye démocratique va être un pays qui va se développer." Il n'a pas manqué de rappeler d'ailleurs que le CNT avait "dit très officiellement que, dans la reconstruction de la Libye, elle s'adresserait de manière préférentielle à ceux qui l'ont soutenu."

Qatar, Émirats arabes unis, Grande-Bretagne restent, avec la France, en pôle position pour bénéficier des futures mannes du nouvel État. Chine, Russie, Allemagne, l'ancienne puissance coloniale l'Italie et même l'Algérie voisine ,pourraient être les grands perdants, à cause de leurs hésitations, leur rôle ambigu durant le conflit, et notamment leurs diatribes contre l'intervention militaire de l'OTAN en Libye suite à la résolution 1973 de l'ONU.

L'enjeu est également d'amorcer la pompe permettant de retrouver une économie saine. Car, la Libye a un besoin imminent d'argent. Un paradoxe pour ce pays très riche qui, de novembre 2010 à mars 2011, prêtait encore de l'argent aux autres états via le Fonds monétaire international (469 mrds$ au 31 mars 2011) ou finançait le salaire des fonctionnaires tchadiens.

D'abord pour éviter une anarchie quand les différents opposants anti-Kadhafistes, n'ayant plus d'ennemi commun, voudront jouer leur propre partition. Autant donc que ces querelles se déroulent dans le cadre le plus démocratique possible, dans une transition la plus douce souhaitable. "De mémoire d'homme, aucune élection n'a jamais été organisée en Libye" rappelait Ian Martin, conseiller spécial du secrétaire général de l'ONU Ban-Ki-Moon, présent à la conférence de Paris.

L'impératif reste d'éviter les erreurs du passé comme lors de la fin de l'occupation soviétique en Afghanistan ou, plus récemment, l'intervention américaine en Irak. Pas question d'enlisement, d'autant plus que les dirigeants du CNT entendent diriger le pays seuls sans ingérence de l'ONU.

Tout comme l'Iota, l'Union européenne a déjà fait savoir qu'elle était disponible pour aider la Libye à former sa future police. Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, a ainsi déclaré jeudi 1er septembre 2011, qu'il fallait garantir "des forces de police efficaces opérant dans un pays démocratique." L'UE offre ses services pour récupérer toutes les armes entre les mains des civils libyens, mais aussi pour gérer la surveillance des frontières et gérer les futures élections.

Dégel des avoirs libyens détenus

Favoriser la transition passe par un retour à la normale rapide de la situation économique, à un pays qui marche et où les citoyens voient leurs aspirations devenir réalité après quarante-deux ans d'une dictature où il valait mieux se taire.

Seule une massive injection d'argent pourra mener à bien les chantiers qui se présentent aux nouveaux maîtres de la Libye. Et ils sont nombreux à mener de front en commençant par assurer la sécurité à l'intérieur de tout le pays, pour constituer le ferment d'une reprise économique. Il faudra aussi financer la santé, l'éducation et les infrastructures. Sans omettre, bien entendu, la remise en marche de l'aspirateur à devises que sont les hydrocarbures aux gisements prometteurs. La Libye dispose des plus importantes réserves de pétrole du continent africain avec 44 milliards de barils. Les grands de ce monde ne cessent de le répéter jour après jour alors que débute le dégel des avoirs libyens séquestrés dans les banques étrangères à la demande de l'ONU : "la Libye est un pays riche."

Après la France, l'Espagne et l'Italie, ce sont les Pays-Bas qui annoncent le déblocage de 2 mrds€ d'avoirs libyens gelés.

Ces fonds gelés estimés entre 150 et 170 mrds$ (104 à 118 mrds€) s'avèrent indispensables pour stimuler l'économie. Si quelques enveloppes ont déjà pu être transférées aux nouvelles autorités, il faudra attendre une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU pour les libérer totalement.

Jeudi 1er septembre 2011, l'Union européenne avait levé les sanctions touchant vingt-huit structures économiques libyennes. Une bonne nouvelle pour la relance de l'économie locale.

Youssef Amrani, le nouveau secrétaire général de l'Union pour la Méditerranée (UpM) voudrait bien jouer son rôle dans cette nouvelle Libye. "Dans ce contexte politique, il est essentiel que les communautés internationales et euroméditerranéennes se mobilisent et mènent des actions concrètes pour répondre aux besoins de la population libyenne. L'Union pour la Méditerranée apportera à la Libye toute l'aide nécessaire pour accompagner le processus de reconstruction " indiquait-il jeudi 1er septembre 2011 dans un communiqué .


Lire aussi : Le pétrole libyen refait surface




Jeudi 1 Septembre 2011



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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