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L’après-printemps arabe s’organise


A leurs rythmes, les peuples du sud et de l’est de la Méditerranée tentent de se débarrasser de leurs vieux démons pour instaurer des états de droit où la libre-entreprise leur permettrait de vivre dignement de leur activité. Dans leur sillage, le concert international propose ses solutions et ses moyens.



Les espoirs reposent sur les jeunes générations de Méditerranéens. (photo:CG)
Les espoirs reposent sur les jeunes générations de Méditerranéens. (photo:CG)
MEDITERRANEE. Ce début d’année 2011 a laissé tous les observateurs pantois. Là où chacun voyait des régimes stables, des pays en plein développement, prenant leur place dans l’essor d’une zone économique méditerranéenne génératrice de croissance, les peuples ont répondu par la révolte, revendiquant leurs droits, remettant en question le modèle qui leur était imposé.

« Chacun se demandait comment des régimes inefficaces, corrompus et si peu redistributeurs pouvaient se maintenir ! », résume Luis Martinez. Le directeur de recherches de Sciences Po Paris, détaché auprès de l'École de gouvernance et d'économie (EGE) de Rabat (Maroc), avance une hypothèse : « La région a été enfermée dans une caricature qui a limité le champ des possibles. Les dirigeants européens voyaient l’autoritarisme comme une norme en Méditerranée et redoutaient surtout que l’effondrement des régimes cède la place à l’extrémisme religieux ».

Si des mouvements de révolte ont percé du Maroc à la Syrie, leur ampleur a varié d’un État à l’autre. C’est qu’il est difficile d’envisager la Méditerranée comme un ensemble homogène. Luis Martinez trouve des points communs : « Il s’agit d’États non démocratiques, confrontés à une transition démographique qui donne l’avantage aux jeunes générations. Et le ratio PIB/habitant, qui oscille autour de 3 000 $, est dix fois inférieur à celui d'Europe du Sud ». Quels critères ont alors fait la différence entre la révolution tunisienne et le mouvement de protestation algérien ? « La gestion de la frustration du peuple a contenu certaines revendications là où d’autres ont renversé leurs dirigeants, analyse le directeur de recherches. Le régime de Bachar Al-Assad ne tolère aucune forme de remise en question et nous voyons où en est la situation en Syrie. Au Maroc ou en Algérie, la contestation peut s'exprimer ».

Un premier wagon de réformes

En Algérie, les mouvements de grèves touchent tous les secteurs de la vie économique et sociale. Des ouvriers, des médecins, des étudiants ou des chômeurs descendent dans la rue. Le gouvernement de Bouteflika, s’il se montre ferme, cède tout de même à la plupart des revendications.

Au Maroc, Mohammed VI a très vite proposé aux manifestants une nouvelle constitution et des élections anticipées. Les salaires des fonctionnaires sont revalorisés et l'État embauche des milliers de diplômés chômeurs. Le régime envisage même une indemnité en cas de perte d’emploi. En Jordanie, une commission a été chargée en avril 2011 de formuler des propositions de révision de la constitution, présentées au mois d’août 2011. Le nouveau texte, qui sera discuté au parlement, crée notamment une cour constitutionnelle et une commission indépendante de contrôle des élections. Il ramène également de 35 à 25 ans l’âge minimum légal des députés. Le Roi Abdallah II s’était en outre engagé, en juin 2011, à ne plus nommer lui-même les membres du gouvernement jordanien.

Des mesures saluées par l’Europe, les États occidentaux et les pays du Golfe. Pour accompagner ces virages vers de véritables états de droit, la communauté internationale fait preuve de générosité en temps de crise : réunis à Marseille le 10 septembre 2011, les représentants des pays du partenariat de Deauville  débloquaient 27,5 mrds€ pour aider la Tunisie, l'Égypte, le Maroc et la Jordanie d'ici à 2013. Une enveloppe principalement dédiée aux petites entreprises et à la création d’emplois. Dimanche 11 septembre 2011, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) discutait de son côté d'un plan quinquennal de développement économique pour la Jordanie et le Maroc auxquels les monarchies pétrolières membres du CCG avaient proposé l'adhésion en mai 2011.

Des révoltes d’espoir

Commercer oui, mais plus pour le bénéfice d'une caste de privilégiés (Photo: F. André)
Commercer oui, mais plus pour le bénéfice d'une caste de privilégiés (Photo: F. André)
Les économistes du Maghreb comme du Mashrek réclament un accompagnement et un changement des règles du jeu. « Nous réitérerons nos erreurs », regrette Alaa Ezz, secrétaire général de la Fédération égyptienne des chambres de commerce. « Chaque pays veut son usine automobile et au total nous produisons tous la même chose. Il faut au contraire établir une cartographie des compétences de chaque pays du sud et développer des secteurs différents. De même, notre secteur bancaire comme les grandes institutions internationales ne se sont pas formatés pour prêter de l'argent aux PME. Or les PME constituent l'outil le plus efficace pour lutter contre le chômage. »

Un point de vue que partage Jean-Claude Sitbon. L’association qu’il dirige, l’Adeci, accompagne les petites entreprises de Provence-Alpes-Côte d'Azur qui souhaitent nouer des partenariats au sud de la Méditerranée. Et pour lui, la grande inconnue des mouvements populaires réside dans la dynamique entrepreneuriale qui sera suscitée. « Une nouvelle génération de chefs d’entreprises va certainement apparaître, dans un contexte de libéralisation économique et d’affranchissement du poids des États et des grandes familles, imagine-t-il. Ces mouvements populaires pourraient permettre une redistribution des cartes ». Et Luis Martinez de conclure : « Ce sont des révoltes d’espoir ! Nous sommes loin du nihilisme qui règne dans certains États comme la Somalie, où les citoyens ne croient hélas plus en rien ».

Lire l'ensemble de notre dossier "Printemps arabe : comprendre la nouvelle donne en Méditerranée"
 

Lire aussi :

Le G8 débloque 38 mrds$ pour quatre pays du sud
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Caroline Garcia


Lundi 19 Septembre 2011



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Commentaires

1.Posté par personne le 19/09/2011 21:41
Je tiens juste à préciser que les mouvements de grève en Algérie ont commencé bien avant le printemps arabe.

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