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L’année 2017 ne commence-t-elle que par des inquiétudes ?

Par Abdelmajid Iraqui, membre de la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc)




Abdelmajid Iraqui
Abdelmajid Iraqui
Un rapport des Nations Unies présenté en 2016 a souligné que le changement climatique, la faible croissance économique, les inégalités, la volatilité des prix des denrées alimentaires et la pénurie des ressources ont des conséquences mondiales négatives qui vont au-delà des frontières nationales. Les changements démographiques, en particulier l’urbanisation rapide non planifiée, exposent davantage de personnes au risque de catastrophes naturelles. Les guerres civiles de grande envergure, qui créent 80 % des besoins humanitaires, sont passées de quatre en 2007 à onze en 2014.

Un retour sur l’année 2016 nous fait entrevoir des inquiétudes de plusieurs types dont les plus significatives sont les inquiétudes sur la planète, les inquiétudes qui en découlent sur le sort et les mouvements des populations, les inquiétudes sur la croissance économique, les inquiétudes en termes de besoins d’aide humanitaire.

Inquiétudes sur la planète

La COP 22 qui s’est tenue à Marrakech en novembre 2016 sur le thème "le temps de l’action », a montré l’urgence et la volonté affichée de limiter le réchauffement climatique. En effet, au niveau de la planète et de son écologie, on constate que la forte croissance de l’économie mondiale qui a précédé la crise financière de 2008 s’est accompagnée d’une hausse considérable de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre (GES). Notre monde peut désormais s’attendre (si rien n’est entrepris rapidement pour inverser la tendance) à une augmentation du nombre de catastrophes naturelles induisant des coûts économiques et humains de plus en plus importants. Le changement climatique ne doit, désormais, plus être considéré comme une externalité au processus de production.

De plus, le risque climatique devient de plus en plus préoccupant avec la survenue de grandes catastrophes naturelles : typhon Haiyan aux Philippines ; ouragan Sandy aux États-Unis ; sécheresses en Chine, au Brésil et dans la corne de l’Afrique ; inondations en Europe. La hausse des catastrophes météorologiques et/ou climatiques est donc indéniable, tout comme leur bilan humain avec plus de 600 000 morts en vingt ans, selon l’ONU.

C’est dans ce cadre que le Bureau des Nations Unies pour la Réduction des Risques de Catastrophes (UNISDR) vient de présenter un rapport soulignant qu’au cours des vingt dernières années, 90 % des catastrophes majeures ont été causées par des événements liés aux conditions météorologiques.

Les enjeux liés au changement climatique sont devenus une problématique et une source d’inquiétude pour les gouvernements, la société et les entreprises et sont de plusieurs types : enjeux de gouvernance, enjeux du financement, enjeux de l’emploi, enjeux de compétitivité, enjeu de la croissance …

Inquiétudes sur les mouvements migratoires

A côté de ces enjeux, le changement climatique est devenu aujourd’hui un facteur de déstabilisation et de migration.
Le rôle du climat dans les migrations actuelles, bien qu’impossible à chiffrer, est plus que probable.

Si l’Europe et dans une moindre mesure le Maroc en sentent déjà les effets directs et indirects, l’ampleur de ces migrations va excéder ce que nous connaissons actuellement (Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la désertification). Entre 2008 et 2014, une moyenne annuelle d’environ 25 millions de personnes sont déplacées chaque année pour cause de catastrophes naturelles, dont plus de 80 % le sont en raison d’événements hydro-climatiques : tempêtes, inondations, érosion des côtes, etc. (Internal Displacement Monitoring Center).

Les changements climatiques risquent d’avoir, à l’avenir, des incidences sur la stabilité sociale et politique au Proche-Orient, telles les tensions liées à la gestion des ressources hydriques de la vallée du Jourdain et du bassin du Tigre et de l’Euphrate, qui se raréfient et ces tensions s’aggravent par l’augmentation des températures.
Une augmentation sensible de la population du Maghreb et du Sahel au cours des prochaines années, combinée au changement climatique et à la diminution des surfaces agricoles, pourrait entraîner des tensions sociales et accroître les pressions migratoires. De même, au Yémen, sous l’effet des changements climatiques et de la baisse de la production agricole, la situation pourrait atteindre un point critique, entraînant une instabilité sociale (Rapport UE).

La sécheresse, en Syrie, la pire jamais relevée dans la région, a causé une généralisation des mauvaises récoltes et des migrations de masses des zones rurales vers les centres urbains. Or, le changement climatique en cours, triple le risque de sécheresses sévères et persistantes dans le Croissant fertile.

Dans les années à venir, le changement climatique conduira à une dégradation des terres et à une raréfaction des ressources en eau. Les terres agricoles disponibles pourraient diminuer fortement d’ici à 2050, quand l’écart entre les besoins en eau et les ressources disponibles pourrait atteindre 40 % dans les deux prochaines décennies. D’ici à 2020, 60 millions de personnes pourraient migrer des parties dégradées de l’Afrique sub-saharienne vers l’Afrique du Nord et l’Europe.

Inquiétudes sur la croissance

La croissance économique, à même de générer et de distribuer des revenus aux populations, va se ralentir selon les prévisions de l’OCDE. L’activité économique va se déplacer, et les inégalités de salaires vont se creuser davantage. La croissance mondiale marquera le pas, passant de 3,6 % entre 2010 et 2020 à 2,4 % entre 2050 et 2060 – conséquence du vieillissement de la population et d’une décélération progressive dans les économies émergentes – et elle sera de plus en plus tirée par l’innovation et les investissements dans les compétences.

Pour soutenir l’innovation, la productivité et l’emploi, il faudra engager de nouvelles réformes destinées à dynamiser les marchés du travail et des produits, et réviser les politiques appliquées en matière de droits de propriété intellectuelle. Ces mesures pourraient toutefois creuser davantage encore les inégalités de rémunération.

Le changement climatique amputera le PIB mondial de 1.5 % en moyenne et de 5 % en Asie du Sud-Est, sauf coup de frein donné à la hausse des émissions de CO2. Un enjeu majeur sera de soutenir la croissance tout en remédiant à la montée des inégalités.

Inquiétudes sur les besoins en aide humanitaire

Autre sujet d’inquiétude, jamais jusqu’à ce jour l’action humanitaire n’a dû fournir autant d’aide à un aussi grand nombre de personnes dans tant de lieux. À travers le monde, un nombre d’acteurs sans précédent fournissent une aide de première nécessité à ceux qui sont dans le besoin et assurent leur protection : des gouvernements, qui assument la responsabilité principale de fournir une aide à leurs citoyens, aux organisations et aux réseaux internationaux et nationaux, en passant par les entreprises et les fondations privées.

Pourtant, malgré le travail extraordinaire accompli pour sauver des vies et protéger les populations lorsqu’une crise éclate, le système humanitaire est mis à rude épreuve, tentant de faire face à des besoins qui n’ont jamais été aussi importants depuis la Deuxième Guerre mondiale. Près de 60 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer à cause de conflits ou de violences et, chaque année, 218 millions de personnes sont touchées par des catastrophes.

L’ONU a lancé un appel humanitaire de 20 milliards de dollars en 2016, contre 3,4 milliards de dollars en 2003. En février 2016, le Secrétaire général des Nations Unies a lancé son rapport pour le Sommet mondial sur l’action humanitaire, intitulé « Une seule humanité, des responsabilités partagées ». Le rapport appelle à faire preuve de volonté politique pour prévenir et faire cesser les conflits ; faire respecter les normes qui protègent l’humanité ; ne laisser personne de côté ; améliorer les conditions de vie – fournir une aide ne suffit plus, il faut mettre fin au dénuement ; et investir dans l’humanitaire.

Des raisons d'être optimiste

Faut-il pour autant être pessimiste et voir l’année 2017 sous un jour sombre ? Quelques données nous permettent de voir que notre monde connaît des avancées et des progrès significatifs.

En effet, on peut relever que bientôt, tous les enfants seront scolarisés, le pouvoir des femmes va grandissant, notre santé va en s’améliorant, la prospérité mondiale s’accroît globalement, la démocratie est en marche : le nombre de dirigeants politiques élus va en croissant. De même nous sommes plus connectés que jamais, il n’y a jamais eu si peu de guerres (malgré certaines guerres meurtrières comme en Syrie).

Au niveau de l’environnement il y a de l’espoir pour notre planète : la déforestation de l’Amazonie recule avec un objectif de zéro déforestation dans dix ans, la planète guérit peu à peu et en 2050, le trou dans la couche d’ozone aura disparu, le solaire s’envole avec 20 000 nouveaux panneaux installés chaque heure.

Les baleines à bosse ne sont plus une espèce menacée, et la protection des océans avance : l’an dernier, l’équivalent de l’Europe a été mis sous protection.

Abdelmajid Iraqui, membre de la CGEM

Lundi 9 Janvier 2017




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