Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

L'aéronautique marocaine n'arrive pas à tirer les exportations


La chaîne de production du secteur aéronautique marocain devient de plus en plus longue, sans parvenir à tirer les exportations ou à contribuer au développement d'entreprises marocaines.



Les Marocains employés dans l'industrie aéronautique au Maroc sont essentiellement des opérateurs et techniciens embauchés après le bac ou bac +3. (photo: IMA)
Les Marocains employés dans l'industrie aéronautique au Maroc sont essentiellement des opérateurs et techniciens embauchés après le bac ou bac +3. (photo: IMA)
MAROC. L’usine Bombardier tourne déjà depuis octobre 2014, tandis que la construction de celles d’Alcoa et Stelia, ex-Aerolia, vont bientôt débuter. Dans le même temps, des opérateurs déjà installés au Maroc s’agrandissent, comme Eaton. À eux quatre, ces groupes investissent pas moins de 256 M€ dans l’industrie aéronautique au Maroc.

« Le secteur aéronautique emploie aujourd’hui près de 11 500 personnes, pour 106 entreprises », affirme fièrement Hamid Benbrahim El Andaloussi, président du Groupement des Industries Marocaines Aéronautique et Spatiale (GIMAS). Pour lui, le Maroc est à l’Europe ce que le Mexique est aux États-Unis. Le secteur a connu un fort développement depuis le début des années 2000, en périphérie des villes de Tanger, Rabat et surtout Casablanca avec l’Aéropôle, zone industrielle dédiée conçue par l’Office National Des Aéroports (ONDA).

« Le secteur aéronautique national a renforcé sa position dans la chaîne de valeur mondiale du secteur, réalisant un chiffre d’affaires à l’export de plus de 748 M€ (8 milliards de dirhams) en 2013 contre 318 M€ (3,4 milliards de dirhams) en 2008, soit une croissance annuelle moyenne de 17,5% », indique le ministère de l’Économie et des Finances dans son projet de loi de Finances 2015.

Modification de structure plutôt que régression

50% des entreprises aéronautiques sont installées dans la région de Casablanca. (image: GIMAS)
50% des entreprises aéronautiques sont installées dans la région de Casablanca. (image: GIMAS)
« L’une des raisons de notre réussite est notre capacité à travailler ensemble, industriels et Etat », estime le président du Gimas. L’Institut des Métiers de l’Aéronautique (IMA), dont les formations se définissent précisément en collaboration avec les industriels, mais aussi le Midparc, zone franche conçue comme un parc industriel privé, restent les exemples les plus aboutis de ce partenariat. « Nous sommes largement dans nos objectifs. Après deux ans, nous allons atteindre un taux d’occupation de 50% », estime Raf Hassani, directeur général du Midparc.

Dans l’ambiance euphorique du secteur aéronautique, pourtant, un chiffre détonne. Après avoir connu une croissance annuelle moyenne à deux chiffres, ces dernières années, les exportations n’ont augmenté que de 1,1% en 2014, selon l’Office des Changes. Pire, sur les deux premiers mois de 2015 les exportations auraient baissé de 2,5% par rapport à la même période en 2014.

Pour le Gimas, ces chiffres n’ont pas de sens. « L’Office des changes ne tient pas compte, par exemple, de l’ingénierie et de la maintenance », assure Maria el Filali, directrice du Gimas. De fait, s’il n’existe pas de chiffres récents du niveau d’emploi dans le secteur, la décision de l’IMA, et de l’ISMALA de s’agrandir demeure révélatrice de la demande croissante des entreprises. « Nous allons investir 30 M€ dans l’agrandissement de nos locaux, pour accueillir plus d’étudiants en même temps et créer trois nouvelles filières », précise Abdelbasset Bentoumi le directeur de l’IMA.

Surtout, insiste Maria El Filali, le calcul des exportations de l'Office des Changes exclut mécaniquement l’intégration locale. En d’autres termes, dans la chaîne de production, qui associe successivement fournisseurs-donneurs d’ordres, les ventes des fournisseurs à leurs donneurs d’ordres sont considérées comme des ventes locales plutôt que comme une exportation. Ainsi, la modification brutale des statistiques à l’export pourrait être plutôt significative d’une modification de la structure du secteur que de sa régression.

7 milliards de dirhams d'exportation

L'IMA va créer trois nouvelle filières de formation. (photo: IMA)
L'IMA va créer trois nouvelle filières de formation. (photo: IMA)
De plus en plus, le secteur aéronautique s’intègre. La visite récente de Boeing au Maroc, n’avait pas d’autres buts que d’inciter ses fournisseurs à s’installer dans le royaume chérifien pour réduire leurs coûts. Certaines PME françaises en déplacement au Maroc nous confiaient même craindre la concurrence d’autres fournisseurs déjà installés dans ce pays sur le même créneau. En aval, l’installation d’un avionneur comme Bombardier, ultime maillon de la chaîne de production, révèle aussi le phénomène d’intégration.

Le développement du secteur sur lequel sont fondés beaucoup d’espoirs n’a cependant pas encore fait de l’aéronautique ce « métier mondial du Maroc » tel que l’avait rêvé Ahmed Réda Chami, ministre de l’Industrie et du Commerce de 2007 à 2012 avec son « Plan Emergence 2009-2015 ». Conçu comme un secteur d’avenir grâce à sa forte valeur ajoutée et à son fort potentiel d’exportation, le secteur aéronautique n’a réalisé, en 2014, que 7 milliards de dirhams (653 M€) d’exportations sur plus de 197 milliards (18,4 mrds€) d’exportations totales par le Maroc. Un échec en comparaison des performances de deux autres « métiers mondiaux » du Plan Émergence : l’automobile et l’électronique.

L'aéronautique participe à la diversification de l'industrie

Les pièces produites et montées au Maroc sont de plus en plus grandes, comme ici les nacelles qui supportent les moteurs des avions à réacteurs. (photo: Aircelle Maroc)
Les pièces produites et montées au Maroc sont de plus en plus grandes, comme ici les nacelles qui supportent les moteurs des avions à réacteurs. (photo: Aircelle Maroc)
Aujourd’hui, la part de marché mondial du Maroc stagne, tandis que le poids de l’industrie dans la valeur ajoutée globale a tendance à se réduire. Elle est passée de 17,6% en 1999 à 14,5% en 2012. Dans ce contexte, l’aéronautique ne parvient pas à tirer les exportations marocaines, ni le secteur industriel. Mais il participe à la diversification de l’industrie qui était concentrée, voici une dizaine d’années, sur le textile et le cuir.

Cette diversification, ce relais de croissance industrielle est-il durable ? L’intégration locale du secteur reste très faible. Le secteur s’est développé sur la base d’investissements étrangers. « Aujourd’hui, le nombre d’entreprises marocaines, dans le secteur, est inférieur à 5 », reconnaît Maria El Filali.




Jeudi 2 Avril 2015



Lu 5879 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >

Mercredi 30 Novembre 2016 - 08:43 PSA va fabriquer un pick-up en Tunisie

Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.















RÉflexions

Réflexion

La Méditerranée orientale entre permanences stratégiques
et enjeux contemporains


avis d'expert

Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
de la Turquie, associée
au groupe d’analyse
de JFC Conseil


 




Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA















Suivez econostrum.info en direct sur Facebook








  L'actualité économique
en Méditerranée, avec le soutien
de nos partenaires :
Anima       BEI
 
PlanBleu          avitem
 
Euromediterranee
Région PACA        EDF
 
AeroportMP            Femise