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L'accord agricole entre l'UE et le Maroc aiguise la crainte des producteurs européens

Par Michel Neumuller avec Christelle Marot (Casablanca) et Anna Casal (Barcelone)
MAROC / EUROPE. L'accord de libre échange finalisé le jeudi 17 décembre 2009 est diversement apprécié. Au Maroc, il permet d'espérer accroître les exportations de légumes et d'élargir au Maroc le marché des industries agro-alimentaires européennes. Mais les producteurs espagnols et français y voient une concurrence inacceptable.


La petite agriculture en Europe méditerranéenne se sent menacée (photo MN)
La petite agriculture en Europe méditerranéenne se sent menacée (photo MN)

MAROC / EUROPE. C’était le pire moment,  psychologiquement parlant. « Les agriculteurs espagnols… traversent une période difficile et cet accord constituerait un vrai coup de massue pour eux » aura pu déclarer le porte parole du Partido Popular (opposition de droite) au Parlement espagnol, Rafael Hernando.

« Les conséquences seront désastreuses tout particulièrement pour la filière « Tomates de France » qui se sent trahie » lance de son côté le principal syndicat français agricole, la FNSEA.
 

Au Maroc, il est significatif que les professionnels tempèrent : « Nous sommes plus complémentaires que concurrents », proteste Laaraef Serghini, président de l’Association marocaine des producteurs exportateurs de fruits et légumes (Apefel ).
 

L’accord sur la libéralisation des produits agricoles que vient de signer l'Union européenne ( UE ), le 16 décembre 2009, avec son partenaire au statut avancé, le Maroc, intervient au moment où la crise économique touche de larges secteur de l’économie en Espagne, et où les dernières statistiques révèlent qu’en France le revenu agricole a baissé de 34% durant la seule année 2009.


Les productions méditerranéennes espagnoles impactées

Cet accord, qui doit encore être ratifié par les Etats, prévoit la suppression des droits de douane pour 55% des importations totales en provenance du Maroc. Des calendriers d’importation ont été toutefois maintenus pour les productions directement concurrentielles des cultures méditerranéennes en Europe : tomates, fraises, courgettes, ail, clémentines.


Cependant les contingents d’importation auxquels sont soumis les producteurs marocains seront progressivement levés. + 22% pour la tomate sur cinq ans, + 150 % pour la courgette, idem pour le concombre. C'est sur ces productions méditerranéennes et sur la fraise, que les tensions sont les plus vives.


L’accord touche aussi la pêche, l’ensemble des produits de la mer sera concerné par le libre échange dans dix ans.


Un marché pour les produits transformés européens

Les exportations marocaines de tomates en Europe pourront augmenter de 50 000 t en 2010 (photo MN)
Les exportations marocaines de tomates en Europe pourront augmenter de 50 000 t en 2010 (photo MN)

L’accord UE / Maroc est généralement perçu comme étant très favorable aux exportations de produits manufacturés européens vers le Maroc, et de produits frais marocains vers l’Europe.
 
Ainsi les produits laitiers divers dont ne sait plus que faire l’Europe surproductrice trouveraient un débouché dans un Maroc où la croissance économique crée des consommateurs pour ces produits. Idem pour les produits de boucherie transformés et les oléagineux.
 

Cependant le Maroc a négocié une protection de ses marchés de lait liquide, viande et céréales.
 

Pour l’UE qui a ainsi communiqué sa satisfaction, l’accord permet « le renforcement de la position des exportateurs européens sur le marché marocain ».
 

Au Maroc, où 67% des produits agricoles exportés sont immédiatement concernés, les ventes de tomates à l’UE pourrait augmenter de près de 50 000 tonnes dès la prochaine saison. Le président de l’Apefel reconnaît qu’en Espagne le secteur de la tomate, en particulier, souffre, mais ce n’est pas du fait des Marocains…"aux professionnels espagnols de se remettre en cause et revoir leur système de production et leur calendrier ».


Distorsions de concurrence évoquées

En Espagne, bien sûr on considère différemment la question. « Si notre gouvernement sert à quelque chose au niveau européen, s’il prend en compte l’intérêt de ses agriculteurs, qu’il …vote contre cet accord » a lancé Cristóbal Aguado, le président de l’organisation agricole AVA-Asaja. Même discours du côté de la fédération des exportateurs de fruits et légumes Fepex, et même de la Communauté autonome de Valence.
 

En France, dès avant la signature de l’accord, la FNSEA avait décidé de boycotter la Conférence Internationale « Tomate du Maroc, les défis de demain  », qui a eu lieu à Agadir le 9 décembre 2009. Sa déléguée, Angélique Delahaye, ayant au passage évoqué des « distorsions avérées de concurrence ».
 

Evoquant des salaires agricoles jusqu’à six fois inférieurs aux salaires européens, les représentants agricoles français veulent en effet « un retour au bon sens » c'est-à-dire à « l’application d’une protection aux frontières de l’Union » ainsi que le préconise la Coordination rurale d’Ile de France.


L'UE exporte bien plus vers le Maroc que ce dernier vers l'UE

Le Maroc a su protéger sa production de lait des exportations européennes, l'Europe exportera des produits laitiers élaborés (photo MN)
Le Maroc a su protéger sa production de lait des exportations européennes, l'Europe exportera des produits laitiers élaborés (photo MN)

On reproche en France aujourd’hui à cet accord ce qu’on avait reproché en 1986 à l’Espagne, lors de l’entrée de cette dernière dans l’Union Européenne. Le paradoxe est que c’est dans ce dernier pays que l’accord UE / Maroc est le plus mal vécu.
 

C’est que, avec cet accord, estime Cristóbal Aguado, « la Commission européenne a utilisé l’agriculture méditerranéenne comme monnaie d’échange en faveur de l’agriculture continentale ». Et plus exactement en faveur d’un secteur agro alimentaire capable de transformer les cultures en produits élaborés, et au détriment des producteurs les plus fragiles.
 

Aujourd’hui l’UE exporte ainsi 14 mds€ de denrées vers le Maroc, qui n’exporte lui que 8 mds€ vers l’UE. Le rééquilibre ne se fera pas en faveur des agriculteurs européens.
 

Le futur commissaire européen, Dacian Ciolos, en poste au premier janvier 2010, devra gérer difficilement les broncas des deux ministres de l’Agriculture français et espagnol. Le paradoxe est que ce Roumain quadragénaire a basé toute sa carrière sur la défense de la petite agriculture. 



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Michel Neumuller


Mardi 22 Décembre 2009



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