Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

L’UPM ne fait pas recette auprès des Algériens


Un an après son lancement, l’Union pour la Méditerranée (UPM) n’a pas emporté l’adhésion des Algériens. Alors que certains partis politiques n'ont pas hésité à demander aux autorités de se retirer de cette union, le monde économique se questionne encore sur les possibles apports de l'UPM. Certains préfèrent même débuter par un accord Europe, Maghreb et Turquie.



Les élites algériennes restent circonspectes sur l'avenir de l'UPM (photo F. Dubessy)
Les élites algériennes restent circonspectes sur l'avenir de l'UPM (photo F. Dubessy)
ALGERIE. Le projet d’Union pour la Méditerranée (UPM) ne semble pas jouir d’un soutien massif au sein de la société algérienne.

Lors de l’offensive israélienne contre Gaza, en janvier 2009, une pétition demandant aux autorités algériennes de se retirer de cette union fut lancée par des partis, des syndicats, des associations et des citoyens. Depuis, nombreuses ont été les personnalités qui ont publiquement fait part de leur scepticisme vis-à-vis du projet initié par le président français Nicolas Sarkozy, il y a près d’une année.

Parmi ces personnalités réservées figure l’un des principaux représentants du patronat algérien, Slim Othmani, directeur général de NCA-Rouiba, le leader algérien des boissons et jus à base de fruits. Ce jeune chef d’entreprise dit ne pas avoir d’a priori sur l’UPM qui doit, selon lui, être « bâtie sur des projets concrets auxquels nous, en tant que nation, sommes libres d’adhérer ou non ».

Précisant que « l’UPM n’est ni une association ni un accord obligatoire », ce membre fondateur de l’APAB (Association des producteurs algériens de boissons) dont il est actuellement le vice-président rappelle qu’« un projet se fait sur une base équitable excluant de facto certains rapports de forces liés au profil pays, émergents versus non émergents ».

Au stade des clarifications et des explications

Slim Othmani, DG de NCA représentant d'une nouvelle génération de chefs d'entreprise (photo DR)
Slim Othmani, DG de NCA représentant d'une nouvelle génération de chefs d'entreprise (photo DR)
Se posant la question de savoir « quels seraient les apports pour l’Algérie d’adhérer à un tel processus et surtout quelles en seraient les conséquences », Slim Othmani, qui est également membre du comité exécutif du Forum des chefs d’entreprise (FCE), souligne qu’« outre les aspects économiques environnementaux et humains, certains aspects politiques et culturels apparaissent comme de véritables facteurs bloquants ».

Et de citer divers conflits en cours, dont le conflit israélo-palestinien, « qui est certainement celui qui influencera le plus le cours du processus UPM. Mais il y en a bien d’autres », avertit-il.
 
Membre de plusieurs conseils d’administration couvrant divers secteurs (TIC, agroalimentaire, services, logistique…), Slim Othmani met en garde contre la tentation de « piéger certaines nations, les conduisant vers des choix qui les exposeraient dangereusement à un réel mécontentement social, voire à un isolement de leur communauté ».

Président de la Task Force Goal 08 qui a rédigé le premier code algérien de gouvernance d’entreprise et membre fondateur du club CARE (Club d’action et de réflexion autour de l’entreprise) dont il est actuellement vice-président, Slim Othmani conclut en déclarant : « Je ne suis donc pas contre l’UPM car je suis convaincu que certains projets auront un réel impact sur le bien-être des populations de la région. »

« Il y a cependant trop de conditions à remplir qui induiraient des retards considérables, pour preuve on parle de l’UPM depuis maintenant plus de deux années et rien n’a encore été fait. On est encore au stade des clarifications et des explications.

Pour ma part je serais tenté d’imaginer une approche graduelle que l’on pourrait désigner par UPMOC : Union pour la Méditerranée occidentale Europe, Maghreb et Turquie. Cette UPMOC pourrait être progressivement élargie à d’autres nations.
»

Pour un espace méditerranéen au service des droits des peuples

Farid Cherbal, chercheur, universitaire et syndicaliste (photo DR)
Farid Cherbal, chercheur, universitaire et syndicaliste (photo DR)
Autre figure symbole de la société algérienne, Farid Cherbal, enseignant-chercheur en biologie à l’Université des sciences de la terre Houari Boumediene (USTHB) dans la banlieue d’Alger, ne cache pas son opposition à l’UPM « en raison de la situation politique et géostratégique qui règne en Méditerranée actuellement ».

Rappelant que le « document fondateur de l’UPM, signé à Paris le 13 juillet 2008, précisait que les 27 pays adhérents entendaient faire de la Méditerranée un espace de paix, de stabilité, de sécurité et de prospérité partagé », cet animateur d’une unité de recherche sur le cancer héréditaire du sein note que « le 27 décembre 2008, c’est-à-dire cinq mois et demi plus tard, Israël, un Etat colonialiste, cosignataire de ce document fondateur, a engagé 23 jours durant une guerre génocidaire contre le peuple palestinien qui a fait 1 342 victimes dont 318 enfants et 109 femmes. Plus de 5 000 blessés continuent à ce jour de souffrir des séquelles de ce génocide, à cause de l’embargo toujours en vigueur contre la ville de Gaza. »

Farid Cherbal souligne en outre que ce conflit avait été précédé par « un embargo sauvage d’une année et demie contre la population palestinienne de la bande de Gaza et qui l’a transformée en prison à ciel ouvert ».

Le biologiste ne se focalise pas sur le seul conflit du Moyen-Orient, puisqu’il précise qu’«un deuxième Etat signataire de ce document fondateur, le Maroc, continue aussi de coloniser le Sahara Occidental depuis 1976, de réprimer le peuple sahraoui à qui est refusé à ce jour l’organisation d’un référendum d’autodétermination pourtant stipulé par de multiples résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. »

Partant de là, Farid Cherbal constate que les fondateurs de l’UPM sont rattrapés par le réel géostratégique et historique et qu’ils ne peuvent se dérober plus longtemps à une question fondamentale qu’il formule ainsi : « Peut-on construire un espace de paix et de prospérité en Méditerranée tant que le colonialisme israélien occupe la Palestine et opprime, depuis 60 ans maintenant, le peuple palestinien, et tant que l’on refuse au peuple sahraoui son droit à l’autodétermination ? »

Le généticien, qui représente une nouvelle génération de syndicalistes algériens à travers son militantisme dans le syndicat CNES (conseil national des enseignants du supérieur), considère à partir de là « que le projet de l’UPM n’est pas viable. »

Rappelant que la guerre d’indépendance du peuple algérien a posé comme principe fondateur à la politique étrangère algérienne postcoloniale « le soutien permanent et la solidarité agissante à l’égard de tous les peuples du monde en lutte pour leur indépendance », Farid Cherbal se déclare partisan de « la construction d’un nouvel espace géostratégique, politique et économique méditerranéen au service exclusif des droits politiques, sociaux, économiques et culturels des peuples de la Méditerranée. »

Les peuples maghrébins et français méritent mieux

Hocine Ait Ahmed, président du FFS, parti d'opposition (photo DR)
Hocine Ait Ahmed, président du FFS, parti d'opposition (photo DR)
Une autre personnalité, politique celle-là, dénonce sans détour l’UPM. Il s’agit de Hocine Ait Ahmed, chef du Front des forces socialistes (FFS), qui considère que « cette union, fondée sur la complicité et la compromission avec les dictatures, enterre les peuples et prend en otage la démocratie. »

Pour ce fondateur du Front de libération nationale (FLN), la création de l’UPM ne représente rien d’autre qu’une « transaction douteuse » dont les termes sont la « levée du contrôle judiciaire contre le présumé commanditaire de l’assassinat d’Ali Mecili [opposant algérien membre du FFS tué à Paris en 1987, ndlr] en échange de l’adhésion d’Alger à l’UPM version Sarkozy. »

Toujours en rapport avec l’affaire Mecili, Hocine Ait Ahmed souligne : « Les enjeux qui amènent les pouvoirs français à piétiner l’indépendance de la justice dans leur propre pays et à cautionner l’arbitraire, l’injustice et le non droit, dans la rive Sud de la Méditerranée, sont connus : les intérêts économiques bien compris contre l’impunité politique, voilà bien une transaction douteuse. »

Accusant sans détour Nicolas Sarkozy de développer une conception de l’UPM datant de « la guerre froide des années 70 et 80 qui avait gelé le grand mouvement de décolonisation en faisant proliférer la dynamique des dictatures indigènes, ghettoïsant peuples, sociétés et individus du Sud, les condamnant ainsi à toutes les formes de violences, de misère et d’aliénation », le vieil opposant au régime conclut par une critique virulente des dirigeants du Nord : « Au lieu de se gargariser des droits de l’homme et de la ‘’civilisation’’, il faut d’abord et avant tout civiliser le politique en garantissant l’indépendance de la justice dans les deux rives. Les peuples maghrébins méritent mieux. Le peuple français mérite mieux aussi. »


 

Egalement au sommaire de notre dossier

L’Union pour la Méditerranée va-t-elle sortir de sa voie de garage ?

Olivier Stirn : « L’UPM doit créer un axe Euro-Afrique »

Le Maroc déçu par l'UPM

Gilles Pennequin : « Il ne faut pas attendre la paix pour faire des projets »

Israël n'est pas près de s'investir dans l'Union pour la Méditerranée

Philippe de Fontaine Vive : « Il faut accepter de ne pas passer le niveau politique »



A. Belkessam, à ALGER


Mardi 23 Juin 2009



Lu 6738 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >

Jeudi 1 Décembre 2016 - 10:48 La Tunisie engrange 14 mrds€ d'investissements

Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.















RÉflexions

Réflexion

La Méditerranée orientale entre permanences stratégiques
et enjeux contemporains


avis d'expert

Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
de la Turquie, associée
au groupe d’analyse
de JFC Conseil


 




Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA















Suivez econostrum.info en direct sur Facebook








  L'actualité économique
en Méditerranée, avec le soutien
de nos partenaires :
Anima       BEI
 
PlanBleu          avitem
 
Euromediterranee
Région PACA        EDF
 
AeroportMP            Femise