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L'Onu recherche inlassablement les disparus chypriotes


De 1963 à 1974, 2 000 chypriote grecs et turcs ont été portés disparus. Le comité des disparus tente de les localiser depuis 2007. 1 100 corps ont déjà été exhumés dont seulement 700 identifiés. Un travail indispensable pour que réunification rime un jour avec réconciliation. Jean-Paul Arni, représentant de l'Onu au Comité de recherche des disparus se confie à econostrum.info.



Jean-Paul Arni enquête sur les disparus Chypriotes grecs et turcs (photo : A.Kourounis)
Jean-Paul Arni enquête sur les disparus Chypriotes grecs et turcs (photo : A.Kourounis)
econostrum.info : Quelle est  l’importance de ces recherches dans le processus de réunification de Chypre ?
 
Jean-Paul Arni : La douleur des disparus se transmet de génération en génération avec un narratif politique toxique : "Nous sommes les victimes, eux sont les bourreaux...regardes ce qu’ils ont fait à ton père ou à ton grand-père". En traitant les cas d'individu après individu, notre contribution permet à ces parents de passer d’une colère publique à un deuil privé. Ceci assure, petit à petit, le passage d’une situation de manque de confiance totale envers les institutions à une situation où ils deviennent d'accord pour une réconciliation. Avec une plaie oui ! Mais, d’accord pour se réconcilier.

Nous nous trouvons dans une course contre le temps. Les témoins disparaissent, les familles directes, elles-mêmes disparaissent. Il ne s’agit pas de faire ce travail pour les morts, mais pour les vivants. Pour la contribution à la réconciliation future de cette île.

Un exemple, la Bosnie avait 22 000 disparu(e)s en 1995. Aujourd’hui, il en reste 9 500 et c’est un pays ingérable. Un pays qui tient tout juste ensemble. Pourquoi ? Une des raisons pour laquelle la tension demeure aujourd’hui extrêmement forte en Bosnie, c’est la question des disparu(e)s. Avec 9 500 personnes, fois dix, dans le cas des grandes familles balkaniques, vous avez 95 000 personnes qui n’accepteront jamais de vivre avec l’ancien ennemi du même village ou du même pays tant que son disparu n'est pas retrouvé. Cette question des disparu(e)s reste extrêmement toxique pour les individus, pour les communautés, mais aussi pour les pays.

"La police se tient à l'écart"

Le laboratoire de l'Onu permet d'apporter des preuves (photo : A.Kourounis)
Le laboratoire de l'Onu permet d'apporter des preuves (photo : A.Kourounis)
Comment gérez vous le fait de devoir travailler avec des témoins et parfois des acteurs de ces meurtres?
 
J-P.A. : Nous sommes une institution tripartite, bi-communautaire, opérationnelle, avec un mandat limité : celui de retrouver les dépouilles des disparu(e)s, de les identifier et de les rendre à leurs familles. Notre rôle n'est pas de poursuivre judiciairement les personnes pour leurs actes criminels. Cela a été décidé car à Chypre tout le monde connait tout le monde. Tout le monde connait ceux qui ont commis ces crimes. Ils sont restés impunis, souvent au pouvoir, pendant toutes ces années, et vouloir punir ces gens aurait tari la source d’information permettant de retrouver les corps. Ils ont donc fait le calcul entre un aspect humanitaire et un aspect judiciaire. Pour l’instant, il existe une immunité donnée aux témoins, au nord et au sud. Ici, nous creusons, nous trouvons des dépouilles, parfois des charniers de trente personnes, et la police se tient à l’écart.
 
Quelle est la spécificité de Chypre dans la question de la gestion des disparu(e)s?
 
J-P.A. : Ce qui est le plus remarquable à Chypre, c’est de pouvoir opérer, travailler sans être victime de violences ou d’agressions de la part d’extrémistes, car il en reste. Mes collègues grecs et turcs chypriotes dans le comité, ont accès dans la journée s’il le faut, à leurs leaders, aux services secrets, ou à la police, au plus haut niveau, à l’armée, Ce qu‘il y a de remarquable c ‘est cette volonté politique, en tout cas depuis dix ans, qui permet ce travail.


Propos recueillis par Thomas Iacobi, à CHYPRE


Lundi 3 Avril 2017



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