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L'Italie serre les prix

Le bilan de la saison estivale est mitigé en Italie. Malgré un rebond en août 2010, la fréquentation des hôtels stagne depuis le début de l'année. Une érosion qui confirme l'engouement des Italiens pour les formules de vacances à bas prix. Et dans le ciel, d'épais nuages continuent d'entretenir le flou sur le redécollage d'Alitalia.


Le Campo dei miracoli à Pise, l'un des sites italiens les plus visités - photo ©WA
Le Campo dei miracoli à Pise, l'un des sites italiens les plus visités - photo ©WA
ITALIE. Malgré les efforts de Silvio Berlusconi qui n’a pas pas hésité à payer de sa personne et de sa voix mélodieuse pour vanter les charmes et la beauté de l'Italie, dans un spot publicitaire promu par le ministère du Tourisme (« Magic Italy »), le bilan de la saison estivale de l’autre côté des Alpes n’est guère reluisant.

Confirmant une tendance amorcée au cours de ces cinq dernières années, les Italiens regardent de plus en plus à la dépense, optant pour les courts séjours et les formules d’hébergement à bas prix. Une évolution qui sape le moral des hôteliers aussi sûrement que leur chiffre d’affaires.

En dépit du léger mieux enregistré au mois d’août (+1,8% par rapport à août 2009), l’été aura été au diapason de la météo : plutôt morose. Au mois de juillet,  la fréquentation des hôtels avait chuté de -3%, confirmant la fragilité de la conjoncture. Depuis le début de l’année 2010, l’activité hôtelière stagne (-0,2%). Un surplace inquiétant car, il intervient après deux années marquées par un fort recul de l’activité (-4,8% en 2009 et -3,8% en 2008).


La fréquentation des hôtels s'érode

Cette atonie aggrave l’hémorragie sur le front de l’emploi : fin août, le taux d’emploi dans le secteur de l’hôtellerie a poursuivi sa descente aux enfers, avec une chute de -2,6%. 


« Ces chiffres confirment nos craintes exprimées au début de la saison estivale », se désole Bernabò Bocca, le président de la Fédération italienne de l’hôtellerie et du tourisme (Federalberghi-Confturismo). 


Si les étrangers sont venus en plus grand nombre cet été, attirés par la stabilité des prix des hôtels transalpins, la fuite de la clientèle nationale contraint les hôteliers à serrer leurs prix. 


Fin juillet, les prix des établissements ont diminué de -0,8%, une évolution qui contraste avec le taux d’inflation du pays (+1,4%). 


«Ces chiffres laissent augurer une nouvelle forte baisse de notre chiffre d’affaires en 2010 », s’alarme 
Bernabò Bocca, qui réclame des autorités « la mise en place d’un plan de relance » d’un secteur qui reste l’un des moteurs de l’économie transalpine (le secteur du tourisme italien réalise un chiffre d’affaires direct et induit de 155 Md€ qui représente 9,7 % du PIB). 


L'essor du low cost se poursuit

Chez les tours opérateurs transalpins, l’heure n’est pas non plus à l’optimisme. 


L’Astoi (Association des tours opérateurs italiens) s’attend à une nouvelle baisse d’activité après la chute de 10% du chiffre d’affaires enregistrée en 2009, une érosion que les professionnels imputent autant à la crise qu’à la montée en puissance des réservations par internet et des offres low cost. 


Cette émergence du modèle internet qui capte désormais près d’un tiers de la clientèle des séjours organisés pousse les professionnels à s’interroger sur leur organisation. 


Le marché italien est en effet très fragmenté, disséminé entre une multitudes d’opérateurs de petites tailles, un handicap rédhibitoire face à la concurrence des « web agencies » et des mastodontes européens dont le chiffre d’affaires annuel approche les 34 Md€ quand le CA cumulé des 45 plus grands tours opérateurs transalpins plafonne sous les 6 Md€. 


Interrogations autour d'Alitalia

Alitalia envisage de se séparer de 1.400 salariés - photo dr
Alitalia envisage de se séparer de 1.400 salariés - photo dr

Dans le ciel, l’été 2010 aura laissé passer quelques lueurs d’espoir. En juillet et août, les deux principaux aéroports italiens, Rome-Fiumicino et Milan-Malpensa ont vu leur trafic progresser de respectivement 8,6% et 8,9% par rapport à la même période de 2009. 


Mais ces chiffres doivent être relativisés, 2009 ayant été une annus horribilis pour le ciel translpin. Malgré cette éclaircie, le secteur aérien reste fragile. 


Le symbole de cette précarité est Alitalia. Dix-huit mois après sa relance par un pool d’industriels transalpin, la compagnie nationale n’est pas sortie des turbulences. 


Le retour à l’équilibre espéré pour la fin de l’année 2010 a été repousé à fin 2011. Ce report alimente les rumeurs alarmistes. 


Mi-septembre, le presse italienne s’est fait l’écho d’informations annonçant que la direction d’Alitalia planchait sur un nouveau plan d’économies visant à limiter les pertes autour de 140 M€ à la fin de l’année. 


Pour atteindre cet objectif, elle envisagerait de tailler dans ses effectifs (14.000 salariés). Selon le Corriere della Sera, cette purge pourrait concerner plus de 10% des salariés et passerait par l’externalisation des activités et des employés de plusieurs escales - Bari, Cagliari et Venise - jugées non stratégiques. 


Selon le Corriere, le patron du groupe, Rocco Sabelli, aurait annoncé entre les lignes ces suppressions le 2 septembre 2010 lors d'un séminaire devant 400 salariés en parlant de ramener les effectifs au niveau prévu par le plan de redressement appelé Phénix, un plan qui prévoyait à terme que Alitalia devait compter 12.600 salariés, soit 1.400 de moins qu'actuellement.


Fin juillet 2010, le nouveau groupe avait annoncé avoir divisé par deux sa perte nette au premier trimestre à 164 M€ et confirmé son objectif d'atteindre l'équilibre sur le plan opérationnel en 2011. 




William Allaire


Lundi 4 Octobre 2010



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