partager partager

"L'Europe avance toujours quand elle a peur"

Fondateur d'Ipemed, Jean-Louis Guigou prône plus que jamais le rapprochement des deux rives de la Méditerranée par l'économie. Selon lui, les chefs d'entreprise sont prêts à ce nouveau marché commun d'1 milliard d'habitants dont la création pourrait être favorisée par la crise que traverse l'Europe.


Jean-Louis Guigou veut croire à un déblocage de l'UpM fin 2010 (photo Ipemed)
Jean-Louis Guigou veut croire à un déblocage de l'UpM fin 2010 (photo Ipemed)
EUROPE / MEDITERRANEE.

Econostrum.info : En créant Ipemed en 2006 vous vous êtes affiché comme un militant de la cause euroméditerranéenne. Etes-vous très déçu des nouveaux ratés de l’Union pour la Méditerranée (UpM) ?

 
Jean-Louis Guigou : Je reste très optimiste! Il est vrai que le climat est actuellement très mauvais au Moyen Orient mais on nous parle d’une décision du président Obama pour la fin de l’année qui devrait permettre à la situation de s’améliorer sensiblement.

Le rôle des politiques est considérable. On voit bien que grâce au Statut avancé du Maroc qui sécurise l’environnement politique, les investissements européens y abondent. Et la décision du Conseil européen de poursuivre les négociations pour l’intégration de la Turquie favorise également les échanges.

L’idéal serait bien sur que les politiques prennent des décisions importantes comme celle de créer une banque euro-méditerranéenne. Il y a véritablement beaucoup d’opportunités de gains sur les rives sud et est de la Méditerranée. 

Un marché commun d'un milliard d'habitants

Econostrum.info : Pensez-vous que les pays du sud, et plus particulièrement leurs chefs d’entreprises, sont plus enclins à pousser cette dimension euro-méditerranéenne que leurs homologues des rives nord de la Méditerranée ?
 
Jean-Louis Guigou
 : Les 10 et 11 mai 2010, 800 patrons maghrébins ont demandé la création d’une Union maghrébine. Les 25 et 26 mai, 400 chefs d’entreprises étaient réunis pour les Entretiens de la Méditerranée à Hammamet pour dire qu’ils avaient besoin de l’Union maghrébine et de l’Union européenne. On voit se dessiner cette volonté des patrons qui savent que leurs marchés nationaux sont trop petits et rêvent d’un marché commun qui compterait près d’un milliard d’habitants.
Ce n’est pas une utopie ! Aujourd’hui ils construisent, ils conçoivent des outils. On passe de l’utopie à des projets et dans un an on passera des projets à la réalité.

Mais il faut encore un effort important pour faire comprendre qu’on ne peut pas garder en France 100% de l’outil productif. Ce que le Japon a fait avec les pays d’Asie, ce que l’Allemagne a fait avec l’Europe centrale, il faut désormais le faire vis-à-vis du Maghreb. En développant les emplois au sud, on tirera les emplois au nord car les habitants du sud achèteront.
 
Econostrum.info : La crise ne risque-t-elle pas de freiner encore le processus ?
 
Jean-Louis Guigou
 : La crise est une opportunité. L’Europe avance toujours quand elle a peur et aujourd’hui la peur de l’Europe c’est d’éclater, de disparaître.

Comme le dit Joseph Stiglitz, l’Europe n’a pas besoin de rigueur mais de solidarité. Vis-à-vis de l’extérieur, l’Europe va enfin se demander comment elle se positionne dans le monde multipolaire et elle va se rendre compte qu’elle est trop petite et qu’elle doit aller vers la Méditerranée. 

Création d'antennes locales d'IPEMED

Econostrum.info : Quel rôle peut jouer IPEMED dans ce processus ?
 
Jean-Louis Guigou : Nous avions prévu de porter sept propositions au sommet de l’UpM initialement prévu le 7 juin 2010 à Barcelone. Elles concernent les secteurs dans lesquels se concentrent les principaux enjeux de la région : la création d’un espace financier commun, une réponse collective aux enjeux de l’eau, la coopération dans le domaine rural et agricole pour faire face à l’insécurité alimentaire et le lancement d’une politique énergétique commune. Nous prônons aussi la création d’une « CECA migratoire » et la réalisation d’une prospective partagée.
 
Nous allons mettre à profit ce nouveau délai avant le prochain sommet de l’UpM, annoncé désormais pour début novembre 2010, pour diffuser ces idées et faire en sorte que d’autres que nous les soutiennent. Cela passera par des rencontres dans les différents pays de la région mais aussi par la création d’antennes locales d’Ipemed d’abord au Maroc, en Tunisie et en Mauritanie.


Brigitte Challiol, à HAMMAMET


Mercredi 2 Juin 2010



Lu 1539 fois
© Copyright Econostrum.info
Conformément au code sur la propriété intellectuelle, toute reproduction ou transmission de cet article est strictement interdite, sauf accord formel d'Econostrum.info


Publicité




avis d'expert
Aux racines de la croissance verte en région Méditerranée
Dr. Christian Averous Par Dr. Christian Averous, économiste de l’Environnement
Promouvoir une croissance verte dans la région Méditerranée, en soutien au développement durable et à la réduction de la pauvreté, s’impose comme défi majeur de notre temps. English version

Pour une réorganisation des relations entre l’Union européenne et les pays méditerranéens
Jean-François Coustillière Par Jean-François Coustillière, consultant sur les questions euro-méditerranéennes
Aujourd’hui l’Union européenne (UE) dispose de trois cadres différents qu’elle a, elle-même, proposés, pour organiser la coopération en Méditerranée : le Processus de Barcelone (PB) né en 1995, la politique européenne de voisinage (PEV) née en 2003 et l’Union pour la Méditerranée (UpM) née en 2008.

Aspects géopolitiques de la crise syrienne
Michel Roche Par Michel Roche, consultant
Depuis plus d’un an la Syrie vit un drame et on ne voit pas émerger une solution. Les résolutions pourtant peu ambitieuses des Nations Unies, ne sont pas respectées et l’envoi d’un contingent d’observateurs qui atteindra 300 hommes (sic) parait bien dérisoire face à l’ampleur de la crise.