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L'Europe à l'heure Syriza


À l'image de la première élection de Barack Obama, le triomphe de Syriza en Grèce provoque une vague d'espoir ou au contraire de crainte dans le monde. Mais comment Syriza espère changer la donne ?



GRÈCE. Le parti radical de gauche grec Syriza devrait annoncer la composition de son gouvernement mercredi 28 janvier 2015. Le plus dur restera à accomplir. Car, les futurs dirigeants de la Grèce s'engagent dans leur programme à présenter un budget équilibré. Ce projet de gouvernement repose sur quatre axes.
 
Tout d'abord renégocier la dette. Le montant des remboursements serait directement lié à l'évolution du PIB grec et les taux d'intérêt revus à la baisse. Il faut savoir que l'Europe à prêté à la Grèce à plus de 4% un argent qu'elle-même allait chercher sur les marchés à un taux de 1%. L'aide de l'Europe apparaît donc toute relative. Tous les économistes s'accordent pour reconnaître que la dette grecque (170 % du PIB) est impossible à rembourser en l'état. Il faudra bien sortir de cette impasse.

Deuxièmement mettre en place toute une série de réformes. Tout d'abord mettre fin au clientélisme, à la corruption et à l'évasion fiscale, trois fléaux qui gangrènent la Grèce. Mais Syriza entend également conduire une réforme fiscale pour faire supporter l'impôt à toutes les catégories de la population et à tous les revenus, notamment ceux du capital. L'église, les armateurs ne seraient plus exonérés d'impôts. Syriza promet en outre une réforme en profondeur du secteur public avec d'un côté la réintégration des fonctionnaires mis sur la touche dans des secteurs aussi vitaux que la santé ou l'éducation, mais parallèlement la réduction à dix du nombre de ministères et la suppression de plusieurs agences gouvernementales jugées inutiles et coûteuses. Au total ces mesures pourraient rapporter près de 1,5 mrds € selon Syriza. 

Convaincre l'Europe

Le pouvoir grec change de mains (photos F.Dubessy)
Le pouvoir grec change de mains (photos F.Dubessy)
Le troisième axe concerne l'investissement. Mais sur ce point, Syriza reconnaît ne disposer de pratiquement aucune marge de manœuvre. Il lui faudra convaincre l'Europe. Le parti grec espère trouver en la France et l'Italie, peut-être demain l'Espagne, des alliés précieux et actifs pour contrer la politique d'austérité allemande. « L'Europe dispose pourtant d'un instrument pour investir, la Banque européenne d'Investissement (BEI) qui est aujourd'hui trop pusillanime dans ses actions, non seulement parce qu'elle craint pour sa notation, mais parce que ses investissements doivent être cofinancés. Il faut donc libérer la capacité d'action de la BEI pour entamer une vraie nouvelle donne pour l'Europe et injecter 6 à 7 % du PIB de la zone euro dans l'économie » expliquait dans le journal La Tribune Yanis Varoufakis, économiste réputé et possible futur ministre de l'économie de la Grèce.

 
Enfin, Syriza promet de conduire une politique de résorption de la crise humanitaire que traverse la Grèce. Salaire minimum à 750 €, distribution de bons d'alimentation, rétablissement de l'électricité dans les familles les plus pauvres qui ne peuvent payer leurs factures, soins médicaux gratuits, fin des expulsions de logement, étalement des remboursements des dettes bancaires des familles les plus endettés... Ce package devrait coûter au budget de l'État 1,2 mrd€.

Le pari de Syriza s'avère aussi ambitieux que risqué. Sans l'aide de l'Europe, c'est-à-dire sans la mobilisation des pays du sud de l'Europe, il a peu de chances d'aboutir. Syriza mise sur le fait que que le basculement à gauche de la Grèce peut faire pencher la balance et convaincre certains gouvernements d'exercer une réelle pression sur Berlin, seul moyen d'empêcher les partis d'extrême droite de conquérir le pouvoir. Deux logiques s'affronteraient alors. Les libéraux d'Europe du Nord contre les Keynésiens de la rive nord de la Méditerranée. Les cigales contre les fourmis.


Gérard Tur


Lundi 26 Janvier 2015



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Commentaires

1.Posté par Henriot François le 27/01/2015 09:21
Situation évidemment à suivre, mais premières impressions défavorables, malgré le climat plein d'angélisme régnant depuis quelques jours dans les médias notamment: l'alliance d'un admirateur de Che Guevara (sélectionneur des personnes à interner en camps à Cuba) et d'un parti d'extrême droite, ne peut qu'inquiéter. Le Pen fille et Zemmour apprécient. Révélateur.

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