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L’Euroméditerranée des cités mesure ses écarts

Dans son texte fondateur, l’Union pour la Méditerranée (UPM) évoque le développement urbain. Une avancée et une reconnaissance des collectivités locales dans une construction supranationale. Mais sur le terrain des réalités, là où se joue le succès ou l’échec d’un processus, tout reste encore à faire.


Un débat sans concession où l'UPM est apparu comme une opportunité pour relancer la politique de voisinage en Méditerranée
Un débat sans concession où l'UPM est apparu comme une opportunité pour relancer la politique de voisinage en Méditerranée
MEDITERRANEE. Quelle place pour les collectivités locales dans les politiques euroméditerranéennes ? La relance du processus de Barcelone à travers l’UPM va t-elle apporter du neuf pour les cités et régions ? Tentant une synthèse difficile d’un débat qui a parfois tenu du dialogue de sourd, l'animateur de la rencontre, Larabi Jaidi, professeur à l’Université Mohamed V de Rabat, mettait l’accent sur « l’écoute à développer et la logique de partenariat, et non d’assistance, à privilégier ».



Parmi les 70 participants à la rencontre organisée par la Commission méditerranée de cités et gouvernements locaux unis (CGLU), dans le cadre de la Semaine économique de la Méditerranée, on notait une présence importante de municipalités libanaises (12) et marocaines (7).

Petit comité

L’Italie (3 représentants), l’Espagne (2), la Turquie, la Belgique et la Tunisie (1 chacun) faisaient entendre leurs voix malgré la présence écrasante de Français (plus d’une trentaine avec une forte majorité de représentants de la région) et l’absence de représentation algérienne (problème de visa), égyptienne ou grecque. "Cette rencontre semi-fermée et en petit comité s'adressait essentiellement aux partenaires les plus actifs de la Commission Méditerranée de CGLU dans la perspective d'un projet plus vaste de formation à l'échelle méditerranéenne" expliquait-t-on.

Pour les Grecs, nous aurions bien aimé entendre ceux qui avaient élevé l’art de la cité jusqu’à en faire le modèle méditerranéen. Mais les discussions n’ont pas eu à évoquer l’Antiquité prises qu’elles étaient dans l’actualité des relations entre l’Union européenne et le bassin méditerranéen.

Une confrontation parfois rude où les intervenants faisaient mesurer l’écart non seulement entre les deux rives, mais aussi entre le volpuk de la commission européenne et le terroir des municipalités. Béchir Odeimi, directeur du bureau technique des villes libanaises, ne cachait pas son agacement, plutôt partagé par l’ensemble des représentants municipaux, soit devant « le manque d’informations directes », soit face « à la complexité » ou l’inadéquation des priorités par rapport à la réalité.

Mohammed Addad, maire de Ouarzazate (Maroc) invitait même les représentants de la Commission européenne à venir « descendre dans sa ville où se posent des problèmes de communication, de montage de dossier, de savoir-faire ».

A pas de fourmi

Plutôt sur la défensive, le représentant de la Commission européenne, Pierre Deusy, avait fort à faire entre les énormes besoins d’aide organisationnelle exprimés par les collectivités et le désir de ces derniers de jouer « à part égale avec les partenaires du nord ».

C’est dans cet écart que s’est embourbé le processus de Barcelone, reconnaissaient au moins tous les participants. Tandis qu’Yvan Martin (Madrid) critiquait un système technocratique qui privilégiait souvent « les mieux préparés au détriment de ceux qui en avaient le plus besoin ».

L’Euroméditerranée des cités sera une tâche plutôt difficile à réaliser. Outre les problèmes socio-culturels et économiques qui distendent les différents partenaires, les collectivités locales s’inscrivent en marge de la politique européenne qui reconnaît les Etats comme interlocuteur privilégié. Comment exister quand la décentralisation est absente du vocable politique d’un pays ?

Le grand mérite de la recontre-débat aura été d’avoir clairement identifié les obstacles sur un chemin où « on avance à pas de fourmi » comme dira la représente de Barcelone, Paqui Santonja. Mais où les acteurs sont à échelle humaine, celle des régions et des villes.



Robert Villena


Lundi 24 Novembre 2008



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