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L'Etat grec et l'église orthodoxe gèreront ensemble les biens immobiliers religieux


Plutôt que de voir son taux d'imposition augmenter et ses revenus diminuer, l'Église orthodoxe grecque envisage une entreprise d'exploitation de ses biens immobiliers en partenariat avec l’État.



GRÈCE. Toujours pas séparés en Grèce, l’Église orthodoxe et l’État vont encore plus loin dans leur mariage de raison en créant ensemble une coentreprise détenue à 50/50. But de l’opération: faire entrer des revenus dans les caisses de l’État et faire fructifier les biens immobiliers de l’Église.

 

Une situation inédite dans un pays où la toute puissante Église orthodoxe restait réfractaire à toute intervention de l’État dans ses affaires.

 

L‘idée est simple. Pour un capital de 300 000 € mis en commun à parts égales, l’Église et l’État vont dans un premier temps « mettre en valeur » les biens immobiliers les plus prometteurs de l’Attique, ceux surnommés littéralement les "filets de l‘immobilier".

 

Même si, en l'absence de cadastre en Grèce, personne ne connaît réellement l’étendue de ces biens immobiliers des premiers chiffres apparaissent. Ainsi, il existerait 120 biens d'exception, dont un prestigieux hôtel 5 étoiles à Vouliagmeni estimé à au moins 250 M€ et détenu par l’Église (11% des parts), l’État (4%) et la Banque de Grèce pour le restant.

 

À la différence de l’Église catholique, l’Église orthodoxe ne dispose pas de hiérarchie pyramidale. Chaque évêché, voire chaque pope, demeure indépendante. Du coup, seul l’évêché de l’Attique s'engage dans cette nouvelle coentreprise.


Des vœux pieux

L’Église orthodoxe doit désormais composer avec la crise (photo Angélique Kourounis)
L’Église orthodoxe doit désormais composer avec la crise (photo Angélique Kourounis)

Si l'expérience porte ses fruits, les autres évêchés rejoindront la Société pour la valorisation des biens de l’Église (EAAEP), qui reste une société immobilière anonyme.

 

C’est en tout cas sur cela que mise le chef de l’église grecque, Mgr Iéronymos. Agacé des différents articles évoquant la "fortune colossale de l’église" , il a tenu à clarifier la situation de son point de vue en publiant un livre en mars 2013 intitulé "la Fortune de l’église et le salariat des popes".
 

Pour le chef  spirituel des fidèles orthodoxes du pays, les deux choses sont liées puisque l’Église et l’État n’étant pas séparées en Grèce les popes restent des fonctionnaires payés par l’État.

 

Or, Athènes doit faire des économies et, dans l'hypothèse d'une séparation, l’État n’aurait plus, du coup, à financer la messe dominicale.

Mais est-ce vraiment son intérêt ? Les salaires nets des popes avant imposition varient de 678 € pour un pope débutant à 1 750 € pour un évêque après trente ans de carrière. Le primat de l’église touchant, lui, 2 213 € par mois.

 

Le coût annuel est estimé, en comptant large, à 150 M€ par an, hors charges sociales. "Si l’État veut cesser de payer les popes alors il faut qu’il rende les 70 000 hectares de terrain que l’église lui a cédé en échange, le peut-il ? Sera-t-il gagnant de cette opération ?" se demande Mgr Iéronymos à l’origine de cette initiative.

 

Non pas vraiment, c‘est couru d’avance. D’où cette coentreprise qui, si l’on en croit le communiqué publié, repose sur le seul souci du bien-être de la population éprouvée.
 

L’État va, lui, avec ses gains "amplifier son assistance aux plus vulnérables" et l’église va elle, "développer ses œuvres de charité ».


Des biens transférés pour 99 ans

Mais ces preuves de bonne volonté achoppent sur l'affrontement depuis des décennies entre l’Église et l'État sur l’étendue réelle des terres de chacun. Bizarrement, depuis l’annonce de la coentreprise, l’État se montre plus conciliant dans ses revendications.

 

Par ailleurs, les 14 millions d’actions que l’église détenait, dont un gros paquet a été acheté en 2008 sous la pression de l’État déjà en difficulté, valaient, voici cinq ans, 270 M€. Actuellement elles en valent à peine 40 M€ avec pratiquement aucun rendement.


Or les biens immobiliers, dont les prix à la vente ou en location s’effondrent, et les actions, qui désormais n’ont plus de valeur, demeurent les deux seules ressources de l’église.

 

Elle doit donc se réorienter. D’où cette coentreprise. D’où aussi son premier boursicotage le 14 juin 2013.

L’Église a vendu 560 000 actions de la Banque Nationale, plus cher qu’elle ne les a rachetés immédiatement après. Bénéfice net : 16 800 €. Il n’y a pas de petits profits !
 

Il n’empêche, l'Église orthodoxe grecque passe pour être le second propriétaire foncier de Grèce : 130 000 hectares de terrains constructibles, des monastères des plages, des forêts, des biens immobiliers, dont personne ne connaît réellement l’importance. L’estimation générale varie dans la  presse de 700 M€ à  2,5 mrds€.

 

Les biens immobiliers ecclésiaux concernés par cette coentreprise, qui ne peuvent en aucun cas être vendus, mais uniquement loués à long terme, seront transférés pour une durée de 99 ans à cette toute nouvelle société, dont les actions détenues par l’Église et l’État (et personne d’autre) ne seront pas cessibles.


Moins de moyens pour l’Église

Côté impôts, l’Église a vu ses privilèges réduits dès le début de la crise 2010 par une taxe de 20% sur ses revenus bruts, et 5% pour les dons. En 2012, elle versait 11 M€ d’impôts. Une première.

 

Par contre, elle ne paie pas d’impôts fonciers sur ses lieux de culte. « Mais les stades de foot non plus » ne soulignent l’évêque du monastère de Pendeli mettant en avant les 100 M€ dépensés chaque année par les religieux dans les œuvres de charité et les quelque 70 000 repas distribués tous les jours dans tout le pays. À noter que pour la période estivale, l‘Église a cessé de distribuer ces repas faute de moyens… Ils reprendront en septembre.

 

Le "ministre des Finances de l’Église" (le président du conseil d’administration du service central des finances de l’Église), l’Évêque Elassonos Vassilios lève les mains : "Nous devons faire deux fois plus en terme de charité avec beaucoup moins de moyens... "

 

Le primat d’Athènes, Mgr Hieronymos a même tiré la sonnette d’alarme au printemps 2013. "Les finances de l’Église se trouvent dans une situation critique. Sa richesse est un mythe" déclarait-il alors. Elle ne disposerait plus que de 4% des biens qu’elle détenait avant la révolution grecque de 1821.





Jeudi 22 Août 2013



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