Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

L'Espagne suspendue à la grève générale


Au cours des trente-sept dernières années de démocratie, l'Espagne a connu sept mouvements de grève générale. Celui de ce 29 mars 2012 mobilise les syndicats de salariés espagnols contre la réforme du travail de Mariano Rajoy, à la veille de la présentation du budget et des mesures d'austérité destinées à réduire les déficits publics. D'où le climat social particulièrement tendu.



La dernière grève générale remonte au 29 septembre 2010 (photo : F. Matéo)
La dernière grève générale remonte au 29 septembre 2010 (photo : F. Matéo)
ESPAGNE. La semaine a mal commencé pour Mariano Rajoy, avec le résultat d'élections en demi-teinte dans la région des Asturies et en Andalousie, où le Partido Popular  du président du gouvernement espagnol ne pourra probablement pas accéder au pouvoir. Les mauvaises nouvelles concernent également l'économie, avec la publication du rapport mensuel de la Banque d’Espagne, officialisant la récession que connaît le pays.

Un début de semaine difficile, par conséquent, avec en perspective une fin de semaine également douloureuse, puisque Mariano Rajoy annoncera vendredi 30 mars ses mesures d'austérité pour réduire le déficit public, sous la pression de la Communauté européenne . Il subira également la pression d'une opinion publique dans la rue jeudi 29 mars, jour de grève générale en Espagne.

Depuis l’avènement de la démocratie postfranquiste, il s'agit du septième mouvement de protestation unitaire en Espagne. Mais c'est sans doute l'un des plus importants, car il intervient dans un contexte de crise particulièrement aiguë, obligeant le gouvernement de Mariano Rajoy à prendre des mesures sans précédent.

Absence de dialogue

Pour autant, les mesures de restriction des dépenses publiques n'ont pas mis le feu aux poudres, même si Mariano Rajoy a déjà prévenu qu'il réduirait de 15% les dépenses de l’État. C'est la réforme du travail qui provoque la colère des syndicats.

Les deux grandes centrales syndicales du pays, CCOO  (Comisiones Obreras) et UGT , font front commun. Et leurs deux secrétaires généraux respectifs, Igniacio Fernandez Toxo et Candido Mendez, accordent leurs discours contre une loi sévèrement critiquée, et surtout sur une absence de dialogue avec le gouvernement qu'il dénoncent de concert.

De son côté, la ministre espagnole du Travail, Fatima Bañez, invoque l'urgence d'adopter une nouvelle législation du travail pour débloquer un marché de l'emploi paralysé avec un taux de chômage record de 23%. Pour alléger les contraintes des entreprises, le texte adopté par le parlement espagnol prévoit une nouvelle grille de calcul des indemnités de licenciement, désormais établies sur une base de 33 jours par année de travail (contre 45 jours/an auparavant), voire 20 jours d'indemnités par année de travail si l'entreprise enregistre un bilan négatif pendant trois mois consécutifs.

« Régression sociale sans précédent »

La réforme du travail cristallise le malaise social en Espagne (photo : F. Matéo)
La réforme du travail cristallise le malaise social en Espagne (photo : F. Matéo)
Selon la nouvelle législation espagnole, le chef d'entreprise aura également la possibilité de modifier à sa convenance les horaires de travail s'il juge que cela peut permettre d'éviter des licenciements. Les démarches seront en outre facilitées pour limiter le temps de travail (et le salaire en proportion) ou recourir au chômage technique. Ces deux démarches ne seront plus soumises à l'autorisation administrative préalable.

Ces reculs sociaux justifient le ton très offensif de Candido Mendez, dans une interview au journal El Pais  : « Des sept grèves générales que nous avons dû convoquer, celle-ci est la plus justifiée, et de loin ; Elle affecte de façon radicale l'équilibre social des entreprises. Et si l'on ajoute les restrictions budgétaires, nous sommes face à une régression sociale sans précédent ».

Car le gouvernement de Mariano Rajoy veut en finir avec les cadres généraux qui définissent les règles de la négociation entre patronat et syndicats, en donnant la priorité aux « conventions d'entreprises » sur les conventions de branches ou les autres conventions collectives. Tout en favorisant dans le même temps l'intégration des jeunes dans l'entreprise à travers des mesures incitatives, car le chômage des jeunes atteint en Espagne une proportion plus que préoccupante, puisqu'elle concerne un actif sur deux !

Les suites du mouvement de grève

Reste à savoir quelles seront les conséquences de la grève générale.

D’abord en termes d'impact. Les syndicats espèrent bien évidemment une très grande mobilisation. En dépit des obligations de service minimum, toutes les activités du pays devraient être assez sensiblement impactées. À commencer par les services publics (transport, éducation, santé), où un fort pourcentage de grévistes est prévu. D'autant que ce mouvement représente un test unique pour les deux grandes centrales syndicales espagnoles.

Du côté du secteur privé, des perturbations sont notamment à prévoir sur le trafic aérien. Les compagnies prennent les devants en mettant en place un accueil par téléphone et internet pour permettre aux clients -en Espagne comme à l'étranger- de modifier leurs plans de voyage du 29 mars. A l'instar de Vueling ou Iberia, qui se prépare à un conflit plus long terme avec ses pilotes en raison du lancement de sa filiale low cost...

Sur le plan politique, les syndicats de salariés ne se font guère d’illusions sur les suites du mouvement de grève. Igniacio Fernandez Toxo se place d'ailleurs clairement sur la défensive, dans l'attente des annonces que Mariano Rajoy se prépare à détailler au lendemain de cette grève générale : « Ce qui est en jeu va bien au delà de la réforme du travail. La société espagnole ne peut encaisser les réductions de dépenses publiques de 60 milliards d'euros en 21 mois, comme le prévoit le gouvernement, sans une grave crise économique et sociale. J'espère simplement que ce 30 mars 2012, au moment où sera approuvé le budget, le gouvernement nous annoncera un processus de négociation qui nous a été refusé jusqu'à présent ». Un message à Mariano Rajoy, qui passe cette semaine le cap des 100 jours en tant que chef du gouvernement espagnol.

Lire aussi : Mariano Rajoy dégaine sa réforme du travail




Mercredi 28 Mars 2012



Lu 2865 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >

Jeudi 8 Décembre 2016 - 08:27 Matteo Renzi démissionne pour de bon cette fois


Commentaires

1.Posté par walter99 le 28/03/2012 21:06
Pourquoi ces déficits en Grèce, en Espagne, et en France? Parce que l'argent ne rentre plus dans les caisses des états . Par idéologie, depuis 30 ans les néolibéraux vident systématiquement les caisses des états par des centaines de mesures de défiscalisation : en France avec Sarkozy on en est à 75 milliards de défiscalisation légale par an ! Ajoutez en plus la fuite fiscale évaluée à plus de 100 milliards par an et le manque à gagner causé par des localisations de sièges d'entreprise ou de particuliers dans les "paradis" et vous arrivez à plus de 300 milliards volés à nos états chaque année. Alors quand on parle de dette, ça fait rigoler....Hollande fera sa "loi bancaire", son "Glass Steagall act" en anglais, avant juin, c'est une urgence et un minimum. (informez vous si vous ne savez pas ce que c'est ). C'est une mesure centriste de Roosevelt qui avait tenu ....60 ans, abrogée en ....1998 aux USA . La cerise énorme pour Hollande ce sera la taxe Tobin (minuscule par Sarkozy, à 0,01%) que Hollande va élargir qui va obliger à TRACER les flux de capitaux vers et depuis les "paradis fiscaux". Vous avez compris, c'est la fin de ces "paradis" et Hollande bénéficiera du retour de ces sommes énormes dans l'économie réelle (officiellement 11 000 milliards mais certains parlent de 60 000 milliards! Hollande sera notre Roosevelt (réélu 4 fois!) .

Pour signaler un abus, écrire à redaction@econostrum.info

Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.















RÉflexions

Réflexion

Pendant ce temps, la guerre du pétrole ne faiblit pas...


avis d'expert

Par Guillaume Almeras, consultant indépendant, associé au groupe d'analyse de JFC Conseil


 




Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA















Suivez econostrum.info en direct sur Facebook








  L'actualité économique
en Méditerranée, avec le soutien
de nos partenaires :
Anima       BEI
 
PlanBleu          avitem
 
Euromediterranee
Région PACA        EDF
 
AeroportMP            Femise