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« L'Égypte, un îlot de stabilité à protéger »


Né en Égypte, Alexandre Cordahi est avocat au barreau de Paris, chef de mission et expert dans des projets financés par l'UE. Il a accordé une interview à econostrum.info à l'occasion de sa participation aux « mardis de la Villa », organisés par la Villa Méditerranée à Marseille.



Econostrum.info : L'Égypte mise beaucoup sur sa politique de grands travaux. Que pensez-vous de cette stratégie ?
 

 Alexandre Cordahi : Elle est beaucoup décriée, peut-être trop. L'Égypte ne peut faire l'économie d'une telle politique tant ses besoins apparaissent immenses. Le pays comptera 100 millions d'habitants en 2025. Si rien ne change, ils vivront dans un espace plus petit que les Pays Bas. Il faut donc une vision ambitieuse. Cette stratégie d'élargir le territoire urbain et de créer de nouveaux espaces économiques n'a pas été conçue par le seul gouvernement actuel. Ce n'est pas l'idée nouvelle d'un dirigeant qui se prendrait pour un pharaon. Les projets me semblent bons. Mais tout va dépendre de leur mise en œuvre, de la coordination. Le percement du deuxième canal de Suez, avec l'aide de l'armée, a très bien fonctionné. Construire une vingtaine de nouvelles villes dans le désert ne posera pas de problème d'un point de vue "béton". Mais les rendre vivables, avec des services publics performants, s’avérera plus difficile. Et c'est là que le bât blesse en Égypte. De même, il faudra résoudre le problème de l'eau car le pays est déjà en pénurie.
 
 

L'Arabie Saoudite porte l'Égypte à bout de bras d'un point de vue économique. Cette situation vous paraît-elle saine ?


AC : Les deux pays se tiennent mutuellement. L'Égypte a besoin de l'argent de l'Arabie Saoudite et l'Arabie Saoudite a besoin de la main-d'œuvre, de l'armée, en un mot de la population de l'Égypte. Les crises que traverse cette région font bouger les lignes. Les acteurs développent des stratégies intégratrices, renforcent leurs alliances, en nouent de nouvelles.


La France a une carte à jouer

Comment la France peut-elle s'intégrer dans ce schéma ?
 

 AC : La France fournit beaucoup d'armes. Elle est le 5eme ou le 6eme partenaire économique de l'Égypte. Les États-Unis semblent avoir décidé de laisser jouer un rôle à certains pays comme la France. La question des droits de l'homme se pose dans cette région, mais certains pays européens tendent à privilégier leurs intérêts économiques et politiques. Même l'Italie, dont un ressortissant a été torturé et assassiné dans des conditions suspectes, va continuer de travailler avec l'Égypte pour exploiter les énormes ressources de gaz découvertes dernièrement. La France a une carte à jouer, pas seulement dans le domaine de l'armement, mais aussi du blé, du BTP, de l’hôtellerie, des transports, du ciment, des énergies renouvelables et des services publics. Pour autant, il faut poursuivre le dialogue pour des changements concrets dans la protection des droits de l'homme. C'est l'intérêt même de l'Egypte.
 

 L'environnement juridique égyptien favorise-t-il l'arrivée d'investisseurs étrangers ?
 

 AC : Pour des Français, oui, car le droit égyptien est largement inspiré du droit français. Voilà pour le droit. Malheureusement, sa mise œuvre pratique reste beaucoup plus aléatoire. Le pays est très centralisé. Les collusions entre des pouvoirs qui devraient être indépendants posent problème, même si la situation semble s'assainir depuis la révolution de 2011.
 

L'économie égyptienne vous paraît-elle solide ?
 

AC : Oui, mais elle dépend beaucoup de facteurs extérieurs sur lesquels elle ne peut agir. Elle cours un réel risque de convertibilité car ses sources de devises sont exogènes et se fragilisent. Les transferts financiers de ses migrants, environ 17 mrds $ par an, pourraient se tarir si les pays hôtes comme l'Arabie saoudite rencontrent des difficultés économiques du fait de la chute du prix du baril de pétrole. Il va de même de l'aide internationale, 10 mrds $ par an, en provenance essentiellement des pays du Golfe. Le tourisme connaît une passe difficile. Il représente un apport de 7,4 mrds $ par an. Enfin, le canal de Suez génère 5 mrds $ de revenus par an, mais devient moins intéressant pour les armateurs quand le prix du pétrole baisse. L'Égypte va devoir se serrer la ceinture dans les deux ou trois années à venir.
 

L'extrême instabilité de la région constitue-t-elle un frein pour le développement de l'Égypte ?
 

 AC : Elle peut constituer une opportunité pour l'Égypte. Les États-Unis, l'Europe, les pays du Golfe peuvent voir dans l'Égypte un îlot de stabilité à protéger. Il s'agit d'un des rares pays solides de la région, avec une position géostratégique considérable. Il ne faut oublier que 10% du commerce maritime mondial transite par l'Égypte.



Propos recueillis par Gérard Tur


Mercredi 27 Avril 2016



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Par Guillaume Almeras, consultant indépendant, associé au groupe d'analyse de JFC Conseil


 




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