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L’Algérie se tourne résolument vers le sud


Confrontées à des défis régionaux et locaux, les autorités algériennes semblent avoir choisi l’option Grand sud pour développer le pays et faire face aux risques de déstabilisation.



L’option Sud s’avère être une nécessité stratégique (photo ONT)
L’option Sud s’avère être une nécessité stratégique (photo ONT)
ALGÉRIE. La guerre civile en Libye et son internationalisation ont provoqué un dangereux affaissement de l’Etat libyen : morts, destructions, division du pays en deux, ralentissement de la production, trafic d’armes…Cet affaissement a provoqué un exode massif de Libyens mais aussi et surtout d’une grande partie des deux millions de travailleurs étrangers activant dans ce pays et qui affluent vers les pays voisins : Algérie, Tunisie, Egypte…

Or, ceux-ci ne sont pas préparés à accueillir une masse de personnes aussi considérable en un laps de temps aussi court. Ils sont donc confrontés à un sérieux problème humanitaire, mais aussi sécuritaire, l’identité et l’origine des réfugiés n’étant pas aisée à déterminer. N’importe qui peut s’infiltrer en leur sein.

L’affaissement de l’Etat libyen a pour autre conséquence d’attirer des mouvements et individus à la recherche d’armes : rebelles d’autres Etats, groupes terroristes, trafiquants... Cela représente un danger considérable pour les pays voisins dont l’Algérie.

La transformation de la Libye en un immense trou noir politique est d’autant plus inquiétante qu’elle rend encore plus complexe et dangereuse une situation régionale (monde arabe, Sahel) déjà particulièrement complexe : montée du terrorisme et de la contrebande, flux migratoires vers l’Europe, trafic de drogues venues du continent voire d’Amérique latine, dossier non réglé du Sahara occidental, crises et révoltes politiques dans les pays voisins (Mauritanie, Maroc, Tunisie, Niger, Mali…).

Tout cela ne pouvait qu’alerter davantage des autorités algériennes inquiètes des risques de déstabilisation.

Un climat social délétère

Car l’Algérie n’est pas épargnée par la crise. Certes, elle dispose de revenus pétroliers considérables.
Et les pouvoirs publics ne sont pas immédiatement menacés par une opposition encore faible ni par une révolte populaire à caractère politique comme ce fut le cas en Tunisie, en Egypte et ailleurs. Mais les autorités font face, depuis le début de l’année, à une explosion de la demande sociale qui provoque grèves et révoltes locales dans tout le pays ainsi que rassemblements et manifestations pourtant interdits dans la capitale.

Le gouvernement a réussi jusqu’ici à gérer cette poussée du mouvement social en limitant au maximum la répression pour éviter les dérapages, en ouvrant extrêmement timidement il est vrai les champs médiatique et politique et en satisfaisant l’essentiel des revendications d’amélioration de salaires et de primes, de statuts…

Mais il est loin d’avoir répondu à toutes les demandes qui se multiplient et, surtout, à la première d’entre elles qui est l’emploi.

Le peu de crédibilité des chiffres officiels concernant le taux de chômage pourtant validés par le très sérieux FMI est apparu au grand jour avec les révoltes de chômeurs dans toutes les régions du pays et la ruée des jeunes, diplômés ou non, vers les bureaux locaux de l’Agence nationale pour l’emploi (ANEM) ou vers ceux des autres organismes chargés de gérer les différents dispositifs d’aide à la création d’entreprise (ANSEJ…).

Le chômage, une plaie que les pouvoirs publics peinent à soigner

La situation des jeunes s’avère encore plus difficile dans le sud du pays où le chômage atteint des proportions alarmantes du fait du faible développement de la région et d’une émigration interne de travailleurs venus du Nord voire de l’étranger (Chine, Asie du sud-est…).

Les jeunes de la région voient donc les poste de travail être pourvus par «les gens du nord».

Plus généralement, cette plaie du chômage s’inscrit dans une situation sociale désastreuse d’autant plus choquante que l’essentiel des revenus en devises du pays provient de l’exportation des richesses du sous-sol du sud : pétrole et gaz…

Dans ces conditions, les multiples révoltes populaires qui ont agité la région risquent de se transformer en véritable embrasement, voire, sous l’influence de certaines parties identifiées ou non, en rébellion armée, à l’instar de ce qui se passe au Niger ou au Mali.

Le salut viendrait-t-il, encore une fois, du sud?

Cette immense région aux richesses considérables représente un extraordinaire atout  (photo ONT)
Cette immense région aux richesses considérables représente un extraordinaire atout (photo ONT)
L’ensemble de ces facteurs internationaux et nationaux se conjuguent donc pour amener les autorités algériennes à faire du développement du sud une priorité.

Car cette immense région aux richesses considérables (pétrole, gaz, uranium, or, soleil…) représente à la fois un extraordinaire atout, mais aussi un talon d’Achille potentiellement redoutable pour l’Algérie.

Le souci sécuritaire contraint les autorités à se tourner résolument vers le sud pour lui permettre de rattraper quelque peu son retard et d’éviter ainsi que la fracture sociale ne débouche à plus ou moins courte échéance sur une fracture politique.

Certes, nous sommes loin de la démarche volontariste de développement économique et social des années 1970 qui avait vue les autorités initier de grands projets pour le sud (barrage vert, transsaharienne…) alors que le pays était particulièrement stable.

Multiplication des grands chantiers

Mais le souci prioritairement sécuritaire des actuels dirigeants les amène à répondre en partie à la demande de la population algérienne du sud. D’où la multiplication des grands chantiers à caractères économique et social : «autoroute de l’eau» de 700 km pour ramener le précieux liquide au robinet des habitants de Tamanrasset, création sur son tracé de plusieurs villes et villages, d’aéroports et de pistes d’atterrissage, poursuite des travaux pour achever la Transsaharienne et la transformer en autoroute, développement des zones frontalières sur les plans administratif, économique (agriculture…) et social, étude stratégique d’un plan solaire de substitution aux hydrocarbures… 

L’appel du ministre de l’Intérieur à l’implication de la population locale à la surveillance des zones frontalières s’accompagne ainsi de mesures, réalisées ou annoncées, de développement de cette région. 

Cette préoccupation de développement du sud, ainsi que de la région des Hauts-Plateaux, figure en bonne place dans la problématique d’aménagement du territoire récemment élaborée par le gouvernement. 
Le Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT) présenté au début du mois d’avril 2011 par le ministre de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire souligne le danger que représente, pour l’Algérie, la concentration de 64% de la population sur 4% du territoire situé dans le nord, territoire soumis par ailleurs à une forte sismicité. 

Pour toutes ces raisons, l’option sud s’avère être une nécessité stratégique pour l’Algérie. Les déclarations récentes des médecins résidents en grève affirmant qu’ils étaient prêts à aller travailler dans toutes les régions du pays, pour peu qu’on leur attribue un minimum de conditions en matière de logement ou de salaire prouve que la population algérienne n’est pas opposée à une telle option. 

La balle est désormais dans le camp des autorités qui ont pour défi de transformer l’essai. 


Lire aussi:[L’Algérie dans l’attente d’un changement politique et social profond]url:


A. Belkessam, à ALGER


Vendredi 8 Avril 2011



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