L’Algérie s’en sort plutôt bien sans dépasser pour autant ses contraintes structurelles

ALGERIE. Avec la remontée du prix du pétrole, l’Algérie jouit aujourd’hui d’une aisance financière certaine. Mais elle reste confrontée à des défis majeurs : industrialisation, emploi, dépendance aux hydrocarbures….
Confronté à un rétrécissement de 50% de ses rentrées en devises, le gouvernement algérien a opéré un tournant protectionniste (photo DR).
ALGERIE. La crise financière de 2008 n’a pas immédiatement affecté l’économie algérienne.
Mais lorsque le prix du baril de pétrole passe en 2009 en-dessous des 40$, après avoir frôlé les 150$ quelques mois plus tôt, les pouvoirs publics sont alors confrontés à un rétrécissement de 50% des rentrées en devises.
Elles opérent alors, à travers la loi de Finances (LFC) 2009, un tournant protectionniste : arrêt des privatisations, aide au secteur public, préférence nationale…
L’économiste Brahim Gacem, sollicité par Econostrum.info, rappelle que «la première mesure de l’Etat Algérien (et qui fut une bonne chose) pour éviter une détérioration de la balance commerciale fut de freiner les importations.»
Pour le président du FCAS (Forum des compétences algériennes en Suisse), directeur Business & Management University of Genève, « l'Algérie n'a pas imaginé une stratégie originale pour relancer le développement, mais a engagé des mesures classiques de relance économique et de développement, avec des budgets colossaux annoncés dans les différents plans quinquennaux, et des réalisations sur le terrain.»
La politique de « patriotisme économique » confirmée en 2010
Brahim Gacem, président du FCAS (photo AB)
La LFC 2010 renforce le droit de préemption de l’Etat et des entreprises publiques économiques adopté dans la LFC 2009 en cas de cession de participations d’actionnaires étrangers.
La loi de répartition du capital s’appliquera même aux anciennes sociétés, en cas de modification de l’immatriculation au registre de commerce, de modification du capital social, de suppression d’une activité ou de rajout d’activité….
Le programme de développement 2010-2014 (108,3 mds€) bénéficiera prioritairement aux entreprises algériennes, certains appels d’offres étant réservés exclusivement aux nationaux.
La loi sur la monnaie et le crédit amendée fait obligation à tout investisseur étranger désireux d’ouvrir une banque ou un établissement financier de s’associer à des actionnaires Algériens majoritaires (51%).
Dans le domaine agricole, les étrangers seront exclus de l’achat des terres par la nouvelle loi portant exploitation des terres agricoles du domaine privé de l'Etat.
Une bonne situation financière
Aujourd’hui, avec l’amélioration de la conjoncture pétrolière, les finances de l’Algérie sont au beau fixe. Les réserves du Trésor ont atteint les 2,9 mds€ à la fin du premier semestre 2010.
Les réserves de change ont atteint 111,544 mds€ en septembre 2010.
Le Fonds de régulation des recettes, alimenté par le différentiel entre le prix réel du baril sur le marché international et le prix retenu par le gouvernement dans le cadre de l’élaboration de la loi de Finances (37$ soit 27,02€), se situe à 29,75 mds€.
Enfin, l’encours de la dette extérieure du pays a été ramené à 2,9 mds€ en 2010.
L’économie confrontée aux mêmes défis structurels
Pour 1$ exporté vers le Vieux continent, l’Algérie importe pour 20$ (photo DR).
Mais le taux de chômage juvénile reste important (25%), l’inflation persiste (5,41% en juin 2010), la désindustrialisation se poursuit, la dépendance structurelle vis-à-vis des hydrocarbures se maintient et le déficit budgétaire prévisionnel sera de 38 mds€ en 2010. Confrontées à un important mécontentement populaire, les autorités ont accordé de significatives augmentations de salaires, en particulier dans la fonction publique (Education, santé, enseignement supérieur…). Dans le but de contenir la corruption – près de 2 mds€ échappent annuellement au fisc – le gouvernement a adopté un nouveau code des marchés publics qui rend exceptionnel le recours au gré à gré simple. Les opérateurs étrangers désireux de concourir lors d’appels d’offres internationaux sont tenus de s’associer à une entreprise de droit algérien majoritairement détenue par des nationaux résidents. Pour Brahim Gacem, des efforts considérables sont fait afin de relancer l’activité économique et de garantir le minimum social. S’agissant des perspectives de l’économie algérienne, le président du FCAS souligne « qu’il faut continuer de consolider l’infrastructure de base et surtout se lancer dans une politique d’ouverture claire au marché (moins d’Etat dans les activités de production). Il faut que l’activité privée contribue à la relance et au développement. L’Etat doit se concentrer beaucoup plus sur ces actions régaliennes et bien sûr continuer à protéger les secteurs ou entreprises stratégiques.» English versionLire aussi: L’Algérie se dote d’un nouveau Code des marchés publics La loi de Finances Complémentaire 2010 entre en application en Algérie
Vendredi 19 Novembre 2010
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