Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

L’Algérie entre nouveauté et continuité


En un an, l’Algérie a changé de Constitution, renouvelé la chambre basse de son Parlement, désigné un nouveau Premier ministre qui a formé un nouveau gouvernement. Vu sous l’angle institutionnel, le pays donne la nette impression d’être en mouvement pour faire face à une situation économique et sociale délicate. La réalité s’avère toutefois plus contradictoire.



L'Algérie s'emmêle dans ses contrariétés (photo : F.Dubessy)
L'Algérie s'emmêle dans ses contrariétés (photo : F.Dubessy)
ALGÉRIE. Le premier ministre désigné par le président Abdelaziz Bouteflika a pris ses fonctions officielles le 25 mai 2017.
Abdelmadjid Tebboune (71 ans) succède ainsi à Abdelamalek Sellal qui aura remporté la palme de la longévité au poste de premier ministre (2012-2017 ).

Abdelmadjid Tebboune était déjà en poste dans le cabinet sortant au sein duquel il officiait sous la double casquette de ministre de l’Habitat et, depuis quelques mois, de ministre par intérim du Commerce.
Le départ d'Abdelaziz Sellal a surpris la plupart des observateurs qui s’attendaient à sa reconduction. L’homme avait en effet mené les consultations avec les partis pressentis pour participer à la coalition gouvernementale. Mais sa démission et celle de son gouvernement, constitutionnellement obligatoire à la suite de l’installation de la nouvelle chambre basse, l’Assemblée populaire nationale (APN), a finalement été acceptée par le président de la République.

Le brouillard qui entoure la vie politique algérienne permet aux analystes et autres observateurs de se livrer à leur sport favori, la spéculation, pour déterminer les raisons exactes du départ d'Abdelaziz Sellal. Pour certains, il paierait le prix d’interventions intempestives au cours de la campagne des législatives du 4 mai 2017.

Pour d’autres, c’est son incapacité à convaincre les Frères musulmans du Mouvement de la société pour la paix (MSP) de quitter les bancs de l’opposition pour rejoindre ceux, encore plus moelleux, du gouvernement qui aurait décidé de son sort. D’autres considèrent en revanche que le premier ministre sortant, fidèle parmi les fidèles du Président Bouteflika, aurait été mis en réserve de la République afin de se préparer à l’échéance présidentielle de 2019.

Un gouvernement technocratique

Le premier ministre nommé, la composition de l’équipe gouvernementale a été annoncée par un communiqué de la présidence de la République.
Une partie du cabinet Sellal reste en place à l’image d’Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, de Nourredine Bedoui au ministère de l’Intérieur, de Nouria Benghabrit à l’Education nationale ou d’Abdelkader Messahel qui devient ministre des Affaires étrangères après avoir été en charge des affaires arabes et africaines dans le précédent gouvernement.

Parmi les partants, il convient de citer le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, le ministre de l’Energie, Nourredine Bouterfa - en réunion à Vienne avec ses collègues de l’OPEP au moment de l’annonce de la liste des membres du nouvel exécutif - le ministre de l’Industrie et des mines, Abdeslam Bouchouareb, le ministre des Finances, Hadji Babaammi, et celui de la Communication Hamid Grine.

Le président Bouteflika a pris tout le monde à contre-pied en formant d’un cabinet "technocratique".
La perspective d’un large gouvernement d’union nationale que laissait pressentir la série de consultations organisée par l’ancien premier ministre a fait long feu. Les deux partis du FLN et le RND qui gèrent conjointement  et sans discontinuité les affaires courantes depuis 1997 ne sont pas rejoints par les ténors de partis plus modestes, à l’instar du Mouvement populaire algérien (MPA) ou du Rassemblement de l’espoir de l’Algérie (TAJ) dirigés par deux anciens ministres du gouvernement.

L’idée d’un large gouvernement de coalition pour faire face aux vents mauvais qui se sont levés avec la chute des prix des hydrocarbures a sans doute sombré avec le refus du principal parti d’opposition d’obédience Frères musulmans, le Mouvement de la société pour la paix (MSP), de l’intégrer.

Les nouveaux arrivants au gouvernement sont surtout de hauts cadres de l’administration publique, d’entreprises ou d’organismes d’Etat (walis, directeurs d’entreprise publique ou d’Agences…).

Le fiasco des législatives

Le choix d’un gouvernement « technocratique » semble sanctionner les résultats des récentes législatives du 4 mai 2017.

La victoire des deux partis du gouvernement sortant (FLN et RND), qui ont obtenu à eux seuls la majorité absolue à l’Assemblée populaire nationale (APN) avec 261 élus sur 462 députés, ne peut masquer les résultats finaux du scrutin marqué par une profonde désaffection des électeurs algériens à l’endroit d’un régime qui n’a pas pris de gants pour passer en force à l’occasion du scrutin.

Les chiffres officiels, qui sont loin de faire consensus, donnent un taux de participation de 35,37%. Il était de 42,90% lors des dernières législatives de 2012, ce qui représente une chute de près de  plus de 7% en cinq ans.
Le « premier parti » d’Algérie est donc constitué des abstentionnistes dont le nombre s’est élevé à près de 15 millions sur plus de 23 millions d’électeurs inscrits (61,75%).
Le "second parti"  se compose des votes blancs ou nuls qui ont atteint 2 109 917, soit l’équivalent d’un quart des votants. Ce chiffre annoncé par le ministère de l’Intérieur au lendemain du scrutin a finalement été ramené quelques jours plus tard et sans la moindre explication à 1 754 043 par le Conseil constitutionnel. Dans les deux cas cependant, les votes blancs ou nuls arrivent devant le "vainqueur" (FLN) qui n’a obtenu que 1 681 321 voix.

La nouvelle chambre basse du Parlement écrase davantage l’opposition qui a dénoncé de nombreux cas de fraude ainsi que le bidouillage des résultats officiels. En obtenant 161 sièges, le FLN en a perdu 60 alors que son allié et concurrent du RND en a gagné 32 pour se situer sur la barre des 100 députés.
Le nombre de femmes élues est de 118, en recul de 27 sièges par rapport à 2012.

Le plus dur reste à venir

L’absence de décision concrète concernant les niveaux de production des pays membres de l’OPEP et de ses alliés réunis à Vienne le 25 mai 2017 et les déclarations de satisfaction des représentants de l’Arabie Saoudite n’ont pas tardé à faire chuter le prix du baril de brut sous la barre des 50 $.

Le nouveau gouvernement algérien se trouve ainsi confronté d’entrée de jeu à une situation financière qui ne s’améliore pas.
Le nouveau premier ministre a déclaré que ses deux priorités seraient le logement et la diversification économique afin de permettre au pays de ne plus être hydrocarburo-dépendant.

Les Algériens ne semblent accorder aucun crédit à ce discours qu’ils entendent depuis une quarantaine d’années maintenant. Ce sont les plus modestes d’entre eux qui risquent en effet de faire les frais des nouvelles mesures d’austérité que le gouvernement ne manquera pas de prendre dans les mois à venir.

Or, la situation sociale s’est déjà dégradée. Nombre d’entreprises, particulièrement dans le bâtiment, ont mis la clef sous le paillasson et remercié leur personnel. Les diplômés sont de plus en plus nombreux à se retrouver au chômage. Et après deux années consécutives de baisse, en 2013 et 2014, le taux d’inflation est reparti à la hausse pour s’établir à 6,4% en 2016, contre 4,8% en 2015.

La situation économique et sociale délicate que traverse le pays, relativisée pour quelques temps encore par la disponibilité de quelques 109 mrds$ de réserves de change, s’adosse ainsi à une situation politique marquée par une stabilité qui ressemble à s’y méprendre à de l’inertie.

Le président Bouteflika a fêté ses quatre-vingt ans en mars 2017. Le nouveau premier ministre en aura soixante-treize ans en novembre prochain. Le nouveau président de l’APN est le doyen de cette institution avec ses soixante-dix neuf ans alors que celui du Sénat atteint les soixante-seize. Enfin, le général Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée a soixante-dix sept ans.


Acia Kaci, à ALGER


Mardi 30 Mai 2017



Lu 1778 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >

Mercredi 16 Août 2017 - 16:05 Le Premier ministre algérien limogé


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

A lire avant de commenter !
Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Econostrum.info.
Pour assurer des échanges de qualité, un maître-mot : le respect. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.
Il n'est pas permis de choisir comme nom d'utilisateur le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.).
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, reproduisant des échanges privés, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos…).
Econostrum.info se réserve le droit d'éliminer tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier, contenant des invectives et des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
Une trop mauvaise qualité d’écriture (multiplication des fautes de frappe, absence totale de ponctuation, langage SMS, etc.) peut entraîner la non-publication des messages.
Les décisions des modérateurs ne peuvent être contestées. L’auteur de la contribution est responsable de son contenu. La fiabilité de l’utilisateur, son identité et sa moralité ne peuvent être garantis par Econostrum.info. Econostrum.info ne pourra en aucun cas en être tenu responsable.
Si vous désirez signaler un contenu illicite ou abusif, merci de le faire à l'adresse suivante : redaction@econostrum.info.

Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.





















Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA