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Israël et la Jordanie veulent ressusciter la mer Morte




Destiné à réalimenter en eau la mer Morte à partir de la mer Rouge, mais aussi à fournir de l'eau potable, par désalinisation aux habitants de la région, le Canal de la Paix sera théoriquement opérationnel en 2018.



Le canal de Paix transcende la situation géopolitique (carte DR)
Le canal de Paix transcende la situation géopolitique (carte DR)
ISRAËL / JORDANIE. Le "Canal de la Paix" reliera la mer Morte à la mer Rouge. Il fait pour le moment surtout couler beaucoup d'encre.

Un accord de coopération technique entre la Jordanie, la Banque européenne d'investissement (BEI) et l'Agence française de développement (AFD), paraphé en mai 2016, ouvre la voie au lancement de trois études portant sur l'économie, l'analyse financière et sur les incidences environnementales et sociales du dossier. "Le projet est important pour mettre en place un approvisionnement en eau pour la Jordanie et l'ensemble de la région, tout en protégeant la mer Morte d'une dégradation environnementale" souligne Dario Scannapieco, vice-président de la BEI.

Au départ, une idée ingénieuse : profiter du dénivelé de 417 mètres entre les niveaux des deux mers pour alimenter la mer Morte qui n'a jamais aussi bien porté son nom. Son niveau baisse de huit centimètres environ par mois. Un bon coup de Rouge devient donc nécessaire pour la ressusciter.

A l'arrivée, une série de questions.

D'abord environnementales. Alexandre Taithe, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), n'y voit qu'un "nouveau transfert alors qu'il faudrait jouer sur la gestion de l'eau." L'ONG FoEME (Friends of the Earth middle East) alarme sur les risques de dégradation accrue des eaux de la mer Morte avec l'arrivée des flots en provenance de la mer Rouge.

Mais aussi sociales et économiques, avec le coût prohibitif de l'eau potable pour les populations jordaniennes comme palestiniennes. Le canal profitera surtout aux entreprises privées qui obtiendront les marchés.

Et enfin politiques car ce projet ne résoudra pas le droit à l'eau des Palestiniens.

10 mrds€ de budget total

Ce projet transcende la situation géopolitique. Quel symbole dans cette région tourmentée que de voir Israël "donner" de l'eau potable à ses voisins jordaniens et palestiniens. Juste retour des choses d'ailleurs. Car les pompages par Israël dans le Jourdain, principal affluent de la mer Morte, et dans le lac de Tibériade, jouent incontestablement, autant que le changement climatique, sur son niveau. En février 2015, les deux pays signaient un accord "Seas Canal" décrit, par le ministre israélien de l'Energie comme "historique". "Le plus important depuis le traité de paix avec la Jordanie".

Cet ouvrage intègrerait un pipeline de 200 km de long qui viendrait, telle une paille, aspirer l'eau de la mer Rouge pour la rejeter dans la mer Morte. Le pompage annuel concernerait 200 millions de mètres cube dont 120 millions reversés dans la mer Morte et 80 millions desalinisés grâce à l'implantation d'une usine de dessalement à Aqaba, en Jordanie. Cette eau douce serait distribuée dans le sud de la Jordanie (65 millions de mètres cube) mais aussi en Israël à Eilat dans la région aride de l'Arava.

Ce débit passerait dans un second temps à 900 millions de mètres cube à partir de 2070. Deux centrales hydroélectriques viendront également se "brancher" sur ce transfert d'eau.

En décembre 2015, le Royaume hachémite lançait un appel d'offres pour la construction de ce projet dont le coût est évalué à 1 mrd$ pour sa première phase et à 10 mrds$ de budget total. Une facture... salée, que la Banque mondiale a déjà promis d'honorer en partie. Le concessionnaire choisi aura vingt cinq ans pour amortir son investissement.

Les travaux doivent débuter en 2018.


English version

En partenariat avec la BEI


  


Mardi 27 Septembre 2016




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Roland Lombardi, consultant indépendant, associé au groupe d'analyse de JFC Conseil