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"Il n'existe pas de retour aux monnaies pré-euro possible"

Simon Hayley, Professeur en finance à Cass Business School, Londres


"Il n'existe pas de retour aux monnaies pré-euro possible"
Face aux incertitudes qui continuent à peser sur la zone euro avec la récente crise irlandaise, certains suggèrent que la meil­leure solution pour régler les problèmes fiscaux et économiques actuels serait que les Etats membres les plus affectés quit­tent la zone euro et retrouvent leur ancienne monnaie.

Cependant, cette proposition minimise considérablement les problèmes engendrés par un tel choix.

Premièrement, il n’existe pas de retour aux monnaies pré-euro possible : elles ont cessé d’exister le jour où les Etats ont intégré l’UEM (Union économique et monétaire européenne). Quitter l’UEM impliquerait la création d’une toute nouvelle monnaie.

De plus, quitter l’UEM ne saurait être une alternative aux carences gouvernementales. Au contraire, cela pourrait accroître d’autant plus les défauts de paiements. Il n’est pas inutile de rappeler combien les coûts de l’emprunt auprès des pays en périphérie de la zone euro a chuté au moment de l’entrée dans l’UEM, ce qui écartait de fait la menace d’une dévaluation monétaire. Les coûts de l’emprunt augmenteraient donc de façon drastique pour un pays qui quitterait l’UEM.

Qui plus est, toute dette gouvernementale a été convertie en euro lors de l’entrée dans l’UEM. Les obligataires n’accepteraient pas de remboursement dans une monnaie qui vient tout juste d’être créée. Cela reviendrait à un défaut de paiement selon eux.

Remède pire que le mal

Les problèmes fiscaux d’un pays quittant l’UEM ne s’en trouveraient pas améliorés, bien au contraire. Sa nouvelle monnaie se déprécierait fortement face à l’euro, car booster la compétitivité par la dévaluation serait l’un de ses principaux objectifs. Ce gouvernement aurait alors à rembourser sa dette en euro avec des recettes fiscales dépréciées.

En outre, ce gouvernement ne serait pas le seul à en souffrir. Certaines entreprises (y compris les banques) verraient leur bilan touché par des réévaluations inattendues de leurs actifs et passifs,  provoquées par le retour à un risque monétaire dont ils pensaient s’être débarrassés. 

Pour toutes ces raisons, quitter l’UEM apparaît comme une option peu raisonnable : un remède pire encore que la maladie elle-même.

C’est peut-être dans l’intérêt des pays les pus forts de pousser les Etats les plus fragiles en dehors de l’UEM pour ainsi former un noyau dur. Mais les pays les plus fragiles pourraient  très certainement bloquer ce processus au niveau politique. En outre, cela irait à l’encontre « d’une union sans cesse plus étroite » qui a été le principe fondateur de l’UE.

Quitter l’UEM permettrait aux pays concernés de booster leur compétitivité en dévaluant leurs monnaies, mais le coût du désordre financier qu’il provoquerait laisse peu de chance à cette éventualité. 

Le statu quo actuel n’est pas pour autant une bonne posture ; ces Etats font face à des années de restriction budgétaire et de chômage élevé. Le seul bon côté des choses, c’est que les pays de l’UEM avec un PIB par habitant en dessous du PIB moyen de la zone euro ont encore de la marge pour booster leur compétitivité à l’intérieur de l’UEM s’ils arrivent à rattraper leur niveau de production. Pendant plusieurs années, la volonté politique pour engager une réforme du marché de l’emploi et la
dérégulation a manqué. Nous ne pouvons qu’espérer que la crise donne l’élan nécessaire pour faire ces changements, même si la transition sera longue et douloureuse, comme ce fut le cas en Grande-Bretagne dans les années 80.


Frédéric Dubessy


Vendredi 26 Novembre 2010



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