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"Il faut un égal accès entre hommes et femmes à la vie politique, économique et sociale"


Organisée à Barcelone du 19 au 21 mai 2015 par l'Union pour la Méditerranée (UpM), la conférence « Promouvoir la participation des femmes à la vie économique » a réuni 250 participants euroméditerranéens autour des thèmes de l'égalité des droits des hommes et des femmes dans la vie politique, économique, civile et sociale, la lutte contre toute forme de violence et de discrimination envers les femmes et les jeunes filles, le changement d'attitude et de comportement pour parvenir à l'égalité des hommes et des femmes et en particulier à travers l'éducation et les médias.

Secrétaire générale adjointe pour les affaires sociales et civiles de l'UpM et cheville ouvrière de cette manifestation, Delphine Borione confie à econostrum.info son vécu de cette conférence mais parle aussi d'avenir.



Organisée par Delphine Borione,secrétaire générale adjointe de l'UpM, la conférence de haut-niveau vise à favoriser la place des femmes dans l'économie euroméditerranéenne (photo F.Dubessy)
Organisée par Delphine Borione,secrétaire générale adjointe de l'UpM, la conférence de haut-niveau vise à favoriser la place des femmes dans l'économie euroméditerranéenne (photo F.Dubessy)
econostrum.info: Que retenez-vous de cette conférence « Promouvoir la participation des femmes à la vie économique » ?
 
Delphine Borione : D'abord une forte participation avec environ 250 personnes qui venaient d'environ trente-trois pays et qui représentaient les différentes composantes de la société, tous des acteurs majeurs de la question des femmes : gouvernements, organisations internationales, acteurs privés, associations d'entrepreneurs ou de chefs d'entreprises, fondations, société civile bien sûr, et universités. Des acteurs apportant chacun son point de vue, discutant ensemble, des meilleures solutions à apporter à un constat qui a largement été partagé. Tous montraient un besoin d'échange, une volonté de croiser les points de vue sur les initiatives nationales ou régionales, une vraie recherche sur ce que peut-on faire ensemble pour améliorer cette situation.
 
Cette dimension euroméditerranéenne concerne surtout les pays du sud où se posent les principaux problèmes ?
 
D.B.  : Je ne dirais pas ça. Je pense que les problèmes demeurent communs partout dans le bassin méditerranéen sur la question des droits, la faible participation politique, la question des salaires, mais ils sont vécus différemment par chaque pays. Ce n'est pas le Nord versus le Sud. Des pays se trouvent en avance au Sud comme au Nord, d'autres en retard également des deux côtés. Chacun conduit cette évolution à son rythme. Des exemples novateurs au Sud comme au Nord émergent.

Je retiens également la dimension régionale, comme l'a indiqué le secrétaire général de l'Union pour la Méditerranée Fathallah Sijilmassi. Tous les enjeux rencontrés sont régionaux et donc la réponse ne peut être que régionale aussi.

Des enjeux régionaux

La conférence de haut niveau de l'UpM a permis de dresser des constats mais aussi d'échanger sur les bonnes pratiques (photo F.Dubessy)
La conférence de haut niveau de l'UpM a permis de dresser des constats mais aussi d'échanger sur les bonnes pratiques (photo F.Dubessy)
Comment passer du constat aux actes ?
 
D.B.  : Ceci demande la mobilisation de tous comme lors de cette conférence avec la présence à la fois des organismes et des institutions internationales, qui définissent donc les normes internationales, des Etats et des acteurs de terrain. A chacun de prendre des initiatives. Des outils ont aussi été donné ainsi que des bonnes pratiques. Echangés, ils vont, je l'espère, en inspirer d'autres.
 
Par exemple ?
 
D.B. : En premier lieu, une politique publique à laquelle je crois beaucoup. Celle de la budgétisation sensible aux genres qui a été mise en place dans plusieurs pays et nous avons eu l'illustration du Maroc. Elle consiste à analyser toutes les lignes de critères et de regarder leur impact sur les femmes. Ceci pose la question de la finalité de la politique des budgets de l’État en regardant l'impact sur les bénéficiaires, les personnes. Cette méthode extrêmement intéressante demanderait à être diffusée plus largement.
 
Autre exemple, celui de la présentation par l'entreprise Mazars de leur analyse, avec un indicateur sur le rôle des femmes et comment l'accroître pour améliorer l'efficacité de l'entreprise.
 
Les Allemands de GIZ ont présenté le programme de coopération qu'ils mènent et qui vient en soutien à des entreprises qui sont demandeuses d'un audit pour pouvoir améliorer la situation de la femme dans leur propre entreprise.
 
Avec le problème soulevé de l'application de ce type de programmes à des Pme largement majoritaires dans notre région ?
 
D.B. : Oui ! Mais c'est vrai qu'il peut exister des outils pour les Pme, et c'est là que le partage d'expérience devient intéressant. Créer ce manuel sur le rôle des femmes dont parlait la directrice de la communication de Mazars, le fait qu'il existe, peut inspirer des pratiques dans d'autres entreprises, et même des Pme qui n'ont pas les moyens de concevoir leur propre manuel mais qui pourraient s'en inspirer.

La nouvelle génération change la donne

"Les stéréotypes sur les femmes et les mentalités évoluent beaucoup" (photo F.Dubessy)
"Les stéréotypes sur les femmes et les mentalités évoluent beaucoup" (photo F.Dubessy)
Comment éviter l'écueil du féminisme à outrance, peu mais quand même entendu lors de cette conférence, et réussir à focaliser le discours sur l'égalité des genres qui passe par un combat hommes et femmes ensemble et pas femmes contre hommes ?
 
D.B. : Je n'ai pas eu vraiment le sentiment d'un féminisme à outrance. Même s'il peut y avoir eu certaines interventions de femmes qui se sont battues toute leur vie pour cela et qui ont raison de faire état de ce combat.
 
Je trouve au contraire que la tonalité de la conférence et les recommandations ont beaucoup insisté sur le rôle des hommes pour faire évoluer cette situation. Il faut voir comment travailler tous ensemble pour des sociétés plus justes, plus équilibrées, au bénéfice d'un meilleur fonctionnement. Des études prouvent que c'est bien au bénéfice de tous. Je pense notamment, par exemple, à la Tunisie et le rôle fondamental joué par les femmes en faveur de la démocratie, en affrontant avec beaucoup de courage ce qui se passait pour pouvoir lutter pour leurs droits et pour le droit de tous.
 
Nous avons beaucoup entendu parler également des stéréotypes sur les femmes au travail notamment. Comment lutter contre ces stéréotypes véhiculés beaucoup par les hommes mais aussi parfois par les femmes ?
 
D.B. : Nous avons beaucoup insisté au cours de cette conférence sur le rôle de l'éducation. Tout commence par l'éducation dans la famille. L'exemple que donne le père, la mère, les grands-parents, reste très important. L'éducation dans les collèges aussi. L'UpM a labellisé un projet pour travailler sur l'éducation, la citoyenneté, l'égalité dans les classes de collège, à un moment où se forment beaucoup les perceptions et les représentations. Après, chacun vit la représentation homme/femme selon son passé, son vécu. Et chacun a ses raisons de le faire aussi peut-être.

Reste que ces stéréotypes, ces mentalités, évoluent beaucoup. Nous l'avons souligné, la nouvelle génération à une autre représentation des rapports homme/femme. Les jeunes hommes ne sont plus du tout comme l'étaient leurs grands-pères. Cette nouvelle génération change la donne.

Offrir un avenir aux jeunes

"Nous avons la mission d'offrir un avenir aux jeunes de la Méditerranée et nous travaillons là en particulier sur les femmes" (photo F.Dubessy)
"Nous avons la mission d'offrir un avenir aux jeunes de la Méditerranée et nous travaillons là en particulier sur les femmes" (photo F.Dubessy)
Quels sont les futurs axes de travail de l'UpM dans ce domaine ?

D.B. : Nous disposons d'une feuille de route, celle fixée par les ministres de l'Union pour la Méditerranée réunis en 2013 à Paris après des réunions précédentes à Istanbul en 2006 et Marrakech en 2009. Ils ont défini avec beaucoup de lucidité les enjeux et les actions à mener. Ils engageront leurs pays selon trois axes : assurer un égal accès entre les hommes et les femmes à la vie politique, économique, sociale. Cette conférence s'entendait comme une déclinaison de cette priorité. Deuxièmement, le combat contre les discriminations et les violences. Et troisièmement, changer les stéréotypes en particulier dans l'éducation et les médias.

Nous travaillons sur tous ces axes. Ils sont tous liés, c'est un point important apparu dans toutes les discussions. Nous ne pouvons pas résoudre une question liée au droit des femmes sans les lier aux autres. Cela veut dire que quand nous parlons de situation au travail, nous parlons de violence, de stéréotypes, d'éducation, d'accès à la décision et au leadership. Il faut avoir cette vision intégrée. Et c'est pour cela que l'une des recommandations qui émerge, repose sur le travail sur les politiques publiques essentielles pour changer la donne et pour aussi changer d'échelle. Il faut faire des projets, mais il faut des projets à une grande échelle et pour cela nous avons besoin de tous pour le faire : la société civile, les gouvernements, les bailleurs de fonds, les promoteurs de projets, pour toucher l'ensemble des populations.

Je voudrais noter aussi combien la question des jeunes demeure importante. Quand nous parlons de participation économique, nous parlons de participation des jeunes à l'économie car, nous savons combien le chômage reste un fléau. Cela a été rappelé par Elisabeth Guigou, présidente de la fondation Anna Lindh, et par le secrétaire général de l'UpM. Nous avons la mission d'offrir un avenir aux jeunes de la Méditerranée et nous travaillons là en particulier sur les femmes, mais bien sûr, il s'agit d'une politique plus générale que nous menons sur l'emploi, la formation, la jeunesse et pour aider les femmes de la Méditerranée.


Propos recueillis par Frédéric Dubessy, à BARCELONE


Vendredi 22 Mai 2015



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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