Euroméditerranée en version XXLTrois urbanistes vont plancher pendant un gros semestre sur la reconversion de 169 ha de la zone arrière-portuaire de Marseille. Le chantier placé sous l’égide d’Euroméditerranée devra résoudre des nombreuses équations urbaines.
169 ha à reconvertir
FRANCE. Sur la carte de Marseille, c’est la « zone », un territoire qui cumule les handicaps : un espace où les friches industrialo-portuaires jouxtent des copropriétés en déshérence au milieu d’un joyeux chaos urbain qui empile sans cohérence gares de triage, viaducs autoroutiers et un port de commerce barricadé derrière ses grilles ; une banlieue dans la ville où le taux de chômage tutoie des sommets aussi élevés que la cime des grattes-ciel qui poussent sur la façade maritime en pleine reconversion urbaine…
Cette « zone » est devenue un « zonage » porteur d’espoirs à la faveur d’un décret du premier ministre publié au JO à la fin 2007. En acceptant d’élargir de 169 ha vers le nord le périmètre d’Euroméditerranée, la plus grande opération de rénovation urbaine de France, François Fillon a offert un nouveau terrain de (re)conquête aux aménageurs. Le 18 décembre, l’établissement public d’Euroméditerranée (EPAEM), pilote du projet, a retenu trois urbanistes (parisiens…) chevronés pour plancher sur cette extension. Gérer l'interface ville-port
Nicolas Michelin, Bruno Fortier et François Leclercq disposent désormais d’un gros semestre pour définir le projet d’aménagement urbain durable (PAUD) qui doit servir de matrice au schéma d’organisation spatiale de ces 169 hectares.
Outre une prime de 200.000 € HT, chacun recevra de l’EPAEM le cahier des charges détaillé présentant les grands enjeux d’organisation du territoire. Ce canevas compilera les résultats des différentes études menées par l’EPAEM, les collectivités (MPM, ville de Marseille) et les grands propriétaires publics (le Port autonome et Réseau Ferré de France). «La question foncière constituera le fil rouge de cet état des lieux », explique François Jalinot, directeur général de l’EPAEM. Pour les guider dans leur réflexion, les équipes disposeront de la synthèse des Ateliers urbains de maîtrise d’œuvre qui se sont déroulés à Marseille en novembre 2007 et des diagnostics fonciers réalisés par le Port et RFF. Ces derniers revêtent une importance stratégique aux yeux de François Jalinot : « Dans un cas, il s’agit de gérer l’interface ville-port, dans l’autre, il s’agit d’anticiper le devenir des deux terminaux de fret ferroviaire d’Arenc et du Canet situés au cœur de l’emprise d’Euroméd’ II », explique-t-il. Choix du lauréat en septembre 2009
Un territoire enserré entre deux gares de fret
L’EPAEM a défini quatre critères d’évaluation : le parti d'aménagement du périmètre opérationnel, l’opérationnalité et la fonctionnalité du projet, l’insertion du projet dans son contexte urbain et enfin la méthodologie et l’organisation de l'équipe.
En septembre 2009, l’EPAEM sélectionnera le lauréat à qui il confiera une mission d’accompagnement de neuf ans par le biais d’un accord-cadre. Histoire de tenir compte des aléas inhérents à toute opération d’urbanisme, le « plan-guide » défini par l’équipe lauréate sera « modifiable annuellement ». Cette dernière se verra par ailleurs confier une mission de maîtrise d’œuvre pour piloter l’aménagement de la première Zac de l’extension (en 2012). Une écocité ?
Dans les rangs de la municipalité marseillaise, cet Euroméd’ XXL suscite les rêves les plus fous : « l’ambition c’est de hisser la cité phocéenne dans le « Top 20 » des métropoles européennes », explique Guy Teissier, adjoint au maire (Ump) qui préside l’EPAEM.
Pour entrer dans ce gotha, sont ainsi annoncés : 14.000 logements neufs, 200.000 m2 de commerces et d’équipements, et 500.000 m2 de bureaux, autant de projets dont le montant d’investissement public et privé est estimé à 3,5 milliards d’euros et qui devraient générer la création de 20.000 emplois et l’installation de 30.000 habitants. Cette nouvelle « vitrine métropolitaine » aura plusieurs pôles d’attraction : « un grand équipement culturel », « un lycée international », « un pôle santé » articulé autour du projet de regroupement des hôpitaux Ambroise Paré et Paul Desbief, un équipement « de tourisme d’affaires » et enfin un « grand palais des évènements » installé en bord de mer sur le modèle du palais des congrès de Gênes. Enfin, Grenelle de l’environnement oblige, le programme se voudra exemplaire en matière de développement durable. L’EPAEM espère ainsi décrocher le label « Ecocité », modèle d’urbanisation durable que le gouvernement souhaite promouvoir dans l’Hexagone. Contraintes multiples
Ces belles intentions devront toutefois se coltiner avec une réalité moins luxuriante que rappelle l’urbaniste Francis Ampe (qui fut maire Ps de Chambéry au début des années 80), cheville ouvrière des ateliers de maîtrise d’œuvre : « L’extension du périmètre suscite beaucoup d’envies. Elle présente également de multiples contraintes : sur le périmètre, vous avez deux gares de fret de RFF, le domaine portuaire, le marché aux puces, l’autoroute, des grandes cités d’habitat populaire… Vous devez également tenir compte de la topographie du site, assez accidentée et soumise par endroits aux risques d’inondations ».
Bref, la tâche des aménageurs sera rude. « Ce sera une opération de longue haleine à l’échelle d’un projet d’urbanisme dont le destin se joue sur plusieurs décennies… », prévient Francis Ampe. Barcelone a le temps de voir venir… Lire aussi Trois équipes d'urbanistes en lice William Allaire
Vendredi 19 Décembre 2008
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