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Euromed - IHEDN analyse la situation au Proche-Orient

Invités en mai 2011 à s'exprimer sur la situation au Proche-Orient par l'association Euromed - IHEDN, Jean-Paul Chagnollaud et Shlomo Sand demeurent sceptiques sur l'arrivée de la démocratie dans cette région du monde même s'ils l'appellent de tous leurs vœux.


Jean-Paul Chagnollaud et Shlomo Sand restent pessimistes pour le Proche-Orient (photo F.Dubessy)
Jean-Paul Chagnollaud et Shlomo Sand restent pessimistes pour le Proche-Orient (photo F.Dubessy)
FRANCE / MEDITERRANEE. "Une région qui ne connaît ni paix, ni démocratie. Tout semblait bloqué au Moyen-Orient et je guettais..." Jean-Paul Chagnollaud a été servi: Tunisie, Egypte, Libye, Syrie... un vent de démocratie souffle désormais et ce n'est pas pour déplaire au fondateur et président de l'IREMMO (Institut de recherches et d'études Méditerranée Moyen-Orient). Invité en mai 2011 à Marseille par l'association Euromed - IHEDN (Institut des Hautes Etudes de Défense nationale), sa conférence a permis d'analyser les raisons de ce "déblocage".

"Il s'agit d'une région qui a expulsé le politique et où dominait une logique de guerre. Le 11 septembre 2001 a été d'ailleurs un effet d'aubaine pour les chefs d'Etats autoritaires. Depuis quelques temps, quelques signes fragiles de réintroduction du politique ont émergé notamment depuis l'arrivée d'Obama et son discours au Caire de juin 2009 où il prend à contre-pied tout ce qu'avait fait Bush et affirme sa volonté de repenser le rapport entre les USA et le Moyen-Orient." Jean-Paul Chagnollaud range aussi dans ces signes, les aspirations des peuples arabes ("même si les situations sont différentes et que le résultat sera donc différent") et la reconciliation interpalestinienne et leur stratégie de proclamer un Etat pour qu'il soit reconnu par l'ONU.

Reste que l'universitaire français fustige le comportement des Européens jugés "de plus en plus pusillanimes car de plus en plus nombreux."

Il n'en reste pas moins "sceptique sur l'arrivée des démocraties. Paradoxalement, nous pourrions avoir une démocratie sous occupation en Palestine, en Egypte, l'armée continue de tout contrôler, en Israël, il s'agit seulement d'une démocratie ethnique, celle de l'Etat juif."

Une Proche-Orient comme une Amérique du sud

Aux côtés de Jean-Paul Chagnollaud, Shlomo Sand,  Pour l'historien israélien, professeur à l'université de Tel-Aviv,  "l'Arabie saoudite va être la clef de tout ce qui se déroule actuellement." Selon lui, "l'émergence d'une société civile contre le pouvoir est arrivée alors que rien de tel n'avait jusqu'alors existé."  

Cependant, même s'il souligne, "nous pouvons prophétiser le passé mais pas le futur", Shlomo Sand dit "rêver d'un Proche-Orient comme d'une Amérique du Sud. Je voudrais que l'Egypte devienne un Brésil mais elle ne le pourra qu'avec l'aide de l'Arabie saoudite qui investirait dans le Moyen-Orient. Et les Américains ont peur de ça ! L'Egypte avec l'Arabie saoudie sera l'avenir du Proche-Orient mais ça se fera contre Obama."

Pour l'historien israélien, "une solution politique passe par un compromis historique. Je suis pour une reconnaissance de l'Etat palestinien par Israël. Par contre, je sais que le compromis entre Israéliens et Palestiniens ne peut pas se produire par un changement de force politique en Israël. Je suis très pessimiste. Le premier non véto des Américains à l'ONU sera le début de l'Etat palestinien. "

Et en écho, Jean-Paul Chagnollaud souligne, "la France et l'Europe ont tout intérêt à reconnaître l'Etat palestinien. On ne peut pas avoir de démocratie sans la paix. La question n'est pas tant que de reconnaître l'Etat mais que de reconnaître le territoire de l'Etat palestinien dans les frontières de 67, y compris Jérusalem Est. Sinon, nous allons rester dans le flou."


Frédéric Dubessy


Mardi 7 Juin 2011



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