Etienne Pauchant : " Il faut redonner son identité à la Méditerranée, première zone touristique du monde"Président de Mediterranean Travel Association (META), Etienne Pauchant s'affirme critique sur l'état des lieux du tourisme méditerranéen mais reste assez confiant sur son avenir. Il confie son constat, ses pistes de réflexions et ses espoirs.
MEDITERRANEE.
econostrum : Comment analysez-vous le bilan 2009 du tourisme en Méditerranée ? Etienne Pauchant : En décembre 2009, notre association META s'attendait dans ses prévisions à une chute de 10% sur les trente marchés méditerranéens . En fait, le quatrième trimestre n'a pas été aussi mauvais que nous l'imaginions, et finalement nous arrivons à un recul de 4,87% en 2009 par rapport à 2008. La zone nord souffre plus avec -7,72% en perdant 15 millions de nuitées alors que le sud reste à l'équilibre avec 0,23% comme les Balkans (0,58%). La surprise vient de l'Est de la Méditerranée avec un bond de 4% soit 1,6 million de nuitées supplémentaires et un excellent résultat du Liban, de la Turquie. Ce bon bilan à l'est du bassin méditerranéen s'explique aussi par l'ouverture réussie de nouveaux marchés comme la Syrie et la Jordanie. L'obsolescence du front de mer freine le développement touristique de l'Europe du sud
L'Europe doit faire un saut qualitatif comme certains pays du sud, ici le Maroc, l'ont réussi (photo F.Dubessy)
econostrum : Le Nord souffre donc toujours plus que le Sud ?
Etienne Pauchant : Les raisons sont multiples. D'abord un euro artificiellement fort en 2009 par rapport au dollar a freiné les arrivées en provenance d'Amérique du Nord et d'Asie. La crise économique a joué aussi et les services, dont le tourisme, restent un peu à la traîne par rapport à l'activité de production, même s'ils sont en progression. Autre point très important pour le tourisme de loisirs, le chômage continue à se développer, il progresse moins mais il progresse toujours. Alors que le tourisme d'affaires reprend en 2010. L'obsolescence du front de mer en Europe méditerranéenne, qui vit sur des programmes de quarante ans d'âge, commence à poser des problèmes en Espagne mais aussi sur la côte atlantique française. Il faut maintenant développer d'autres programmes avec les techniques de construction d'aujourd'hui : une architecture préservées, un souci environnemental, une réutilisation des eaux usées pour l'arrosage, la mise en place d'énergies alternatives, bref, un saut qualitatif déjà très entamé dans des pays comme le Maroc, la Tunisie, l'Egypte, la Turquie mais pas encore sur la rive nord. Pour gagner des points, l'Europe devrait ne pas négliger le tourisme domestique comme le font les Marocains, les Turcs, les Tunisiens, les Allemands et les Français qui passent aussi leurs vacances dans leur pays. Il faut donner les moyens à l'Europe de travailler sur le tourisme qui est maintenant éligible aux fonds européens. Les Etats ont fait la preuve de leur impuissance à réguler le tourisme. Nous allons pouvoir, en Europe et avec les précautions dues à la subsidiarité, mettre en place une véritable politique du tourisme. Elle pourra par extension être proposée à tous les pays de l'Union pour la Méditerranée. C'est un point extrêmement positif. La Méditerranée doit réagir avec ses sites fabuleux
Les pays du sud doivent s'intéresser aux Européens en jouant l'authenticité (photo F.Dubessy)
econostrum : Et sur la rive Sud, quelles sont les pistes d'amélioration ?
Etienne Pauchant : Les nouvelles constructions touristiques dans le sud de la méditerranée répondent avant tout à une optique de fort rendement immobilier. Ce ne sont pas des professionnels de l'hôtellerie mais des personnes qui essaient de faire de l'argent le plus vite possible. Le rapport qualité/prix est donc forcément mauvais. Il y aurait 1 million de lits en construction entre les rives sud et est de la Méditerranée. Les hôtels sont beaux mais il va bien falloir se préoccuper de la qualité globale en matière de service. Les pays du Sud de la Méditerranée doivent s'intéresser aux 500 millions d'Européens qui vieillissent. Ce sont des pros des vacances. Les plus de quarante ans ont en moyenne passé deux ans de leur vie en vacances. Ils en ont donc marre des offres répétitives : mêmes murs blancs, même piscine, mêmes excursions... Ils n'arrivent plus à se fabriquer des souvenirs. Ils s'intéressent donc désormais à des destinations comme la Thaïlande ou les Caraïbes où le rapport qualité/prix est meilleur. La Méditerranée doit réagir avec ses sites fabuleux qui ne sont pas forcément sur le Littoral. Il suffit de s'intéresser à ce qui fait l'authenticité d'une destination : sa culture, son architecture... Et ceci ne se trouve pas seulement au bord de la mer mais aussi dans les espaces ruraux, montagneux ou désertiques. Meta à la recherche d'une implantation
Il faut redonner son identité à la Méditerranée (photo F.Dubessy)
econostrum : Quels sont les projets de META ?
Etienne Pauchant : Nous recherchons une collectivité territoriale pouvant prendre en compte notre association sans but lucratif qui vise à rassembler les professionnels du monde entier s'intéressant à la destination Méditerranée. Nous avons pour l'instant une superbe voiture mais pas un sou d'essence à mettre dedans. L'idée première était de s'installer à Marseille mais ça n'a pas pu se faire. Nous avons actuellement des pistes à Tanger, Alicante, Montpellier et Nice. Reste que nous continuons à avoir pas mal de projets en cours pour redonner son identité à la Méditerranée qui est la première zone touristique du monde. Nous envisageons d'organiser un grand salon réunissant six cent acheteurs que nous voudrions itinérant entre le nord, le sud et l'est de la Méditerranée. Nous travaillons aussi sur la mise en place d'un congrès touristique consacré aux îles méditerranéennes qui concentrent tout de même 5 millions de lits et doivent répondre à des problématiques spécifiques. Dernier projet, l'organisation d'un événement croisière en Méditerranée. Lire aussi : En chute en 2009, le tourisme euro-mediterranéen doit s'adapter Lire aussi dans notre dossier tourisme : En chute en 2009, le tourisme foisonne de projets pour 2010 L'Italie face au défi du tourisme low cost La France touristique résiste bien à la crise Le Maroc touristique pousse un \"ouf\" de soulagement L'Espagne cherche à inverser la tendance Hausse modeste mais constante du tourisme algérien Malte accuse une baisse de ses visiteurs Avec Istanbul capitale européenne de la culture la Turquie attirera 30 millions de touristes en 2010 Croatie : stabilité à terre, hausse en mer et défis à relever Une année record pour le tourisme au Liban En Egypte, le secteur du tourisme encaisse la crise mieux que prévu En Slovénie, le tourisme joue la double carte de la proximité et de l'environnement La Syrie tire son épingle du jeu Tourisme durable en Méditerranée : il reste beaucoup à faire Le tourisme tunisien tente une montée en gamme Frédéric Dubessy
Mercredi 27 Janvier 2010
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