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Et si Podemos gagnait les élections en Espagne ?


Après la victoire de Syriza en Grèce, l'arrivée au pouvoir de Podemos, son parti jumeau espagnol, fait désormais partie du champs du possible. D'autant que Podemos est devenu la deuxième formation politique en Espagne, en terme d'intentions de votes. En à peine plus d'un an, le parti de Pablo Iglesias a su se structurer pour proposer notamment un programme économique alternatif.



En à peine plus d'un an, Podemos est devenu le deuxième parti politique d'Espagne en termes d'intentions de votes (capture d'écran)
En à peine plus d'un an, Podemos est devenu le deuxième parti politique d'Espagne en termes d'intentions de votes (capture d'écran)
ESPAGNE. Dans les enquêtes d'opinions, Podemos est déjà le deuxième parti en Espagne. Selon le dernier sondage publié le 4 février 2015 par le Centre de Recherche Sociologique (CIS), la jeune formation politique talonne même le Partido Popular (PP) du président du gouvernement, Mariano Rajoy. Si les élections se déroulaient aujourd'hui, Podemos recueillerait 23,9 % des voix, contre 27,3 % au PP. À gauche, le parti Socialiste (PSOE) continue de décliner (il n'obtiendrait à ce jour que 22,2 % des suffrages). La performance de Podemos, créé voici à peine plus d'un an, demeure tout à fait remarquable. Et le regroupement de quelques 100 000 sympathisants organisé le 31 janvier 2014 au centre de Madrid fut justement remarqué, quelques jours seulement après la victoire de Syriza, parti jumeau de Podemos.

Pablo Iglesias, secrétaire général de Podemos, n'a bien évidemment pas manqué de saluer ce changement en Grèce. Depuis la tribune de la Puerta del Sol, là même où est né le mouvement des « Indignés » qui a servi de terreau à Podemos, le nouveau leader de la gauche espagnole a proclamé 2015 comme «  l’année du changement », en jouant sur les mots (« Podemos » signifie « Nous pouvons »). « Nous pouvons rêver, nous pouvons vaincre […] et nous allons battre le Partido Popular aux élections ». Dans la ligne de mire, les élections générales prévues pour le début de l'année 2016 (le gouvernement n’en a pas encore fixé la date). Car la progression fulgurante de ce parti et l'exemple grec justifient désormais une question : et si Podemos gagnait les élections ?

Modèle suédois

Pablo Iglesias (à la tribune) devient un candidat sérieux dans la course à la Moncloa (photo Podemos)
Pablo Iglesias (à la tribune) devient un candidat sérieux dans la course à la Moncloa (photo Podemos)
La réponse est dans les soixante-huit pages du programme économique publié par le parti, sous l'autorité de deux professeurs en Économie Appliquée et Politiques Publiques, Juan Torres et Vicenç Navarro. Dans ce document intitulé « Un projet économique pour les gens », les deux auteurs tracent les grandes lignes de ce que serait la politique économique espagnole si Pablo Iglesias remplaçait demain Mariano Rajoy à la Moncloa (palais du président du gouvernement).

Parmi ces mesures : le rétablissement d'une banque publique capable de négocier directement des emprunts après de la Banque Centrale Européenne (BCE), pour donner accès au crédit, tant aux familles qu'aux PME. Vicenç Navarro prend ici à témoin le prix Nobel d’Économie, Joseph Eugène Stiglitz, « le premier à se demander pourquoi on accorde autant d'argent aux banques privées au lieu de le donner à une banque publique. »

Autres points clés du programme économique de Podemos : davantage d’investissement dans l’Éducation et la Santé, la réduction du temps de travail hebdomadaire à 35 heures, la revalorisation des pensions de retraite comme des salaires de base, et un revenu minimum (sur le modèle du RSA en France). « Nous avons besoin d'une inversion des logiques politiques en Espagne, c’est-à-dire de mettre l’emploi au cœur de ces politiques travers la création d'emplois publics ; c'est une urgence sociale pour lutter contre les inégalités qui sont parmi les causes de la crise, mais aussi une urgence économique pour créer de l'emploi », affirme Vicenç Navarro. L'économiste de Podemos veut prendre exemple sur le modèle suédois : « Si au lieu d'avoir une personne sur dix qui travaille dans l’Éducation, la Santé et les Services, comme c'est actuellement le cas, nous en avions une sur quatre comme en Suède, cela générerait 3,5 millions d’emplois supplémentaires. »

Mais comment financer un tel projet ? « À travers une meilleure politique fiscale », répond le co-auteur du programme économique de Podemos. Avec trois exemples à la clé : « Le rétablissement de l’impôt sur le patrimoine rapporterait 2,1 mrds €, l’imposition des très grandes entreprises qui réalisent plus de 150 mrds € de chiffre d'affaires annuel permettrait de collecter 5,3 mrds €, et une lutte efficace contre la fraude fiscale se traduirait par 44 mrds € de recettes supplémentaires ! »

« Déni de la réalité économique espagnole »

L'économiste Rogelio Velasco Pérez juge le projet de Podemos irréaliste (photo  IE Business School de Madrid)
L'économiste Rogelio Velasco Pérez juge le projet de Podemos irréaliste (photo IE Business School de Madrid)
Hors de la sphère de Podemos, les critiques contre ce programme ont été immédiates, pour dénoncer quasiment à l'unisson une « feuille de «route » irréaliste. « Revenir à une banque publique, ce n'est pas une bonne idée, parce qu'elle sera moins efficiente que la banque privée », estime ainsi Joaquin Maudos, professeur à l'Université de Valencia : « En revanche, si le crédit est un « bien public », comme ils l’affirment, il faut que les banques puissent avoir confiance en la solvabilité de leurs clients. » Et, selon cet économiste, le programme de Podemos ne va guère dans ce sens. « La quasi disparition des quarante-six caisses d'épargne espagnoles le prouve », confirme son confrère Rogelio Velasco Pérez, professeur à l'IE Business School de Madrid.

Même s'il reconnaît les qualités intellectuelles des auteurs du programme économique de Podemos, « deux professeurs très instruits qui méritent le respect », Rogelio Velasco Pérez n'en affiche pas moins son désaccord, point par point. À commencer par le pronostic des causes de la crise en Espagne : « Ce ne sont pas les inégalités sociales qui sont au cœur du problème comme l'affirme Podemos, mais l'énorme endettement public, qui a ensuite aggravé les inégalités. » L'économiste récuse également la politique de revalorisation salariale prônée par le parti de Pablo Iglesias, qui mettrait en péril selon lui la productivité des entreprises espagnoles, et plus directement l’avenir des entreprises dont l’activité se trouve liée aux exportations.

« Notre pays n'a pas non plus les moyens d’augmenter les pensions de retraite, dont le régime est déjà au bord de la faillite, ni d’établir un revenu minimum pour les chômeurs de longue durée. » Le professeur madrilène y voit un « déni de la réalité économique espagnole », et un risque pour une croissance qui commence à peine à se faire sentir. Seul point de rencontre : la réforme fiscale préconisée par Juan Torres et Vicenç Navarro. « Oui, nous pourrions peut-être imposer davantage le patrimoine et les grands revenus, mais il faudrait que ce soient des mesures concertées avec d'autres pays », concède Rogelio Velasco Pérez. En tous cas, les économistes de Podemos peuvent déjà se vanter d'avoir réussi à imposer un débat qui échappe aux prévisions apocalyptiques. Une première victoire pour Pablo Iglesias contre ce qu'il appelle « la caste politique espagnole », c’est à dire les partis de gouvernement… dont il prétend plus que jamais faire partie.  





Mercredi 11 Février 2015



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Commentaires

1.Posté par Julio Martínez le 13/02/2015 20:01
Il est absolument impossible que PODEMOS gagne les élections en Espagne. Il s'agit d'un parti d'extrême-gauche. Dans les enquêtes il a déjà atteint son pic et va maintenant commencer à tomber.
Je pense que la victoire sera pour le Parti Populaire suivie par le Parti Socialiste.

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