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En Algérie, l’UPM fait consensus… mais contre elle


Une méfiance générale s’installe progressivement en Algérie à l’encontre de l’Union pour la Méditerranée (UPM). La détérioration des relations entre Paris et Alger n’est pas pour rien dans le manque d’enthousiasme vis-à-vis d’un projet jugé pas très clair qui intervient, de surcroît, dans une conjoncture économique de crise mondiale.



Pour certains,  l'Europe ne voit la rive sud de la Méditerranée que comme une menace migratoire (photo FDubessy)
Pour certains, l'Europe ne voit la rive sud de la Méditerranée que comme une menace migratoire (photo FDubessy)
ALGERIE. Une année et demie après son lancement en grande pompe à Paris, tout indique que l’UPM fait consensus en Algérie… mais contre elle. 

Les gouvernants, diplomates, hommes d’affaires, économistes, syndicalistes, politiciens ou simples citoyens n’expriment pas forcément leur position dans les mêmes termes. Leurs propos sont plus feutrés pour les premiers et plus crus pour les seconds.

Mais au-delà des différences, personne ne s'enthousiasme pour ce projet.

Doux rêves et dures réalités

Comme l’explique très bien le professeur Abdelmadjid Bouzidi, économiste aégérien de renom : « Qui pourrait nier la pertinence et l'importance stratégique pour tous les riverains du projet de l'UPM ? Faire de la Méditerranée un « lac de paix », une région de « prospérité partagée » et une opportunité pour les pays de la rive sud de décoller économiquement, personne ne peut être contre. Mais nous avons eu tellement de projets généreux similaires dont le dernier en date, le processus de Barcelone, n'est pas le moindre. Mais aucun n'a donné de résultats concrets. Et la déception des peuples de la rive sud est à la mesure de l'absence de résultats. »

L'UPE ne fait pas exception. Le dossier a dès le départ perdu de sa superbe, suite à l’intervention de pays non méditerranéens membres de l’Union européenne (UE), Allemagne en tête.

Pour Abdelmadjid Bouzidi, l'impasse n'est pas à mettre au passif des pays Arabes. « On a souvent imputé les échecs répétés à la mésentente des pays du Sud, minés par des conflits plus importants les uns que les autres. Mais pensez-vous que sur la rive nord, tout va pour le mieux? Pensez-vous que l'UPM de Sarkozy est approuvée par Bruxelles? Pensez-vous que l'Allemagne ou même l'Espagne poursuivent les mêmes objectifs méditerranéens que la France? Pensez-vous que les pays de la rive sud sont dupes et ne comprennent pas les enjeux cachés par les promoteurs de tous ces projets? »

Coopération Nord-Sud ou immigration repoussoir ?

Abdelmadjid Bouzidi exprime très clairement le sentiment de nombreux Algériens, gouvernants comme citoyens. « Tant que l'Europe ne voit la rive sud de la Méditerranée que comme une menace migratoire et donc aujourd'hui sécuritaire, tant que l'Europe en est toujours à l'immigration choisie, tant que le partenariat, le vrai, ne devient pas le réel programme de l’Europe, l'UPM restera considérée comme un marché de dupes par les gens du Sud. »

Les autorités algériennes ont participé au lancement du projet. Mais la réalité a bien vite grippé la machine.

Avec pour commencer la crise économique mondiale qui a révélé réalité des relations économiques internationales basées avant tout sur l’intérêt exclusif de chaque Etat, de ses entreprises, de ses banques.

L’Algérie veut réviser plusieurs accords internationaux

Le ministre des Finances, Karim Djoudi (photo DR)
Le ministre des Finances, Karim Djoudi (photo DR)
La crise a amené le gouvernement algérien à prendre, à travers la loi de Finances complémentaire (LFC) 2009, des mesures dites de « patriotisme » économique tendant à restreindre les importations et à privilégier l’attribution de marchés à des entreprises nationales.

Il exerce depuis des pressionscroissantes sur les multinationales afin qu’elles multiplient les investissements directs étrangers (IDE) en Algérie et y effectuent des transferts de technologie au lieu de se contenter d’y écouler leurs marchandises produites ailleurs.

Le gouvernement demande également à l’UE une révision de l’accord d’association entré en vigueur le 1er septembre 2005 et qui doit théoriquement aboutir, d’ici à 2017, à l’instauration d’une zone de libre échange.

La même démarche de protectionnisme amène le gouvernement algérien à interdire l'importation de toute une série de produits en provenance de la Zone arabe de libre échange (ZALE).

Enfin, les négociations entamées en vue d’une adhésion de l’Algérie à l’OMC n’avancent toujours pas. 

Le ministre des Finances, Karim Djoudi, qui a rappelé au FMI, le 2 mars 2010, que l’Algérie était souveraine dans sa politique économique. Il répondait ainsi au conseil des experts de l’institution qui demandait à l’Algérie de rétablir les crédits à la consommation, suspendus à l’exception de celui relatif au logement, depuis la promulgation de la LFC 2009.

Anciens et nouveaux contentieux politiques

D’autres contentieux, d’ordre politique, perdurent à l’instar du dossier du Sahara Occidental où l’Algérie se retrouve en opposition frontale avec le Maroc, l’Espagne et la France. Ou encore de l’affaire du diplomate algérien, Mohamed Ziane Hasseni, placé sous contrôle judiciaire et retenu sur le sol français pour son implication présumée dans l’assassinat à Paris, en 1987, de l’opposant algérien Ali Mécili.

Enfin, la question du terrorisme, qui devrait normalement faire consensus, se révèle un sujet de grave divergence entre Paris et Alger depuis l'affaire de l’otage français Pierre Camate au Mali.

La crise algéro-égyptienne révèle la fissuration politique arabe

La crise algéro-égyptienne contribue elle aussi à miner le projet de l’UPM.

Cette crise ne peut être réduite à la compétition sportive entre les deux pays, mais trouve sa source dans la participation du Caire à l’enfermement de la population palestinienne de Gaza par le biais de la fermeture du passage de Rafah et de la construction d’un mur souterrain destiné à empêcher l’introduction de marchandises en contrebande.

Aujourd’hui, le leadership égyptien sur le monde arabe est ouvertement contesté et les Algériens, officiels ou non, ne sont pas les derniers à prendre part à cette remise en cause.

De la Confédération africaine de football (CAF) à l’union des avocats arabes, en passant par les très officiels syndicats arabes, la suprématie egyptienne est remise en cause, tout comme la présence des sièges de nombreuses institutions dans la capitale du pays des Pharaons.

Pour toutes ces raisons, l’UPM n'est aux yeux de l'Algérie qu’une coquille vide. Les pouvoirs publics resteront formellement membres de l'Union, mais ne participeront pas à sa dynamisation.


Lire aussi: L’UPM ne fait pas recette auprès des Algériens
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A. Belkessam, à ALGER


Mercredi 3 Mars 2010



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