Emmanuel Noutary : "La Méditerranée est un remède anti-crise pour les Européens"Pour Emmanuel Noutary, directeur du programme Invest in Med qui vise à développer les investissements étrangers et les flux commerciaux en Méditerranée, la crise économique actuelle offre de belles opportunités d'échanges économiques entre les entreprises européennes et les pays du sud de la Méditerranée. A condition de savoir les saisir.
Emmanuel Noutary, directeur du programme Invest in Med, voit dans la crise une opportunité pour la zone Méditerranée (photo DR)
Econostrum.info : Face à la diminution de la demande sur leurs marchés, où les entreprises européennes peuvent-elles trouver de nouveaux débouchés ?
Emmanuel Noutary : Les pays du sud de la Méditerranée présentent aujourd'hui une proposition crédible pour les entreprises européennes. Ils sont en effet des relais de croissance solvables car la consommation s'y maintiendra bien en 2009 et au-delà, et ils proposent des coûts de production compétitifs Ce qui est appréciable dans cette période de pression sur les prix. De plus, ces pays s’appuient sur un système bancaire plutôt épargné par la crise. En Allemagne, France, Italie ou Espagne notamment, des pays qui peuvent peser jusqu’à 30% des importations des pays Med, les habitudes commerciales pourraient donc contribuer à un rapprochement opportun des entreprises vers le sud. La Méditerranée est un remède anti-crise pour les Européens. Les monnaies du sud s'apprécient face à l'euro
Comment se comportent les économies des pays Med ?
Les pouvoirs publics intensifient leurs efforts pour soutenir les activités exportatrices, et continuer de créer des emplois, d'améliorer le revenu moyen et le niveau de compétence. S'ils ne seront pas épargnés par les effets de la récession mondiale, ils sont tout de même dans une position plutôt favorable. D'abord, les règles imposées par les Etats aux banques locales les ont empêchées d’investir dans des produits structurés masquant des actifs " toxiques". Le reproche que l’on faisait aux systèmes financiers sud-méditerranéens d’être peu connectés au reste du monde devient aujourd’hui un atout. Le système est donc en capacité de porter le développement des entreprises nationales et étrangères. A condition de le vouloir ou d’y être incité par les pouvoirs publics. En outre, depuis un an, les monnaies jordanienne, égyptienne et libanaise se sont appréciées face à l’euro de 10 à 13%. Le dirham marocain de 3% et le dinar algérien de 5%. Seule la Tunisie constate une légère dépréciation de son dinar, de 4%. Nous sommes loin des décrochages vertigineux des monnaies constatés en Ukraine (-29%), Roumanie (-26%), Pologne et Russie (-20%), Hongrie (-17%), Inde (-16%) ou Brésil (-13%). Du coup, les débouchés locaux des pays Med présentent une solvabilité que les pays BRIC, la Chine mise à part, ont perdue. Cette zone pourrait donc absorber certains excédents européens en mal de débouchés. Le M-commerce, une véritable opportunité
Où se situent les opportunités dans ces pays ?
D’abord, les secteurs de la distribution et de la logistique présentent aujourd’hui de formidables potentiels. Wal-Mart et Metro se positionnent déjà en Egypte pour créer des réseaux de grandes surfaces commerciales. Mais le secteur reste à développer sur l’ensemble de la zone. Si, depuis dix ans, les pays Med ont considérablement amélioré leurs réseaux d’infrastructures de transport, un saut qualitatif reste à franchir pour les opérateurs logistiques. Les Européens auraient tout intérêt à saisir cette opportunité et prendre des positions dans une zone qui voit passer, entre Suez et Gibraltar, 25 à 30% des flux mondiaux de marchandises à forte valeur ajoutée, conteneurs ou hydrocarbures. Ensuite, le bâtiment ne semble pas souffrir. Malgré quelques bulles immobilières, comme à Marrakech, et l’engagement massif des pays du Golfe qui ont subi la crise financière de plein fouet, beaucoup de programmes en cours se maintiennent. Enfin, la région produit un grand nombre d’ingénieurs et de starts-ups dans le domaine des nouvelles technologies. La téléphonie mobile y est florissante et le développement de la 3G pourrait permettre à la région de trouver, enfin, un positionnement sur ce secteur, au-delà des traditionnelles délocalisations des centres de support client. Je pense notamment au M-commerce, le commerce électronique par téléphone mobile, qui tarde à se développer en Europe, mais pourrait trouver dans les pays Med des marchés pionniers et des développeurs pour les applications. Le développement conjoint du secteur logistique et des TIC permettrait surtout à la zone de se positionner comme base arrière pour les grands opérateurs de commerce électronique en Europe. Il faut valoriser les filières d'avenir
Comment les pays Med peuvent-t-ils favoriser de leur côté cet effet d’aubaine ?
En adoptant une attitude offensive ! Les pouvoirs publics des pays Med devraient dès aujourd’hui prospecter les entreprises européennes qui se trouvent face à des problèmes de débouchés en Europe et cherchent des relais de croissance sur le marché des particuliers. Et, parallèlement, développer des stratégies attractives ciblant les investisseurs des secteurs de la logistique, de la distribution, des services publics et biens collectifs, des énergies renouvelables et des nouvelles technologies. Il faudrait inciter des institutions financières et des investisseurs à adopter des règles prudentielles plus souples, de façon à favoriser le développement des entreprises de leurs pays, valoriser diverses filières d’avenir dans lesquelles existent de fortes complémentarités entre rives sud et nord comme l’agriculture biologique ou l’aéronautique. Mais aussi, engager un investissement massif dans la formation professionnelle pour accompagner les secteurs en souffrance, automobile, textile, et développer les compétences sur les autres secteurs cités car ils constituent le réservoir d’emploi des prochaines années. Le programme Invest in Med jouera son rôle pour intervenir en appui d’actions régionales qui iront dans ce sens. Propos recueillis par Frédéric Dubessy
Lundi 6 Avril 2009
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