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Driss Ksikes : « Le modèle est en train de se faire ailleurs »


Driss Ksikes, directeur du Centre d’études sociales, économiques et managériales (CESEM) à Rabat, revient sur les appels à manifester le 20 février 2011 au Maroc.



Driss Ksikes analyse les appels à manifester au Maroc (photo Christelle Marot)
Driss Ksikes analyse les appels à manifester au Maroc (photo Christelle Marot)
Econostrum : Comment peut-on interpréter les appels à manifester au Maroc ces derniers jours ?

Driss Ksikes : On peut avoir trois explications. Nous sommes passés des partis de masse à la plateforme de tous. Cela est lié à la révolution 2.0 et n’est pas spécifique au Maroc.

C’est un phénomène générationnel, affranchi des modèles de mobilisation partisane, classique. Ce sont des jeunes en demande de liberté et de droits socio-économiques.

Deuxièmement, il y a l’accumulation de plusieurs formes de protestation, qui existent au Maroc depuis des années déjà, qui sont parcellaires et qui jusqu’à présent n’ont jamais eu d’embrayage politique. En raison des événements en Tunisie et en Egypte, il y a peut être la volonté d’aller au delà des revendications de diplômés chômeurs devant le Parlement ou de personnes prises dans des émeutes de la faim à Sefrou ou Sidi Ifni.

Les partis qui ont réagi à cet appel sont le Parti socialiste unifié (PSU) et les islamistes d’Al Adl Wal Ihssane (Justice et Bienfaisance). Si ces partis d’opposition, officielle ou non reconnue, ne cherchent pas à être au diapason d’une demande spontanée de réformes issue de la rue, ils risquent tout simplement d'être dépassés et de perdre en crédibilité.

Le PSU a toujours demandé une réforme constitutionnelle, a toujours demandé une monarchie parlementaire. Aujourd’hui, la demande vient des jeunes, de manière spontanée, il y a une visibilité, un écho possible.

Econostrum : Quelles sont les réactions des responsables politiques ?

Driss Ksikes : Certains responsables font aujourd’hui leur mea culpa, reconnaissent avoir été plus préoccupés par l’agenda du Palais qu’à l’écoute de la société et des besoins réels. Ils ont cessé d’être en cohérence avec leurs projets de société.

Comme il y a aussi des partisans du statu quo, parce qu’ils sont courtisans, parce qu’ils ont des privilèges ou sont frileux. Eux continuent à jouer sur la corde de l’exception marocaine.

J’ignore jusqu’où cette exception peut tenir. Le Maroc avait la possibilité de construire un modèle de réformes, il a peut être un peu raté le coche. Le modèle est en train de se faire ailleurs. Il y a lieu de rattraper les choses. C’est à dire être beaucoup plus sérieux au niveau des réformes.

Avoir un Premier ministre qui dit mon projet est celui du Roi est d’une indigence politique inacceptable. Le Roi est au dessus de tout. Il faudrait faire en sorte que les gens qui gouvernent et ceux qui sont élus deviennent redevables de leurs actes réellement. Parce que pour le moment, faute de redevabilité, on ne sait pas contre qui on peut protester. 




Mercredi 16 Février 2011



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Commentaires

1.Posté par Khalid le 16/02/2011 19:25
M. Ksikess a toujours fait preuve d'analyses concises et précises.

J'ajouterai seulement que les intellectuels marocains ont joué le rôle de l'autruche jusqu'à présent et se sont refusés (autocensure) toute implication pour rappeler à l'ordre nos élus sur leurs obligations.

Les intellectuels doivent constituer la charnière entre les élus et les attentes sociales et même au delà, catalyser les débats et éclairer les voies possibles de consensus.

En effet, une fois l'acte démocratique de vote accompli, le droit de regard et d'analyse des programmes et actions de nos élus devrait être critiqué et amendé par nos intellectuels pour instaurer le climat de confiance nécessaire au développement de relations saines entre les différents parties.

L'absence de toute action dans ce sens est sanctionnée par des taux d'abstention de plus en plus importants laissant le champs libre aux élus d'instaurer leur "way of governance" avec tous les échecs et leurs conséquences que nous constatons actuellement..

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