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Dhafer Saïdane : « L’UMA vit dans notre subconscient »


L'auteur de "La finance islamique à l'heure de la mondialisation" est optimiste quant à la concrétisation de l’UMA (l’Union du Maghreb Arabe), qui fête ses 20 ans d’existence dans un silence quasi religieux. Cet économiste tunisien estime que "les peuples n’ont pas attendu leurs gouvernants pour se rapprocher".



Dhafer Saïdane plaide pour une réforme bancaire au Maghreb (photo DR)
Dhafer Saïdane plaide pour une réforme bancaire au Maghreb (photo DR)
ALGERIE / MAGHREB. Dhafer Saïdane est docteur en économie, professeur à l’université Charles De Gaulle-Lille 3 en France. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont le dernier porte sur « La finance islamique à l’heure de la mondialisation » (ed. RB).

Econostrum.info : De nombreux experts estiment que L’UMA se fera d’abord économiquement. Quel est votre avis ?

Dhafer Saïdane : Le 20ème anniversaire de la création de l’UMA passe inaperçu. C’est regrettable, mais l’idée de la construction de l’UMA est restée vivace dans les esprits des Maghrébins.

Bien qu’elle n’existe pas dans les faits, elle vit dans notre subconscient. A la limite, c’est préférable car si on la compare à l’Union européenne qui existe dans les textes et dans les règlements, on s’aperçoit que dans les subconscients, dans les cultures elle a du mal à se concrétiser.

La preuve en est que l’intégration bancaire a un mal fou à se réaliser, si bien que lorsqu’une banque française s’apprête à acheter une banque italienne toutes les foudres du monde s’abattent sur elle, parce qu’elle n’aurait pas le droit d’acheter une banque qui représente une certaine souveraineté alors qu’il existe une union monétaire avec l’euro (épisode BNP Paribas, BNL, ndlr).

Nous, les Maghrebins, avons l’avantage d’être prédisposés car nous parlons la même langue et avons les mêmes références.

Le temps est venu que le switch se fasse, pour qu’au-delà de cette prédisposition, on passe aux actes. Nous allons y arriver.

L’UE a été décrétée, l’UMA est en train d’être « endogènéisée ». C’est cela la différence. Il ne faut pas être pessimiste, l'UMA est en train d’avancer.

Le Maghreb des affaires existe déjà, mais il lui manque une banque maghrebine

EN.info : Les hommes d’affaires peuvent-ils jouer le rôle de locomotive de cette construction maghrébine ?


Dhafer Saïdane : Dans ce processus « d’endogènéisation », les hommes d’affaires ne resteront pas les bras croisés. Des affaires en grand nombre se font de part et d’autres de nos frontières.

Ils n’ont pas attendu de grandes décisions politiques pour commercer. Un Maghreb des affaires existe, il est entrain de s’affirmer aujourd’hui avec l’UME (l’Union maghrébine des entrepreneurs).

A côté de cela, face aux problème stratégiques que rencontre la construction de l’UMA, il faudrait une banque maghrébine d’investissement et du commerce extérieur à même de jouer le rôle d’incubateur et de développeur de projets intra-maghrébins.

La restructuration du système financier maghrébin est indispensable

EN.info : Où en est la finance maghrébine aujourd’hui ?

Dhafer Saïdane : La finance maghrébine est éclatée. Par contre, l’appareil financier des pays pris séparément a progressé.

Les résultats des systèmes financiers nationaux s’améliorent, leur efficacité également. C’est le fruit de la modernisation.

Toutefois, l’état d’avancement n’est peut-être pas celui que l’on aurait souhaité, notamment en matière de privatisation. Ce sont des systèmes financiers qui sont ancrés dans l’économie réelle et non dans la spéculation. Ils sont de ce fait sains. Mais il subsiste certains problèmes comme ceux de l’appréciation de la qualité des crédits, de l’analyse du risque. Nous sommes en train d’apprendre le métier de la banque moderne.

Là où le bât blesse, c’est que c’est que cette finance reste domestique. Le Maroc a toutefois commencé à se débarrasser de cette chape de plomb avec un secteur bancaire qui s'ouvre à l'extérieur.

Des banques, leaders chez elles, s’exportent maintenant (Etijjariwafa bank, BMCE).

Il manque tout de même encore des restructurations dans le système financier maghrébin qui lui permettront d’améliorer sa capitalisation.

Ces restructurations vont devoir passer par des privatisations, de préférence avec des nationaux, parce qu’il y a un problème de culture bancaire et de souveraineté nationale ou régionale.

Le fait d’avoir ralenti l’ouverture du capital du CPA n’est pas forcément une mauvaise chose car il ne faut pas brader. Mais une restructuration du système financier maghrébin est indispensable.

Cet entretien s'est déroulé en marge du 5ème Forum international de la finance, qui s'est tenu à Alger les 12 et 13 mai ,


Amal Belkessam, à ALGER


Vendredi 15 Mai 2009


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