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Des militants dénoncent le « totalitarisme hydraulique » contre l'intérêt des peuples méditerranéens


Réunis les 6 et 7 février 2015 lors de la Grande rencontre euroméditerranénne de Marseille sur l'eau (Gremme), des militants associatifs ont défendu l'intérêt de préserver les ressources en eau, malmenées tout autour de la Méditerranée.



Les berges de l'Euphrate, en Syrie. (photo : C. Garcia)
Les berges de l'Euphrate, en Syrie. (photo : C. Garcia)
MÉDITERRANÉE. Peut-on conjuguer l'approvisionnement en eau des territoires méditerranéens avec le respect de l'environnement ? Difficilement, à en croire les responsables associatifs venus partager leur expérience lors de la Grande rencontre euroméditerranénne de Marseille sur l'eau (Gremme) qui se déroulait les 6 et 7 février 2015.

A travers trois projets en France, en Espagne et en Turquie, les participants ont mis en avant les contradictions observées : « Les transferts d'eau ont tous des effets négatifs sur l'environnement, pose Thierry Uso, membre d'Eau secours 34. Certains sont compensés par l'intérêt que peut en tirer la population, à l'image du canal de Provence à Marseille ou du projet de l'aqueduc des Pouilles, en Italie, qui va acheminer sur 350 km l'eau de la Sève vers cette région.» D'autres, de son point de vue, « privilégient une politique de l'offre plutôt que de la demande ... Sous couvert de sécurisation de l'approvisionnement, on propose de l'eau à l'agriculture intensive, à l'industrie du tourisme et aux aménageurs urbains », avance-t-il.

Le responsable associatif part ainsi en guerre contre le projet Aqua Domitia qui prévoit de détourner les eaux du Rhône vers le Languedoc-Roussillon. « Les conséquences de cet aménagement sur les zones écologiques traversées, notamment des sites Natura 2000, comme sur la capacité du fleuve à poursuivre à long terme son étiage actuel sont mal connues, mais cela n'empêche pas la poursuite des travaux ». Le projet Aqua Domitia consiste à apporter une deuxième ressource en eau pour les territoires et à assurer une sécurité pour les générations futures. Porté par le conseil régional Languedoc-Roussillon, qui en assure la maîtrise publique, en partenariat avec les conseils généraux de l’Aude et de l’Hérault, il vise à compléter le réseau hydraulique en maillant les réseaux alimentés par le Rhône avec ceux alimentés par l’Orb, l’Hérault ou l’Aude.

Financer les projets

En Espagne, un projet concernant le delta de l'Èbre, entre Barcelone et Valence, motive la mobilisation de Susanna Abella, au sein de la Plateforme de défense de l'Èbre. La planification hydraulique nationale distingue une Espagne humide, au nord, qui doit aider une Espagne sèche, au sud.

« Dans les Pyrénées, la construction de barrages posent des problèmes environnementaux, observe Susanna Abella. De plus, leur construction coûte cher car, les sites les mieux adaptés sont déjà utilisés et les contraintes posées par la Commission européenne obligent les autorités à proposer des solutions de financement équilibrées.»., C'est ce qui justifie de son point de vue la définition d'un projet traversant le delta de l'Èbre : « Il est impossible de financer l'approvisionnement en eau du sud de l'Espagne sans s'appuyer sur l'industrie touristique valencienne, qui génère des revenus suffisamment importants pour justifier un tel projet, malgré ses inconvénients. »

La guerre complique encore plus la situation

Avec Ekopotamia, un réseau international de riverains des bassins versants du Tigre et de l'Euphrate, Ercan Ayboga se bat pour préserver le peu de ressources en eau dont disposent les peuples de Mésopotamie. L'association réunit dix-huit ONG de cette région aride où « les précipitations ont diminué de 10 % en quinze ans », en même temps que « la construction de barrages en Iran, en Turquie, et dans une moindre mesure, en Syrie et en Irak assèche les rivières. »

« Dans ces quatre États, des projets de barrages existent dont le seul objectif est d'augmenter la production agricole pour développer les exportations  », assure Ercan Ayboga. Chaque pays élabore son propre plan hydraulique, à l'intérieur de ses frontières, sans se préoccuper des conséquences chez ses voisins. » Une situation renforcée par les conflits dans lesquels ils se trouvent impliqués. « Les barrages deviennent encore plus stratégiques en temps de guerre, observe Ercan Ayboga. L'État islamique a pris possession des barrages sur le Tigre et redéfinit avec ses propres ingénieurs la production d'électricité hydraulique comme bon lui semble, poursuit-il. Et de son côté, la Turquie profite de ce chaos pour puiser plus d'eau qu'habituellement ! »
Les intervenants n'hésitent pas à parler de « totalitarisme hydraulique » pour qualifier indifféremment ces situations : celles où l'approvisionnement en eau des peuples fait les frais de la guerre et celles où les intérêts mis en avant pour modifier l'approvisionnement en ressources naturelles sont remis en cause.




Mardi 10 Février 2015



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