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"De nombreux pays du Sud ne seront pas prêts pour la COP 21"


Alors que se profile la 21e conférence Climat à Paris en décembre 2015, destinée à apporter un accord universel sur la problématique du climat, les bailleurs internationaux reconnaissent la nécessité d’accompagner les pays en développement et émergents dans la prise en compte de l’enjeu climatique dans leurs politiques publiques. Expertise France, agence française d’assistance technique internationale et dernier-né des opérateurs de l’action extérieure de la France, prend en charge la Facilité Climat confiée par l’Agence France Développement (AFD) pour aider les pays en développement à formuler leurs besoins et contributions en vue de la COP 21. Le 24 mars 2015, Expertise France organisait à Paris un colloque "Coopérer pour répondre au défi climatique".
Présente à cette manifestation et interrogée par econostrum.info, Hakima El Haite, ministre déléguée auprès du ministre marocain de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, chargée de l’Environnement, demeure pessimiste sur l'état de préparation des pays du sud à la COP 21.
Le Maroc abritera la COP 22 en 2016.



Hakima El Haite, ministre marocaine chargée de l'Environnement (Photo: Expertise France/A. Ferrand)
Hakima El Haite, ministre marocaine chargée de l'Environnement (Photo: Expertise France/A. Ferrand)
Econostrum.info : L’Afrique et les pays du sud de la Méditerranée sont-ils prêts pour la 21e conférence Climat qui se tiendra à Paris en décembre 2015 (COP 21) ?

Hakima El Haite : C’est la première fois que les pays africains participent aux négociations sur le climat. Lors des précédentes conférences, seuls les pays industrialisés responsables des émissions de gaz à effet de serre (GES) devaient apporter une contribution et s’engager au niveau de leurs émissions et au niveau financier. Mais le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a alarmé le monde. On considère aujourd’hui que non seulement les pays industrialisés doivent diminuer leur taux d’émission de 80%, mais aussi que les pays peu émetteurs doivent diminuer de 20% leurs émissions. Sans cela, nous ne réussirons pas à maintenir la hausse de la température moyenne du globe en dessous de 2°C.

Il ne s'agit plus d'un clivage entre pays industrialisés et non industrialisés, cela devient un enjeu de préservation de l’espèce humaine et de la biodiversité. Les enjeux sont tels que les négociations ont pris un autre tournant. Tout le monde doit contribuer et aller vers un nouveau modèle de développement sobre en carbone. C’est une trajectoire que le Maroc a empruntée voici plusieurs années déjà, car nous avons été confrontés à des sécheresses récurrentes, à des problèmes d’eau dès les années 60.

Les pays africains, peu émetteurs, doivent aller vers des technologies sobres en carbone. Ils en sont conscients. Mais c’est bien beau de dessiner des modèles smart et sobre en carbone, encore faut-il avoir les capacités de les implanter, de les mettre en œuvre, de les pérenniser. Or, nous n’avons pas cette capacité en Afrique. De nombreux pays africains ne seront pas prêts à remettre leurs contributions (à la réduction des émissions de gaz à effet de serre au titre de l’accord de 2015) en juin. J’espère qu’une grande partie le sera en octobre. Mais il va falloir un transfert de technologies, une assistance technique des pays industrialisés pour aider les pays émergents et en développement à y voir plus clair, à mettre en place leur politique climat. Il faut aider les pays du Sud à avoir de la visibilité sur le plan institutionnel, juridique, au niveau de la gouvernance et sur le plan stratégique.

Le Maroc précurseur

Colloque Expertise France (Crédit photo Expertise France/A. Ferrand)
Colloque Expertise France (Crédit photo Expertise France/A. Ferrand)
Econostrum .info : Coopération Nord-Sud ou Sud-Sud : quelles sont les politiques mises en œuvre par le Maroc pour intégrer l’enjeu climatique ?

Hakima El Haite : Grâce à la coopération avec nos partenaires du Nord, notamment la France, l’Espagne et l’Allemagne, nous avons pu développer une certaine expertise. Sachant que le Maroc a initié des politiques sectorielles durables dès les années 2000, comme le Plan Maroc Vert, la politique de l’Eau, la politique Energétique. Nous n’avons pas attendu que l’on nous demande des contributions. Le Maroc a inscrit sa vision du développement durable dans la Constitution, dans la législation nationale, au niveau réglementaire. Nous avons lancé et réglementé des filières durables, notamment dans le secteur de la biomasse et des déchets, une filière des huiles usagées.

Aujourd’hui, nous avons capitalisé une expérience que nous déclinons désormais en Afrique dans le cadre de notre politique de coopération Sud-Sud. Nous croyons dans le développement de partenariats triangulaires, entre pays industrialisés et pays africains qui détiennent un savoir-faire local.
Concrètement, le Maroc a créé un Centre de compétences climatiques, qui commence à assister certains pays africains, notamment le Burundi et le Cameroun. Nous sommes également présents en Côte d’Ivoire sur un biotope tout à fait exceptionnel, en train de répliquer l’expérience de l’aménagement de la lagune de Marchica. Le Maroc intervient aussi dans la gestion des déchets et l’assainissement liquide au Sénégal et en Mauritanie. Nous avons signé une convention sur l’environnement avec l’Egypte.

Il existe des besoins dans les pays du Sud qui ne sont pas forcément des besoins européens. Dans le domaine agricole par exemple, nous avons déposé, auprès de l’Union pour la Méditerranée (UpM), un projet pour le financement du pompage solaire. Ce projet de pompage solaire agricole devrait concerner près d’un million d’agriculteurs marocains, disposant d’exploitations de très petite taille, inférieures à cinq hectares. Si nous considérons ce projet à l’échelle nationale, cela représente l’équivalent d’une station solaire de 500 mégawatts, comme celle de Ouarzazate. C’est énorme. L’intégration de l’informel au niveau des filières de déchets répond aussi à un besoin des pays du Sud. Nous l’avons au Maroc. C’est quelque chose qui n’existe pas en France.

Econostrum.info : Il existe une logique de coopération propre aux pays du pourtour méditerranéen ?

Hakima El Haite : Absolument. J’étais d’ailleurs à Barcelone ces derniers jours pour m’entretenir avec le secrétaire général de l’UpM, Fathallah Sijilmassi. Nous souhaitons aller vers une politique plus globale, plus intégrée, pour mieux représenter le pourtour méditerranéen. Car, à la différence du groupe africain ou du Groupe des 77, l’UpM est la seule institution qui comprend les pays du Nord et du Sud. C’est la seule plateforme de débat et de concertation hétérogène. Cela faciliterait les négociations.

Ce que nous espérons, c’est faire entendre une voie des pays de la Méditerranée. Cela signifie avoir quarante trois pays autour de la table, du Nord et du Sud, d’accord sur les mêmes positions.


Propos recueillis par Christelle Marot, à PARIS


Mercredi 25 Mars 2015



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Commentaires

1.Posté par Bernard CORNUT le 26/03/2015 07:53
Mme la Ministre a relevé avec intérêt mon propos depuis la salle. J'avais évoqué la proposition faite en septembre 1979 lors du Congrès des Non-Alignés à La Havane (regroupant la majorité des pays du monde) de créer une taxe internationale sur le pétrole, à payer par les pays producteurs et les pays industrialisés, pour financer un fonds international pour aider les pays moins avancés. Depuis 35 ans rien n'a été fait dans ce sens. Par ailleurs j'ai rappelé que la chute de baril de 50 euros environ depuis mi 2014 représente chaque jour 2 milliards d'euros sur le commerce international de brut. Soit 730 milliards € par an, beaucoup plus que la somme des crédits des IFIs (le directeur de la BIRD chargé du changement climatique a cité 400milliards $) et des fonds espérés pour le "Fonds Vert". J'avais conclu en soulignant que seule une forte taxe sur les énergies fossiles, à taux différenciée selon les pays, et presque totalement affectée au financement de la transition énergétique, pouvait être un mécanisme incitatif clair et efficace.

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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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