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De l’économie-casino à l’économie des casinos ?


En France, en Espagne et à Chypre, les projets de casinos se multiplient. Les oppositions aussi.



EUROPE DU SUD. Moins d’argent, moins de scrupules. Confrontée à la crise, l’Europe du Sud se rêve en nouveau Las Vegas et multiplie les projets de nouveaux casinos. Une vraie épidémie.
 
Le 17 juin 2013, le conseil municipal de Marseille validait ainsi l’implantation d’un casino dans une ville qui, aujourd’hui, n’en compte pas. Situé en front de mer, à proximité du nouveau musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem), l’établissement, qui ouvrira au mieux en 2017, rapporterait une redevance annuelle de l’ordre de 10 M€. Cet établissement, auquel s'est longtemps opposé Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, avant de changer de position très récemment, devait s'implanter en lieu et place du siège social de la SNCM que va libérer en décembre 2013 la compagnie maritime. Mais finalement, cet immeuble de 20 000 m², décrété non adapté à l'accueil d'un casino, cherche un autre projet.
 
Plus à l’ouest, Jean-Loup Calini, vice-président de la CCI de Nîmes, ambitionne carrément de bâtir le plus grand parc de loisirs de France, capable de drainer 30 millions de touristes par an, pratiquement le double de Disneyland.
 
Présenté en mai 2013, le projet – nom de code : Frenchvallée – envisage l’édification dans le département du Gard, sur un site encore non identifié, de trente casinos-hôtels.
 
Le complexe comprendrait des copies de la Tour Eiffel, du Mont-Saint-Michel, des châteaux de la Loire, ou de l’ancien paquebot France. Des investisseurs internationaux assumeraient le coût (faramineux) du projet, évalué à 16 mrds € !
 
Cependant, Frenchvallée reste soumis à une évolution de la loi française sur les casinos, dont les ouvertures demeurent très encadrées. De même, les initiateurs du projet entendent bénéficier d’une fiscalité ad hoc, permettant d’attirer les financements.
Frenchvallée, un nouveau Las Végas au sud de la France ? (document CCI de Nîmes)
Frenchvallée, un nouveau Las Végas au sud de la France ? (document CCI de Nîmes)

De Madrid à Chypre

Plus au sud, l’Espagne en crise compte bien, elle aussi, toucher le jackpot. Porté par le groupe américain Las Vegas Sands, le projet EuroVegas prévoit la construction, à Alcorcón, dans la banlieue madrilène, d’un parc de six casinos et douze hôtels.
 
Entériné en septembre 2012, le projet, dont le coût s’élève à 17 M€, parie sur 200 000 embauches à terme. Le complexe, doté d’une copie de Times Square et de tours jumelles de 250 mètres de haut, doit ouvrir en 2017, mais les travaux s’étaleront jusqu’en 2031.
 
A l’autre bout de la Méditerranée, le gouvernement chypriote délivrait, le 18 juillet 2013, un permis de construire pour le tout premier casino de la partie sud de l'île, la partie turque en comptant déjà 31.
 
Loins de faire l’unanimité, ces différents projets suscitent de fortes réserves. À Chypre, l’Église orthodoxe, qui, à l’indépendance de l’île, avait obtenu l’interdiction des jeux d’argent, reste farouchement opposée à l’ouverture de casinos.
 
En Espagne, le collectif Eurovegas No, créé dès février 2012, multiplie les actions et manifestations contre le projet d’Alcorcón, dont il conteste la pertinence, au regard des problèmes communément associés aux casinos (prostitution, blanchiment d’argent) et les avantages, en particulier fiscaux et sociaux.
 
En France, le projet encore balbutiant de Frenchvallée apparaît déjà sur les cartes des militants opposés aux GPII, soit les grands programmes d’aménagement, à l’image de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes ou la ligne ferroviaire Lyon-Turin, que leurs détracteurs jugent « inutiles et imposés ».
 
Dans cette lutte entre les casinos et leurs détracteurs, la crise constitue cependant un atout pour les premiers. D’abord parce que le poids économique du tourisme, sous son influence, ne cesse de grossir dans tous les pays d’Europe du Sud. À titre d’exemple, le secteur représente dorénavant 15,2 % du PIB espagnol, contre 11 % avant la crise.
 
Plus ironiquement ensuite, puisque la crise favorise l’industrie du jeu, comme l’explique le sociologue Jean-Pierre Martignoni  : « plus on est pauvre, plus on joue ; plusieurs études ont déjà montré une corrélation entre la baisse des revenus et la hausse du jeu ».
 
Le débat sur la pertinence ou non de l’ouverture de nouveaux casinos en Europe du Sud ne fait que commencer…
En Espagne, un collectif se mobilise contre un projet de complexe de casinos dans la banlieue de Madrid (photo Eurovegas No)
En Espagne, un collectif se mobilise contre un projet de complexe de casinos dans la banlieue de Madrid (photo Eurovegas No)


Mathieu Bouchard


Vendredi 23 Août 2013



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Commentaires

1.Posté par Claude Sansot le 26/08/2013 07:29
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Plus on est pauvre, plus un joue " et plus on devient encore plus pauvre" !! Merci Gaudin et les autres de veiller à la morale dans vos villes !! il est vrai qu'à Marseille , la morale !!! on verra plus tard !!

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