Dans le sud de la France, l’énergie solaire peut prendre des allures de miragesLes difficultés de Silpro et la décision du département des Hautes-Alpes de ne plus s’engager dans le projet Solenha, qui devait être la première centrale solaire à concentration de France, jettent une ombre sur la filière solaire en Paca. La région la plus ensoleillée de l’Hexagone attire toujours plus de projets dopés par les prix de vente de l’électricité solaire, mais leur pérennité n’est pas toujours assurée.
Quatre vingt projets de centrales solaires représentant 900 MW ont été déposés en Paca (photo Ademe)
FRANCE. La région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Paca) est devenue la terre promise de l’énergie solaire avec pas moins de 80 projets de centrales solaires photovoltaïques représentant environ 900 MW qui ont été déposés entre 2007 et 2008 auprès des services de l’Etat.
Il faut encore compter les 10 MW déjà installés chez des particuliers sous forme de panneaux solaires et la création régulière de nouvelles entreprises spécialisées dans le solaire. Mais les problèmes rencontrés coup sur coup par deux dossiers majeurs jettent une ombre sur une filière, artificiellement dopée par les avantages fiscaux dont elle peut bénéficier. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, le projet de l’usine Silicium de Provence (Silpro) semble bel et bien compromis. La société, qui a engagé 100 M€ de travaux, ne parvient pas à honorer ses dettes. Elle a été mise en redressement judiciaire et n’arrive toujours pas à boucler son tour de table financier. Silpro, un dossier mal engagé
Essentiellement porté par le hollandais Econcern et EDF Energies Nouvelles, Silpro devait permettre de structurer la filière solaire française en amont.
Elle devait pour cela produire le silicium nécessaire à la fabrication des panneaux photovoltaïques. Ce projet d’envergure représentant 700 M€ d’investissements, devait en outre permettre le reclassement de plus de 200 salariés du site d’Arkema, usine chimique de Saint-Auban (Alpes-de-Haute-Provence) dont la plupart des emplois devaient être supprimés. Mais les banques ne s’engagent pas. « Le projet Silpro est en cours d’instruction depuis 2007 dans nos services mais n’arrête pas de changer de modalités. Il doit encore faire l’objet d’un montage sérieux », remarque Philippe de Fontaine Vive, vice président de la Banque européenne d’investissement (BEI). Du côté de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) on précise qu’on est prêt à prendre une position « significative » au capital de Silpro mais « sous réserve de l’implication et du positionnement des deux principaux actionnaires et aujourd’hui nous n’avons aucun retour ferme ». Localement, élus politiques et organisations socio professionnelles demandent à l’Etat d’intervenir pour éviter « une nouvelle casse sociale ». Mais sur le plan technique, le projet conçu il y a trois ans, ne serait peut-être plus aussi pertinent. Et la déclaration le 8 avril du secrétaire d’Etat à l’Aménagement du territoire, Hubert Falco, indiquant que « nous soutiendrons, comme nous l'avions fait pour Silpro, tout projet de reprise ou tout nouveau projet qui s'inscrirait dans le domaine des énergies renouvelabes: certains nous ont été présentés », semble bien enterrer le dossier. Solenha en difficulté
Solar Euromed veut réaliser la première centrale à concentration de France (photo Solar Euromed)
Un peu plus au nord, dans les Hautes-Alpes, le projet Solenha bat de l’aile. Ce qui devait être la première centrale solaire à concentration de France n’a plus de terrain après le refus du président du département d’attendre plus longtemps la finalisation des dossiers techniques.
Il ne s’engage donc plus aux côtés des trois entreprises concernées : Solar Euromed, CNIM et Dalkia. «S’il le faut nous chercherons un autre site », assure Marc Benmarraze, le PDG de Solar Euromed, qui regrette la décision du Conseil général. Il rappelle qu’un nouveau dossier technique était en cours de finalisation. « La préfecture a fait une communication inappropriée sur un éventuel classement Sevéso de la centrale. Cela concernait notre projet initial mais nous étions déjà en train de revoir la technologie, cette fois à base de miroirs de Fresnel, pour éviter ce classement », dénonce-t-il. Brigitte Challiol
Vendredi 10 Avril 2009
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