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Croatie : bilan amer un an après son entrée dans l'UE


État membre de l'Union européenne depuis un an, la Croatie demeure toujours en récession. Fatalistes, les jeunes se sentent désarmés face à la crise.



La Croatie fête ses un an d'Union européenne (photo F.Dubessy)
La Croatie fête ses un an d'Union européenne (photo F.Dubessy)
CROATIE. Voici un an, le 1er juillet 2013, la Croatie fêtait son entrée dans l'Union européenne. Dans ce jeune pays, où la guerre d'indépendance ne s'est terminée qu'en 1995, ce fut un moment d'espoir. Les Croates se réjouissaient alors de rejoindre la famille européenne avant la Serbie. Et ils croyaient à la fin de la récession, qui frappe le pays depuis 2009. Mais un an plus tard, la crise économique est toujours là : les comptes de l’État restent dans le rouge, le taux de chômage demeure parmi les plus élevés en Europe et les Croates peinent à s'enthousiasmer quand ils parlent d'Europe. 
 
D'après les estimations du Fonds monétaire international, seuls deux États membres de l'Union européenne enregistreront un déficit en 2014 : Chypre et la Croatie. À Zagreb, la croissance ne devrait revenir qu'en 2015, avec une reprise très faible (+0,6% du PIB). Le président de la République, Ivo Josipović, reste cependant optimiste sur le futur de la Croatie :« Nous devons trouver un équilibre entre la mathématique pure, c'est-à-dire ce qui est bon pour l'économie, et la société. Cette dernière ne doit pas être tuée par les réformes faites au nom de l'assainissement économique », explique-t-il. Le chef d’État appelle le gouvernement de Zagreb à « supprimer toutes les lois qui freinent les investissements. »

« Aujourd'hui », affirme-t-il, « il faut beaucoup trop d'autorisations pour ouvrir une entreprise : c'est un obstacle que nous pouvons enlever très rapidement. » Mais l'exécutif social-démocrate de Zoran Milanović semble avoir du mal à sortir le pays de la crise. Depuis son entrée dans l'UE, la Croatie est dans le collimateur des institutions européennes. Le pays a déjà fait l'objet d'une procédure pour déficit excessif et fin 2014 la dette publique croate dépassera le cap des 60% autorisés par le traité de Maastricht. Si la situation ne change pas, les amendes de Bruxelles pourraient ne pas tarder à arriver, même si l'éventualité d'un plan de sauvetage demeure lointaine.

Des jeunes qui n'osent pas

Les jeunes Croates espéraient que l'entrée dans l'Europe se traduirait par une aube nouvelle pour la Croatie. Mais la crise demeure. (photo F.Dubessy)
Les jeunes Croates espéraient que l'entrée dans l'Europe se traduirait par une aube nouvelle pour la Croatie. Mais la crise demeure. (photo F.Dubessy)
Du point de vue social, la Croatie s'installe au fond du classement européen. Le pays enregistre le troisième taux de chômage le plus important en Europe : 17,2% en mars 2014, juste après la Grèce (26.8%) et l'Espagne (25.2%). Et le scénario s'avère encore plus sombre chez les moins de 25 ans. Environ un jeune croate sur deux est sans emploi (49,7%), comme en Grèce (58,3%) ou en Espagne (55,5%).

« Il est tellement difficile de trouver un emploi que mes amis n'ont même pas envie de se mettre à chercher », raconte Kristina, 24 ans, étudiante en dernière année de Master en Sciences humaines. Après un Erasmus à Ljubljana, en Slovénie, elle s'apprête aujourd'hui à quitter l'université. « J'ai pu économiser un peu d'argent de ma bourse Erasmus. Ceci m'a permis de faire trois mois de stage non payé dans une école privée et j'ai été embauchée par la suite », raconte-t-elle. Aujourd'hui, après des années passées entre un job étudiant et l'autre (payés généralement entre deux et quatre euros de l'heure), elle pourra compter sur un travail comme éducatrice dès la fin de ses études.

« En Croatie, il faut passer par un stage non payé pour avoir un boulot, mais la plupart des jeunes ne peuvent pas se le permettre », explique Kristina. Pourtant, l'université de Zagreb ne proposait pas qu'une seule bourse Erasmus, mais les étudiants n'ont pas saisi leur chance. « Nous étions que trois à partir cette année-là », avoue-t-elle, « Je crois que mes compatriotes n'osent pas assez. »
 
C'est ce que ressent aussi Ružica. Elle a déménagé de Split à Zagreb après avoir décroché le travail de ses rêves à l'Institut culturel italien. Ružica a vécu plusieurs années à Rome, et se dit déçue par la capitale croate qui manque de dynamisme. « Mes amis ici sont trop fatalistes, ils s'attendent à ce que quelque chose se passe sans rien faire », affirme-t-elle.  « S'ils osaient un peu plus, ils s'en sortiraient mieux. » L'histoire de Josip semble lui donner raison. Ce jeune originaire de la région de Slavonie, dans l'est de la Croatie, a déménagé dans la capitale où il s'est installé à son compte comme web designer. « J'ai tellement de travail que je transmets à des amis les commandes que je n'ai pas le temps de traiter », commente-t-il. Contrairement à lui, la plupart de ses amis sont au chômage. Ils ont tous obtenu leur bac et parfois même un diplôme universitaire, mais les offres, disent-ils, sont rares.
 
Qu'ils aient un emploi ou non, les jeunes croates partagent tous la même méfiance envers la classe politique de leur pays, qu'ils estiment incapable et corrompue. Aux dernières élections européennes - les premières depuis l'entrée du pays dans l'UE - la plupart d'entre eux ne se sont pas rendus aux urnes et le taux de participation n'a pas dépassé les 25%. Aujourd'hui, alors que le chef du gouvernement, Zoran Milanović, vient de limoger pour la huitième fois l'un de ses ministres, la presse croate avance l'hypothèse des élections anticipées. Mais les jeunes de la Croatie restent indifférents.


Giovanni Vale, à ZAGREB


Lundi 23 Juin 2014



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