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Coopération euroméditerranéenne ?


Mouammar Kadhafi aime plaisanter.

En visite à Rome en fin de semaine dernière, le « Guide » libyen a donné une nouvelle preuve de son esprit taquin en livrant une analyse toute en nuance du phénomène de l’immigration clandestine de l’Afrique vers l’Europe.

Interrogé par nos confrères de la presse transalpine sur la recrudescence des demandes d’asile politique de la part des immigrés qui échouent avec leurs frêles embarcations sur les côtes européennes, le Colonel a affirmé, pince sans rire, qu’il trouvait « amusant que tous les migrants demandent à bénéficier du statut de réfugié... ».

C’est que, selon le chef d’Etat libyen, la majorité de ces clandestins qui rêvent d’une vie meilleure sur la rive nord de la Méditerranée « sont en réalité des gens qui vivent dans la forêt ou dans le désert et qui n’ont aucun problème politique... Ce sont des gens qui n’ont même pas d’identité qui fuient la jungle et se disent : « Au Nord, il y a de l’argent et de la richesse... » sic.

Bref, si l’on suit le « Guide », ces malheureux dépourvus de conscience politique ne seraient pas des victimes de persécution, mais des naïfs en quête d’une vie dorée sous les brumes du Nord.

Ces naïfs peuvent se réjouir car ils ont désormais la possibilité de se dorer la pilule à moindre frais sous le soleil de Tripoli.

Respectant un accord de coopération signé avec l’Etat italien, la Libye a en effet accueilli le 6 mai près de 500 de ces immigrés clandestins que lui ont remis les autorités transalpines.

Ces candidats à l’exil ont bénéficié d’un accueil de choix, hébergés dans le cadre luxuriant des prisons quatre étoiles de Jawazat et Kufra. Le rêve... avec dans le rôle des maîtres d’hôtel de sympathiques matons qui, à en croire l’association Human Rights Watch, seraient passés maîtres dans le passage à tabac des prisonniers.

Ce traitement de faveur aura certainement fait regretter aux malheureux les conditions d’accueil du centre de rétention de la petite île de Lampedusa, au sud de la Sicile.

Le centre n’avait pourtant rien d’une maison de vacances : fin janvier, 700 clandestins s’étaient échappés du site pour dénoncer leurs mauvaises conditions de détention et pour protester contre la décision du ministre de l’Intérieur italien, Roberto Maroni, d’ouvrir un nouveau centre d’identification et d’expulsion à Lampedusa afin d’expulser directement de l’île les clandestins qui ne peuvent obtenir le statut de réfugié.

Cinq mois plus tard, ces clandestins, des Africains partis pour la plupart des côtes... libyennes, doivent apprécier la nouvelle forme que prend la coopération euroméditerranéenne.

William Allaire



William Allaire


Mardi 16 Juin 2009



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