Christine Lagarde prête à aider la TunisieLa visite en Tunisie de Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, a été marquée par sa proposition de prêt au pays et la volonté de son institution de restaurer la confiance des investisseurs tunisiens et étrangers.
La directrice générale du FMI attend que les autorités tunisiennes soient "réceptives à son offre" (photo FMI)
TUNISIE. Pour la première fois depuis son accession à la présidence du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde s'est rendue pour quarante-huit heures en visite officielle en Tunisie. A Tunis, lors d'un discours au siège de l'Utica (syndicat patronal) le 2 février 2012, auprès des autorités politiques, économiques et des responsables syndicaux, elle a insisté sur la volonté du FMI de restaurer "la confiance des investisseurs tunisiens et étrangers." La Tunisie a souffert des troubles succédant à la chute du régime de Ben Ali. Le constat semble sévère : les pertes attribuées au conflit atteindraient quelque 2,5 mrds $ (environ 1,9 mrd€). La possibilité d'un prêt du FMI a été évoquée par sa directrice générale qui a toutefois tenu à préciser qu'il ne serait possible que si ses interlocuteurs tunisiens sont "réceptifs à cette offre... Le FMI sera toujours un partenaire de la Tunisie, prêt à lui apporter son soutien si elle veut et quand elle veut". Selon le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) Mustapha Kamel Nabli, la demande du prêt dépend du budget de l'État et d'une loi de finances votée prochainement. "C'est en fonction de cela que les décisions seront prises" précisait-il. Christine Lagarde s'est entretenue avec le président Moncef Marzouki, le chef du gouvernement, Hamadi Jebali, le président de l’Assemblée constituante, Mustapha Ben Jaâfar, le ministre des Finances, Houcine Dimassi, et le gouverneur de la Banque centrale, Mustapha Nabli, "sur les mesures qu’ils entendent mettre en œuvre pour rétablir la confiance dans l’économie tunisienne et l’engager durablement dans la voie d’une croissance solidaire et génératrice d’emplois". Manifestations anti FMI
Christine Lagarde a réaffirmé que seules la sécurité et la stabilité pouvaient réinstaurer la confiance des investisseurs (photo F.Dubessy)
En dehors des institutionnels, Christine Lagarde a tenu lors de sa visite à rencontrer les représentants du secteur privé et des mouvements de jeunesse qui lui ont permis "de mieux apprécier les profonds changements qui se sont produits depuis (sa) dernière visite — juste après le Printemps arabe —, en qualité de ministre des Finances de la France" a-t-elle indiqué.
Christine Lagarde s'était [rendue en Tunisie en février 2011]url: avec d'autres membres du gouvernement français. Elle a également évoqué les influences négatives sur le pays de la crise économique mondiale et les "récentes turbulences provoquées par la crise de la zone euro sur les places financières mondiales". Une conjoncture défavorable qui se répercuterait sur le pays "sous la forme de l’affaiblissement des échanges commerciaux et des flux d’investissement ainsi que du repli des recettes du tourisme et des envois de fonds des travailleurs expatriés". "La sécurité et la stabilité sont des facteurs déterminants pour instaurer un climat de confiance qui facilite l'investissement, je l'ai dit très clairement au chef du gouvernement (ndlr Hamadi Jebali)" a précisé Christine Lagarde. Ainsi, "par le biais de l’assistance technique et du dialogue de politique générale sur les options envisagées pour faire face au ralentissement actuel de l’économie et élaborer un cadre macroéconomique à moyen terme", la directrice du FMI envisage de poursuivre la collaboration avec les autorités tunisiennes. "Nous ne sommes pas des manitous qui venons de Washington pour dire faites ceci, faites cela... Le FMI version 2012 sera différent de celui des années 80, soucieux des équilibres budgétaire et financier et de la stabilité économique et sociale de ses États membres" a-t-elle tenu à souligner. La Tunisie est membre du FMI depuis le 14 avril 1958.
La visite de Christine Lagarde n'aura pas été aussi consensuelle à cause de manifestations d'islamistes antimondialistes au centre de Tunis jeudi 2 février 2012. Ces militants du parti islamiste Ettahrir, qui réclament l'application de la Charia dans le pays, ont scandé des slogans hostiles au capitalisme et n'ont pas hésité à qualifier le FMI, tout comme la Banque mondiale, d'"institutions néo-colonialistes". Fondé au début des années 1980 et non légalisé par les nouvelles autorités, le parti Ettahrir est affilié au Hizb ut-Tahrir et réclame l'instauration d'un Califat en Tunisie. Astrid Jousset avec Frédéric Dubessy
Vendredi 3 Février 2012
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