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Chômeurs, enseignants contractuels et anciens de Libye se rassemblent à Alger


Une jonction s’est opérée le 20 mars 2011 entre enseignants contractuels de l'Éducation nationale, chômeurs et Algériens rapatriés de Libye. Rassemblés près du siège de la présidence de la République à Alger, chaque groupe brandissait et scandait ses slogans. Déterminés à passer la nuit sur le trottoir, l’intervention musclée de la police les contraindra à quitter les lieux en début de soirée.



Les enseignants vacataires demandent un statut de permanent (photo AB)
Les enseignants vacataires demandent un statut de permanent (photo AB)
ALGÉRIE. Initialement, les chômeurs s’étaient donnés rendez-vous à la place des Martyrs à Alger. Mais l’important dispositif policier mis en place combiné à leur nombre réduit – une cinquantaine – les a amené à changer de plan pour rejoindre El Mouradia, un quartier situé sur les hauteurs de la capitale.

C’est là que se trouve le siège de la présidence. Quelques centaines d’enseignants contractuels et des Algériens de retour de Libye se trouvaient déjà sur place.

«Nos élèves ont été intégrés, pas nous.» Ceinturés par un cordon de policiers anti-émeute, les enseignants scandaient leurs mots d’ordre à tue-tête : «Nous ne sommes pas des politiciens, nous ne sommes pas des voyous, nous sommes des intellectuels pacifiques…» «Protestation, protestation, jusqu’a l’intégration»…

Ces enseignants, vacataires depuis plus de dix ans pour certains, demandent un statut de permanent sans avoir à passer le concours exigé par la tutelle. «Nous sommes diplômés, nous enseignons à des classes d’examen depuis des années et on nous oblige à passer un concours comme si on n’avait jamais exercé !», s’insurge l’un deux. Un autre nous interpelle : «trouvez-vous logique que mes anciens élèves soient intégrés dans le corps enseignant alors que je suis toujours contractuel avec toute la précarité que cela suppose ?»

A quelques pas, leurs collègues scandent de plus belle : «y' en a marre des promesses, l’intégration est un droit, c’est notre cause et nous ne reviendrons pas en arrière», ou encore «le peuple veut faire tomber Benbouzid» en référence au ministre de l’Education en poste depuis dix-sept ans.

Venus de différentes wilayas du pays, ils appellent le président de la République à intervenir rapidement pour la prise en charge de cette revendication.

« Pour vous Sonatrach, pour nous la matraque »

Dalila Touat avec une pancarte sur laquelle on peut lire : j'ai demandé du travail, on m'a jeté en prison (photo AB)
Dalila Touat avec une pancarte sur laquelle on peut lire : j'ai demandé du travail, on m'a jeté en prison (photo AB)
De leur côté, les représentants des chômeurs de plusieurs régions du pays criaient leur ras-le-bol et leur désespoir. Ils se sont d’abord élevés contre le bouclage de la place des Martyrs qui les avait empêchés de tenir leur rassemblement.

A El Mouradia en revanche, aucun policier n’est venu leur demander de se disperser, pas plus qu’aux autres manifestants d’ailleurs. Pourtant, ils se trouvaient à proximité du siège de la présidence pour scander : «la lutte jusqu’à ce que le chômeur travaille», «pour vous Sonatrach, pour nous la matraque».

Parmi eux se trouvait Dalila Touat, une jeune femme de Mostaganem détentrice d’un magister en physique et qui est au chômage depuis huit ans. Il y a quelques jours elle a été arrêtée dans sa ville et placée en garde à vue durant 24h au motif d’«incitation à un rassemblement non armé par la distribution de tracts». Elle explique : «Je serai jugée le 28 avril 2011 et je risque un an de prison en plus d’une amende. J’ai demandé du travail, on m’a donné la prison.» 

Tahar de Hassi Messaoud, un jeune homme détenteur de plusieurs diplôme, est au chômage depuis sept ans. Il cite le cas de deux de ses camarades qui «ont tenté de s’immoler lorsqu’on nous a interdit de marcher à Hassi Messaoud. Ils ont été arrêtés par la police il y a vingt jours au motif -d’incendie volontaire-».

Chacun était là pour raconter son histoire ou celle de ceux de sa région, des histoires qui se ressemblaient toutes car leur parcours est le même. Il s’agit de chômeurs, diplômés pour la plupart, et qui exigent un travail décent. Ils veulent en finir avec précarité, vivre au lieu de survivre.

Les Algériens de Libye entre mourir là bas et dépérir ici

Les algériens de Libye demandent la fin de leur calvaire (photo AB)
Les algériens de Libye demandent la fin de leur calvaire (photo AB)
Le troisième groupe de manifestants était celui des Algériens rapatriés de Libye. Ils étaient quelques dizaines à réclamer du président de la république qu’il mette fin à leur calvaire.

De retour de Zaouia ou de Tripoli où ils ont tout laissé derrière eux, ils sont venus avec leur famille. «Le secrétaire d’Etat chargé de la communauté algérienne à l’étranger avait promis que nous serions pris en charge à notre arrivée» nous raconte B. Yazid qui vivait en Libye depuis dix-sept ans.

Or, poursuit-il, «nous nous retrouvons à dormir dans la rue, ma femme, mes trois enfants et moi. Les Algériens qui vivaient en Libye ont tout laissé et se retrouvent dans leurs pays à dormir dans la rue».

Un autre explique qu’il sont plusieurs dizaines à être complètement démunis et à ne survivre que grâce à la charité de certains. Leurs nuits, ils les passent à la gare avec tous les risques que cela comporte. Mais ils sont déterminés à l’image de Hassen qui déclare : «Nous viendrons manifester chaque jour, jusqu'à ce que l’on nous entende. Nous n’avons pas d’autres choix. Nous avons tout perdu en venant ici, nos familles sont en train de dépérir».

Avec le rassemblement des victimes du terrorisme qui se tenait le même jour devant le siège de l’Assemblée populaire nationale, Alger voit affluer toutes les revendications des différentes catégories de la population algérienne.


A. Belkessam, à ALGER


Lundi 21 Mars 2011



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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