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Brahim Gacem : « il est temps de diversifier l'économie algérienne »

La Banque d'Algérie envisage l'achat de titres obligataires que le Fonds Monétaire International émettrait pour renflouer ses caisses, a-t-on après au 5e Forum international de la finance (FIF), organisé les 12 et 13 mai 2009 à Alger. Econostrum en a profité pour interroger l'économiste Brahim Gacer, qui plaide pour une diversification économique algérienne et la mesure en matière de privatisations.


Brahim Gacem, directeur de BMUniversity-Genève (photo AB)
Brahim Gacem, directeur de BMUniversity-Genève (photo AB)
Brahim Gacem est économiste, président du FCAS (Forum des compétences algériennes en suisse) et directeur Business & Management University of Genève.

Econostrum.info : Vous aviez déclaré, il y a quelques temps déjà, être opposé à la privatisation du CPA (Crédit populaire d’Algérie). Etes-vous contre la privatisation des banques en général

Brahim Gacem: Je ne suis pas contre les privatisations, bien au contraire.

Ibn Khaldun (historien maghrébin et précurseur de la sociologie, dès le XIVè siècle, VIIIè de l'Hégire, ndlr), bien avant tout le monde, avait déjà préconisé le libre marché et la libre entreprise. Il faut aller dans ce sens, c’est une démarche inexorable vers la réussite.

Aujourd’hui, toutefois, il faut de la prudence. Pas seulement à cause de la crise. Pour privatiser, il faudrait mettre la destinée de ces entreprises très importantes entre les mains de personnes performantes et bien formées, des cadres de haut niveau. Car, demain, ces banques et ces entreprises seront confrontées à la concurrence internationale qui est rude.

Si l’on veut préserver des parts de marché et l’emploi dans ces entreprises, il faudrait préparer cette ouverture par le biais de la formation, de la modernisation et, surtout, par l’amélioration du capital humain, car tout passe par là.

Le risque bancaire est maîtrisable

EN..info: Etes-vous favorable à une centrale des risques telle que préconisée en Algérie?

Brahim Gacem : S'il s'agit d’une centrale nationale, internationale, ou territoriale qui va répertorier le patrimoine des individus, et si les banques vont se transmettre ces informations, il faut faire attention aux atteintes au respect des libertés individuelles.

Toutes les banques, toutes les institutions d’un pays vont alors connaitre le patrimoine, la situation financière et l’état d’endettement de chaque individu. C'est exagéré. J’estime qu’il faut faire très attention.

Par contre, c'est une bonne chose que les banques se dotent elles-mêmes d’un système de prévention qui leur permette de contrôler le risque et d’éviter les dérapages de la part d’individus.

Ce qu’il faut, c’est que chaque institution soit dotée d’un système performant qui puisse déjouer toute la technique de fraude ou de dérapage.

Les revenus du pétrole en baisse, c'est l'occasion de diversifier

EN.info : Les pouvoirs publics affirment que le pays est à l’abri, pourtant les recettes ont drastiquement diminué. Quel est l’impact de la crise financière internationale sur l’Algérie ?


Brahim Gacem : La crise financière, ensuite économique, touche le monde entier.

L’Algérie n’est pas touchée de façon aussi importante que de nombreux pays. Elle dispose d'une autonomie d’importation de trois ans.

Elle est protégée aussi parce qu’elle a un tissu économique local peu confronté à l’international. Les secteurs d'exportation, hors pétrole, ne sont pas touchés.

Le seul élément vraiment négatif , c’est que le prix du pétrole a été divisé par 3. Les recettes pétrolières représentant 90% des recettes du pays, ces dernières ont donc logiquement été divisées par 3.

Mais on peut considérer aussi que cela devrait pousser l’Algérie à commencer de diversifier son économie.

C’est aujourd’hui qu’il faut diversifier, créer des entreprises performantes et concurrentielles. Il faudrait développer des ressources internes autres que le pétrole, compter sur le tourisme par exemple.

L'investissement étranger acceptable c'est celui qui crée de l'emploi

EN.info : Vous parlez d’investissements algériens ou d’investissements directs étrangers , ou bien des deux à la fois ?

Brahim Gacem : L’investissement doit faciliter la mise en place de structures créatrices d’emploi et de richesses. En premier lieu, c’est aux Algériens d’investir en Algérie, ensuite aux Algériens qui sont à l’étranger et troisièmement aux étrangers.

Les entreprises étrangères qui viennent investir en Algérie doivent créer des emplois et leur enrichissement ne doit pas se faire au détriment des Algériens par l’exploitation de la main-d’œuvre et des ressources.

Il faut protéger le patrimoine algérien par des mesures et une réglementation que l’on retrouve dans tous les pays du monde.

Il n’y a aucun pays au monde où le conseil d’administration d’une entreprise étrangère est totalement étranger. Toutefois, la propriété de l'entreprise, cela peut se discuter.

EN.info : Justement, que pensez-vous des dernières mesures prises par le gouvernement en matière d'IDE ?

Brahim Gacem :Les mesures qui ont été prises par le gouvernement sont claires, transparentes et adaptées.

lire aussi Les laboratoires pharmaceutiques étrangers pénalisés par la réglementation algérienne
et Les pays Med résistent à la crise malgré la baisse des IDE


Amal Belkessam, à ALGER


Mercredi 13 Mai 2009



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