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Au Liban, la crise des déchets réveille la grogne salariale


Alors que la contestation populaire prend de l’ampleur, la crise des déchets tourne à la grogne politique et sociale. Le comité de coordination syndicale qui a joint sa voix à celle des manifestants, réclame le vote du projet de loi sur l’augmentation de la grille des salaires.



Dimanche 20 septembre 2015, des milliers de Libanais ont défilé dans les rues de la capitale contre le pouvoir en place (photo : M.Houe)
Dimanche 20 septembre 2015, des milliers de Libanais ont défilé dans les rues de la capitale contre le pouvoir en place (photo : M.Houe)
LIBAN.  « Cela fait quatre ans que nous nous mobilisons pour une augmentation de la grille des salaires, lance Hanna Gharib, président du comité de coordination syndicale (CCS), rassemblant les salariés de la fonction publique et les enseignants du privé et du public. Il est donc légitime que nous mêlions notre voix à celle de ce mouvement civil .» Depuis fin août 2015, des dizaines de milliers de citoyens manifestent à travers le Liban pour réclamer une solution écologique à la crise des déchets.

La fermeture de la principale décharge du pays, couplée à l’arrivée à échéance du contrat de la société en charge du ramassage des ordures le 17 juillet 2015, s'est traduite par un amoncellement des poubelles dans les rues du pays. « L’Etat libanais doit répondre de ses obligations en matière de services publics, de l’eau à l’électricité en passant par le ramassage des ordures, autant qu’il doit assumer les engagements qu’il a contractés auprès de ses travailleurs », poursuit le syndicaliste. En mars 2013, le premier ministre Najib Mikati avait approuvé l’augmentation de la grille salariale dans le secteur public avant de transmettre le projet de loi aux parlementaires. Or, depuis, avec la démission du gouvernement et le vide présidentiel depuis mai 2014, la chambre des députés n’a cessé de reporter son vote.

Le CCS réclame une hausse de 121% des salaires publics

Dans le centre-ville de Beyrouth, des milliers de Libanais tentent d'accéder au Parlement pour revendiquer leurs droits. (photo: M. Houe
Dans le centre-ville de Beyrouth, des milliers de Libanais tentent d'accéder au Parlement pour revendiquer leurs droits. (photo: M. Houe
Le mouvement de protestation pour une revalorisation des salaires publics remonte à 2011-2012 alors que le pays connaît une inflation galopante – avec un pic de 11% en 2012 -, qu’il commence à subir les conséquences de l’afflux de milliers de réfugiés syriens et que le Parlement adopte, en février de cette même année, un décret jugé « discriminatoire » par le CCS, doublant les revenus des juges et professeurs d’université et réajustant le salaire minimum du secteur privé à plus de 450 $  (400 €).
« Certaines catégories comme les instituteurs de l’enseignement public se sont senties lésées », commente le journaliste économique Bachir el-Khoury. Le salaire minimum du service public se trouve en effet gelé à 330 $ (293 €) depuis 1996. « Il est nécessaire de rééquilibrer l’écart créé », estime le président du CCS qui réclame une hausse de 121% du minimum salarial public pour le réajuster au niveau de l’inflation.  

« Le principal risque est de mener le pays à la faillite »

Dans les rues de la capitale, les manifestants brandissent et scandent des messages tel que "Grille des salaires, électricité et déchets" (photo : M. Houe)
Dans les rues de la capitale, les manifestants brandissent et scandent des messages tel que "Grille des salaires, électricité et déchets" (photo : M. Houe)
« Augmenter les salaires est tout à fait légitime, mais le cœur du problème reste financier », analyse Bachir el-Khoury. Les mesures présentées au Parlement qui prévoient d’augmenter le taux d’imposition de plusieurs produits de luxe, des permis de construire ou encore des plus-values immobilières, ne couvrent en effet que 800 M$ (712 M€) des 1,3 à 2,3 mrds$ (1,16 à 2,05 mrds€) que devrait coûter la révision de la grille des salaires.
« Le principal risque dans un pays comme le Liban où le déficit public et la dette sont aussi importants est de mener le pays à la faillite », alerte le journaliste.
Avec une dette publique de plus de 145% du PIB en 2013, Bachir el-Khoury redoute le scénario d’un défaut de paiement. D’après lui, la croissance est le seul indicateur qui pourrait faire bouger les lignes mais depuis l’exode massif des réfugiés syriens, elle a chuté de 8 à moins de 2% entre 2010 et 2014.

« L’afflux d’1 à 2 millions de Syriens au Liban a exercé une pression à la baisse sur la croissance et le niveau des salaires, la situation est malheureusement tributaire du contexte politique », précise le journaliste économique. Hanna Gharib n’en a que faire. Il le promet. Avec plus d’un million de Libanais vivant sous le seuil de pauvreté, d’après une étude publiée par le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), son comité ne « lâchera rien » tant que le Parlement ne cédera pas.  

Lire aussi : Ultimatum des contestataires libanais
 


Mélanie Houé, à BEYROUTH


Mercredi 30 Septembre 2015



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