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Apron, le petit poisson qui ne mourra pas


Son mode de survie : le mimétisme sur les gravières des cours d'eau ; il s'agissait donc d'éviter les bouleversements de ces dernières (photo EDF)
Son mode de survie : le mimétisme sur les gravières des cours d'eau ; il s'agissait donc d'éviter les bouleversements de ces dernières (photo EDF)

FRANCE. A l’heure où les besoins d’énergie et la nécessité de protéger les ressources en eau apparaissent cruciaux pour l’humanité, on ne peut oublier que les cours d’eau sont aussi témoin et refuge d’une biodiversité tout aussi nécessaire à la planète. En témoigne l’intérêt porté par EDF à la connaissance et à la protection de l’Apron dans les affluents de la Durance.

Cette rivière qui coule des Alpes méridionales françaises jusqu’à l’Etang de Berre et au Rhône, représente avec 32 ouvrages, 10% de la capacité hydroélectrique française, et s’avère essentielle à l’irrigation agricole sur son bassin.

L’Apron, lui, est un petit poisson effilé aux belles nageoires dorsales. Très discret (il ne quitte qu’à la nuit les fonds de graviers où son mimétisme le rend invisible) il aurait pu disparaître sans faire de bruit. En 1900 on le trouvait de la Bourgogne au Luberon sur de nombreux cours d’eau. Un siècle plus tard il survit dans quelques rivières méridionales, pas plus.


Les débits réservés insuffisants des rivières à l’aval des retenues d’eau et l’envasement favorisé par les barrages auraient eu leur part de responsabilité dans un effacement définitif, finalement évité. Combien d’espèces risquent elles de subir le même sort au gré des programmes hydroélectriques autour de la Méditerranée ?

« A son propos nous sommes dans une dynamique de la connaissance et nous avons réalisé nos premières actions de protection » explique Géraldine Duvochel, au département Eau & Environnement de l’Unité de Production Méditerranée à Electricité De France (EDF). Engagé dans deux programmes LIFE (programmes européens successifs qui fournissent la moitié des finances nécessaires durant cinq ans) de sauvegarde de l’apron. EDF finance les recherches génétiques sur l’espèce que mène l’Université de Provence depuis 1998.


Favoriser la connaissance d'une espèce très discrète

Il faut savoir se mouiller pour sauver l'Apron. pêche d'échantillons pour étude génétiques de l'espèce (photo EDF)
Il faut savoir se mouiller pour sauver l'Apron. pêche d'échantillons pour étude génétiques de l'espèce (photo EDF)

« Nous avons également cherché à éviter l’accumulation de graviers de rivière sur le Buech, un affluent de la Durance, à l’amont de notre retenue d’eau », et un engravement excessif préjudiciable à l’Apron. Des pièges à gravier ont donc été créés en amont.


Encore fallait il agir de façon à ne pas gêner l’espèce, notamment durant la période de reproduction de l'apron. Avec divers acteurs dont l’Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques (Onema ) un protocole de travaux a permis de mieux définir le positionnement du piège à gravier, les périodes de travaux, finalement en juillet 2010, et notamment l’enfouissement de la canalisation d’amenée d’eau potable jusqu’à la ville proche de Sisteron.  

En 2013, EDF créera sur un autre ouvrage, le seuil de Salignac, une passe à poissons, afin que l’Apron puisse mieux assurer la migration locale qui semble caractériser l’espèce.

« D’ici là les études, qui font appel à des marqueurs génétiques, et qui sont inscrites dans un plan national de sauvegarde de l’apron, devraient nous aider à mieux comprendre comment s’effectuent ces échanges dans les cours d’eau que fréquente l’espèce » reprend Géraldine Duvochel.    

La société productrice d’électricité consacrera environ 200 k€ à cette passe à poisson, et finance pour 60 000 €/an les différentes actions de protection de l’apron. Il faut en rajouter autant pour la seule étude génétique qui fera avancer la connaissance d’une espèce qui a failli disparaître.



Michel Neumuller


Lundi 14 Février 2011



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