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Angela Merkel ne fait pas recette à Athènes


La visite éclair d'Angela Merkel, mardi 9 octobre 2012 à Athènes, apparaît pour la plupart des Grecs comme une provocation mais s'avère un soutien inespéré pour le gouvernement Samaras. Pourtant, elle n'a débouché sur aucune avancée.



Un slogan provocateur : A l'intention du peuple allemand: afin que vous ne disiez pas la prochaine fois "nous ne le savions pas" (Photo Thomas Iacobi)
Un slogan provocateur : A l'intention du peuple allemand: afin que vous ne disiez pas la prochaine fois "nous ne le savions pas" (Photo Thomas Iacobi)
GRECE. Presque 30 000 personnes dans les rues d'Athènes mardi 9 octobre 2012 pour protester contre la présence d'Angela Merkel, la chancelière allemande, dans la capitale grecque.

Une visite perçue comme une provocation par la majorité des Grecs, mais pourtant un coup de pouce inespéré pour le gouvernement d’Antonis Samaras. Pour prévenir tout incident, la police occupait le centre-ville dès la veille au soir, l'interdisant à toute circulation, même aux piétons. Plus de 6 500 policiers mobilisés, deux hélicoptères survolant la capitale en permanence, des hommes-grenouilles et des bateaux gardant les ports voisins et même des tireurs d’élite ont pris place sur les bâtiments publics.

Pour s'assurer le contrôle des manifestants, le gouvernement n’a pas hésité à sortir du tiroir une loi de 1971, remontant donc à la dictature des colonels, pour interdire tout regroupement sur le trajet du convoi de la chancelière allemande. Cela n’a pas empêché les employés d’un hôpital public de lancer des bouteilles d’eau sur sa voiture pour protester contre les restrictions budgétaires dans le secteur de la santé.

Signe qui ne trompe pas sur la colère des Grecs, palpable dans la rue, les références au passé nazi de l’Allemagne dans les cortèges. Sur les pancartes des cortèges, figurait écrit en allemand un « pour que le peuple allemand ne dise pas qu’il ne savaient pas !» , d’un goût plus que douteux. Mais aussi des affiches de la chancelière allemande flanquée des membres du gouvernement grec avec des vêtements nazis. Un groupe de manifestants défilait également en tenue nazie dans une jeep militaire qui symboliquement écrasait un manifestant flanqué du drapeau grec alors que des militaires à la retraite paradaient en tenue scandant des slogans hostiles à l’Allemagne. Le plus drôle reste quand même ce manifestant qui a fait tout nu le tour de la place Syndagma !

De petits affrontements émaillaient cette journée. Mais, les forces antiémeutes grecques réussissaient à maintenir les manifestants sans faire un usage immodéré des gaz lacrymogènes. D’ailleurs à 19 heures, alors qu’Angela Merkel discutait avec les hommes d’affaires grecs et allemands réunis dans un grand hôtel, seule une poignée d'irréductibles continuait, debout devant le parlement, à scander des slogans hostiles.

Rien de vraiment nouveau

Pour le Plan B front de solidarité et de la révolution : "Angela, ne pleure pas, il n'y a rien dans le placard dont tu pourrais mettre la main dessus" (photo Thomas Iacobi)
Pour le Plan B front de solidarité et de la révolution : "Angela, ne pleure pas, il n'y a rien dans le placard dont tu pourrais mettre la main dessus" (photo Thomas Iacobi)
L’ensemble de l’opposition dénonce cette visite. Si le parti de la gauche radicale a défilé dans les rues d’Athènes aux côtés des syndicalistes allemands venus soutenir les Grecs, le parti de droite nationaliste des Grecs Indépendants préférait, lui, coller une résolution exigeant le paiement des dommages de guerre sur la porte de l’ambassade allemande. Reste que si cette visite hautement symbolique sort la Grèce de son isolement politique et renforce le gouvernement très fragilisé d’Antonis Samaras, elle ne résout aucun problème de la Grèce.

Le premier ministre grec a discuté avec la chancelière des deux ans de rallonge dont le pays à besoin pour atteindre ses objectifs. Mais il n’a reçu aucune réponse, pas plus que sur la question de la tranche du prêt attendue par le pays.

La chancelière affirme souhaiter que la Grèce demeure dans l’eurozone, mais précise qu'elle doit continuer les reformes pour cela. Rien de vraiment nouveau. En revanche, pour la première fois, la chancelière allemande a reconnu les sacrifices des Grecs, "un peu tard" pour les manifestants qui ironisaient place Syndagma sur la soudaine "compréhension d’Angela Merkel... il lui a fallu trois ans pour le comprendre ?" Pour l’économiste Athanassios Condargyris il est effectivement trop tard, "voici deux ans, au début de la crise, la dette du pays était de 125% du PIB, actuellement elle est à 180% du PIB ! C’est ingérable. La restructuration de la dette est inévitable", lance-t-il.





Mercredi 10 Octobre 2012



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