Alitalia à l’heure d’un mariage à l’italienneBientôt la fin des turbulences pour Alitalia ? Bruxelles vient d’accorder son feu vert au plan de relance imaginé par la CAI, un consortium d’industriels italiens. Mais le projet se heurte à l’opposition obstinée des personnels de vol.
Alitalia va-t-elle enfin reprendre son envol ? Après des mois et des mois de rebondissement, le dossier très politique du plan de reprise de la compagnie aérienne transalpine (19.000 salariés) a reçu le 12 novembre l’autorisation de décollage de la commission européenne.
Ce feu vert était une étape obligée de la stratégie de relance « nationale » échafaudée par Silvio Berlusconi et ses proches. Une simple étape toutefois, tant les zones d’ombre restent nombreuses sur les tarmacs italiens. La CAI en piste
Prêts pour un récapitulatif ? Attachez vos ceintures. Aux commandes du dossier cette fois, nulle compagnie étrangère, mais la Compagnie Aérienne Italienne (CAI), consortium ad hoc regroupant des industriels transalpins.
Avec l’aval du gouvernement de Silvio Berlusconi, et au terme de longues semaines de bras de fer avec les syndicats, la CAI a présenté début novembre une offre ferme de rachat de la compagnie au bord de la faillite. Montant de l’investissement ? Un chèque de 1 milliard d’euros. Mais la facture s’annonce gratinée sur le plan social puisqu’il est prévu au bas mot 6.500 suppressions de postes et une fusion d’Alitalia avec Air One, la deuxième compagnie italienne. Cette purge se heurte depuis des semaines à l’opposition frontale des syndicats de pilotes et de personnels navigants (l’Anpac, l'Up, Avia, Anpav et Sdl). Dans la ligne de mire de ces syndicats minoritaires, mais influents : la renégociation programmée des contrats de travail. Fronde des personnels de vol
Après avoir longtemps conditionné leur offre à l’unanimité des partenaires sociaux, les repreneurs ont finalement accepté le 6 novembre de se contenter de l’accord des quatre confédérations syndicales majoritaires (Cgil, Cisl, Uil et Ugl), se disant prêts à faire appel aux pilotes de... Ryanair pour faire décoller les appareils.
Une menace accueillie avec l’enthousiasme que vous imaginez par les personnels de vol. Pilotes, stewards et hôtesses l’ont aussitôt saluée en déposant un énième préavis de grève reconductible à partir du 25 novembre. Une échéance trop tardive pour une centaine de salariés non syndiqués. Regroupés dans un très informel « Comité de lutte », ces francs-tireurs ont lancé une grève sauvage dès le 10 novembre, clouant au sol une centaine d’avions. Face au blocage, le ministre des Transports Altero Matteoli a immédiatement réagi en dégainant « la procédure de réquisition des travailleurs » d'Alitalia, prévue par la loi italienne sur les services publics. Cette riposte n’a évidemment pas contribué à apaiser les esprits... Malpensa autre pomme de discorde
Cette tempête dans les cockpits a des répercussions sur toutes les autres composantes du dossier. Elle complique les pourparlers que la CAI a engagés avec Lufthansa et Air France-KLM, les deux compagnies en lice pour prendre une participation minoritaire (15 à 20 %) dans la nouvelle Alitalia.
L’affaire prend même une tournure très politique avec comme nouvelle pomme de discorde la place dévolue à Malpensa, l’aéroport milanais principal hub de la compagnie que les allemands entendent conforter alors que le tandem franco-néerlandais privilégie la plate-forme romaine de Fiumicino. Ce dossier brûlant pollue le climat de la coalition gouvernementale, partagée entre les représentants populistes de la Ligue du Nord et les pragmatiques, partisans de la solution romaine. Les pertes au public, les actifs au privé...
Le conflit à rallonge plombe également les comptes de la compagnie qui perd 2 M€ par jour et a été placée sous administration extraordinaire le 29 août dernier. En 2007, l’ampleur du déficit a d’ailleurs obligé le gouvernement Prodi à la placer sous perfusion en lui accordant un prêt de 300 M€. Une manoeuvre vue d’un mauvais oeil à Bruxelles.
Toujours très vétilleuse sur les régles de la concurrence, la Commission Européenne a ainsi imposé que ce prêt soit remboursé par la compagnie sous peine d'être considéré comme un financement public. Or, la Cai refuse d’assumer cette dette. Le gouvernement actuel a donc imaginé une solution très en vogue en ce moment : le partage des actifs d’Alitalia entre une "good company" - rassemblant les actifs positifs et base de la nouvelle Alitalia privatisée version CAI - et une "bad company" - regroupant toutes les activités déficitaires appelés à rester dans le giron de l’Etat. C’est donc cette dernière société entièrement publique qui devra rembourser le prêt relais à... l’Etat. En clair, l’État devra récupérer d’une main ce qu’il a prêté de l’autre... pour le plus grand malheur des contribuables italiens. Et pour le plus grand bonheur des passagers de l’Alitalia nouvelle formule... et de ses actionnaires principaux, seize industriels proches de... Silvio Berlusconi. William Allaire
Jeudi 13 Novembre 2008
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