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Abderrahmane Mebtoul : « Je souhaite un assouplissement de la règle des 49/51% »


Professeur agrégé des Universités, Abderrahmane Mebtoul est l’auteur de vingt ouvrages. Il livre dans cet entretien accordé à econostrum.info ses impressions sur les défis du prochain quinquennat du président Bouteflika et souhaite que la prochaine constitution codifie l’économie de marché concurrentielle.



Econostrum.info : À quels défis se trouve confrontée l’économie algérienne à l’orée du quatrième mandat du Président Abdelaziz Bouteflika ?

Abderrahmane Mebtoul : Il s’agira de définir clairement le rôle de l’État dans le développement économique et social, en insistant sur son côté régulateur conciliant les coûts sociaux et les coûts privés. Il s’agit de promouvoir les libertés politiques, économiques, sociales et culturelles, de développer la bonne gouvernance, l’État de Droit par la lutte contre la bureaucratie paralysante et l’indépendance de la justice, d’impliquer la jeunesse et de promouvoir réellement la femme dans la gestion de la Cité.

Pour une croissance durable dans le temps, les objectifs stratégiques de l’Algérie entre 2014/2020 sont la refondation de l’État conciliant la modernité et son authenticité, l’efficacité économique et une profonde justice sociale, recréer un climat de confiance actuellement brisée entre l’État et les citoyens grâce au dialogue fécond et productif.

Le développement économique et social de l’Algérie dans un contexte de dure réalité mondiale nécessite de rassembler tous les Algériens et de tenir compte de la transition numérique qui en ce XXIe siècle modèle les comportements économiques, sociaux et politiques. Le pouvoir doit éviter le monologue par le renforcement du dialogue économique et social entre l’Exécutif et les partenaires économiques et sociaux en incluant les syndicats autonomes. Il faut revoir le fonctionnement du Conseil Économique et Social (CNES) en le dotant d’une autonomie totale. Cette institution s’est totalement bureaucratisée, elle est devenue un appendice de l’exécutif et sa composante ne s’est pas renouvelée depuis des décennies.

"La sphère informelle contrôle à 65% les produits de première nécessité"

Abderrahmane Mebtoul analyse les enjeux de l'Algérie (photo Larbi Tensaouti / Ipemed)
Abderrahmane Mebtoul analyse les enjeux de l'Algérie (photo Larbi Tensaouti / Ipemed)
La part de l’industrie dans la PIB du pays est passée de plus de 25% au début des années 1980 à 4% en 2013. Comment réamorcer un processus d’industrialisation ?

Les dernières enquêtes de l’Office national de la statistique (ONS) montrent que les exportations d’hydrocarbures permettent l’importation de 70% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%. Le petit commerce-services représente plus de 83% de la superficie économique.

Le secteur industriel est effectivement en déclin (moins de 5% du PIB). À l’intérieur de ces 5%, environ 95% sont des petites PMI-PME à organisation familiale, peu initiées au management stratégique.

Par ailleurs, la sphère informelle contrôle à 65% les segments des produits de première nécessité, plus de 50% de l’emploi et 50% de la masse monétaire en circulation. Cela n’est pas le produit du hasard, car il existe des liens entre la logique rentière, la bureaucratie et la sphère informelle favorisant la corruption où tout se traite en cash. On ne combat pas la sphère informelle par des mesures autoritaires, mais en mettant en place des mécanismes de régulation transparents. Lorsqu’un pouvoir édicte des lois qui ne correspondent pas à l’état de la société, celle-ci-produit ses propres lois pour fonctionner accentuant ainsi le divorce État/citoyen par la prédominance de l’informel à tous les niveaux (politique, économique, social et culturel).

"La sécurité alimentaire passe par une politique rationnelle de l'eau"

Comment voyez-vous les problématiques public/privé et national/étranger en Algérie aujourd’hui ?

Je souhaite que dans la prochaine constitution soit codifiée l’économie de marché concurrentielle, loin de tout monopole, comme processus irréversible. Il faut placer les entreprises privées locales, internationales et publiques sur le même pied d’égalité à travers un nouveau code des investissements et des marchés publics, amender la loi sur la Monnaie et le crédit afin de favoriser les fonds souverains.
La finalité serait de promouvoir une économie productive hors hydrocarbures, compétitive et s’adaptant avec pragmatisme au processus de la mondialisation.

Je souhaite un assouplissement de la règle des 49/51% devant différencier clairement les secteurs stratégiques, qui sont datés dans le temps, des secteurs non stratégiques où cette règle ne peut s’appliquer. Je souhaite une plus grande libéralisation conciliant efficacité économique et profonde justice sociale, avec l’implication des investisseurs étrangers fondée sur un co-partenariat, des colocalisations gagnantes gagnant. Il y a lieu de tenir compte du processus irréversible de la mondialisation. Ce produit historique du capitalisme, processus non encore achevé, impliquera de nouveaux mécanismes de régulation au niveau mondial liant la dynamique économique et la dynamique sociale afin d’éviter des effets pervers comme le montre l’actuelle crise économique mondiale.

Face à des enjeux géostratégiques vitaux pour le devenir de l’Algérie, des stratégies d’adaptation sont nécessaires au sein de la région euro-africaine et euro-méditerranéenne qui devrait connaitre d’importants bouleversements à horizon 2020. Facteur d’adaptation à la mondialisation, intimement lié à la politique étrangère, il s’agira d’accélérer l’intégration de l’Algérie du Maghreb au sein de la région euro-méditerranéenne et de l’Afrique continent à enjeux multiples.  

Alors que le pays atteindra bientôt la barre des 40 millions d’habitants, comment assurer sa sécurité alimentaire ?

L’Algérie étant un pays semi-aride, bon nombre d’études montrent des tensions avec une sécheresse amplifiée à horizon 2020 au niveau de l’Afrique du Nord. Par ailleurs, il n’existe pas d’autosatisfaction alimentaire à 100% dans aucun pays du monde. Cela est donc lié à une politique rationnelle de l’eau. La future politique doit prévoir la non-urbanisation des terres agricoles, parallèlement à la politique d’urbanisation qui devra s’inscrire dans le cadre d’une politique d’aménagement du territoire clairement définie qui ne saurait s’assimiler aux actuels programmes spéciaux de wilayas (préfectures).

Comme doit être pris en compte l’Accord qui lie l’Algérie à l’Europe applicable depuis le 1er septembre 2005 avec le dégrèvement tarifaire zéro à horizon 2020 où doit être pensé le développement du volet agricole en termes de coût-qualité. Si l’Algérie adhère à l’OMC, les contraintes seront encore plus dures. Comme il s’agira d’avoir une politique claire qui préserve l’environnement et protège la biodiversité.


Propos recueillis par Amal Belkessam à ALGER


Mardi 3 Juin 2014



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