A la rue...La rue arabe. Malgré tous ses efforts, le GPS n’avait pas réussi à dénicher cette foutue adresse. Au Quai d’Orsay, les experts en cartographie m’avaient pourtant précisé : « Tu prends le bateau, une fois arrivé au port c’est la première à gauche ». Tu parles d’une indication ! A peine débarqué, c’est le nom des rues qui était en arabe... Un Guide libyen s’est bien proposé de m’aiguiller. Mais il n’inspirait guère confiance. J’ai donc demandé à des passants. L’un d’eux m’a dit que la rue en question existait... mais que les autorités prenaient un malin plaisir à changer la plaque régulièrement. Un autre m’a dit avoir entendu parler de ladite rue en regardant les chaînes de télé de la rive... nord. Voyant mon désarroi, un professeur de géographie m’a offert sa boussole. J’ai donc mis le cap au sud, destination supposée de la rue. Chemin faisant, j’ai fini par entendre une immense clameur. Là, au détour d’une place, des gens en armes tiraient sur des gens criant des slogans apparemment hostiles aux gens en armes. Ce chaos a duré toute la nuit. A l’aube, des aéronefs ont lâché des bombes sur les gens en armes pour la plus grande joie des gens criant contre le gens en armes. « C’est le début de l’odyssée », m’a dit l’un de ces manifestants, en courant se mettre à l’abri. L’odyssée ? « Mais dans quelle galère me suis-je embarqué ? », me demandai-je en courant me réfugier à mon tour. Dans la tanière, des dirigeants de la ligue des gens qui savent où se trouvent la rue arabe pestaient contre tout le monde : contre les gens en armes et contre les bombardiers... « Si ça continue comme ça, la rue va être incontrôlable ! », s’alarmaient-ils, sous l’oeil approbateur d’un allemand également égaré. « I can’t find my way either », m’a lancé un londonien qui cherchait lui aussi cette maudite « Arab street ». Nous entendant, un réfugié s’est alors écrié : « Mais la rue arabe, vous avez dû forcément l’emprunter en venant ici... c’est la rue qui donne sur la grande place... ». N’y tenant plus, je suis donc retourné sur mes pas en compagnie de mon nouvel ami anglais. Et là, cruelle déception : la rue était déserte. Et le pouvoir avait enlevé les plaques... William Allaire
Lundi 21 Mars 2011
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