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« La longue route de la Syrie vers l’auto-guérison »



Économiste, chercheur, universitaire et membre du Comité scientifique du FEMISE, le Dr Raed Safadi est l’un des coauteurs du nouvel ouvrage collectif publié par le Femise et le CEPR, « The Arab Spring: Implications for Economic Integration ».



Raed Safadi (photo A.Mignot)
Raed Safadi (photo A.Mignot)

« En Syrie, nous dépassons 80 000 morts, 200 000 prisonniers, 2 millions de sans-abri. Une souffrance à une telle échelle est inconcevable… Tous les masques du régime sont tombés. Mais pas sa légitimité, car il n’en a jamais eue. Et nous [l’Occident] ne faisons rien ! » Coauteur de "The Arab Spring : Implications for Economic Integration" présenté à Paris début juin 2013, Raed Safadi commente sa contribution "La longue route de la Syrie vers l'autoguérison", avec une franchise et une vigueur peu coutumières dans le monde si policé des universitaires.


Dans sa rétrospective de l’évolution économique de la Syrie depuis le coup d’État de Hafez el-Assad en 1970, Raed Safadi souligne comment le régime a progressivement concentré l’essentiel des décisions économiques, générant un système monopolistique étatique, hypercentralisé et corrupteur.


Aujourd’hui, face à la dévastation du pays – le coût de la guerre civile avoisine les 100 mrds$ – il n’est pas prématuré de poser la question de sa reconstruction, estime l’économiste : « Le régime est en sursis. J’espère pour ma part que le soulèvement du peuple syrien conduira à une authentique démocratie. Certes, cela prendra du temps, cela ne sera pas une marche joyeuse sur un chemin jonché de pétales de roses… Tout dépendra du modèle économique mis en place. »


Trouver le bon chemin de l'après-Assad

Ce modèle, Raed Safadi le voit fondé sur un postulat majeur : les libertés politiques et économiques restent indissociables. Sur cette base, il avance ses propositions. " Pour aider la Syrie à trouver le bon chemin de l’après-Assad (…) et pour qu’elle rejoigne les rangs des sociétés démocratiques, il faut établir les bases d'une économie de marché libre, avec un marché du travail et un système éducatif efficaces. »


Comment faire ? Citant à maintes reprises les travaux de Dani Rodrik, économiste turc et professeur à Harvard, Raed Safadi identifie cinq domaines d’actions essentiels : établir l’État de droit et le respect du droit de propriété ; créer des organismes de contrôle (ex. organisme antitrust, supervision bancaire) ou de pondération (ex. face à la puissance des marchés) ; établir des outils ou entités de stabilisation macro-économique (ex. un prêteur de dernier recours) ; créer une assurance sociale ainsi que des institutions pour la gestion des conflits sociaux.


À quel rythme faudrait-il réaliser ce vaste programme ? « Il n’existe bien sûr pas de voie unique… relève Raed Safadi. Une faible performance économique, en particulier durant la période de transition, risque de porter sérieusement atteinte au bon déroulement du processus démocratique. Mais la quête de liberté des Syriens est celle de tous les peuples du monde. C’est pourquoi j’ai intitulé ma contribution “La longue route de la Syrie vers l’auto-guérison”. C’est pourquoi aussi je pense que pour que le processus réussisse, la question fondamentale est celle de la légitimité des institutions. »


Article réalisé en partenariat avec le Femise

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Alfred Mignot

Mardi 18 Juin 2013




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Alfred Mignot

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Razika Adnani, philosophe et écrivaine. Associée au groupe d'analyse de JFC Conseil.